Politique

Kamerhe coince Tshisekedi et Kengo

Certaines élections se jouent deux fois: une première dans les préparatifs et une seconde dans les urnes. Et avec 523 candidats aux provinciales, l’UNC brûle la politesse à l’UDPS, 276 candidats. Un écart criant, susceptible de s’avérer fatal dans la bataille pour le leadership de l’Opposition et la perspective de la prochaine présidentielle

En perspective de la prochaine présidentielle, le nombre des candidats inscrits dans la course aux provinciales constitue un premier gros point de comparaison entre les ambitions politiques d’Etienne Tshisekedi et de Vital Kamerhe dont le parti, l’UNC, 5 ans, est de loin le cadet de l’UDPS, 33 ans d’existence cette année.  523 candidats UNC contre 276 UDPS, il n’y a pas match, a priori.  
A l’UDPS, rien ne se déroule jamais comme prévu. Les préparatifs des législatives provinciales n’ont pas dérogé à la règle, ponctués par les hésitations et les spéculations sur la succession de Thisekedi, objet de dispute entre deux ailes antagonistes: d’une part, l’épouse, Marthe Tshisekedi, et le fils, Félix, les héritiers biologiques, et d’autre part, les héritiers politiques, les collaborateurs et autres fidèles du leader. Le miracle, il en faudra à Tshisekedi pour espérer rafler la mise dans les Assemblées provinciales et au Sénat. Puisqu’il n’a aligné que 276 candidats dans 81 circonscriptions, dans un scrutin où près de 200 circonscriptions disputées-on n’a pas bien compris pourquoi mais il y a sûrement une bonne raison, vraisemblablement le désordre entretenu par les animateurs du parti. Un manque à gagner qui met l’UDPS en position indélicate face à son concurrent direct, le PPRD, 692 candidats inscrits, auxquels s’ajoutent les 455 en lice pour le compte de sa queue, le PPPD. 
Mais c’est plus dans le camp de l’Opposition que se concentrent les regards du fait de la bataille pour le leadership entre Tshisekedi, Kamerhe, Bemba… et Kengo, dans la perspective de la prochaine présidentielle. Certaines élections se jouent deux fois: une première dans les accommodements et une seconde dans les urnes. Celles dans lesquelles l’UDPS, l’UNC, le MLC… et l’UNC s’affrontent relèvent de cette catégorie. Ainsi, dans les prochaines provinciales, Tshisekedi parait avoir scellé son sort alors que tout le monde donne à l’UDPS l’avantage de l’implantation au regard de son âge, 33 ans d’existence. «La base, qui attend de nous un engagement, est désemparée», affirme un député national UDPS. Il regrette surtout de voir les Tshisekedistes incapables d’anticiper le fait que l’influence du patron de l’UNC augmente dans les rangs de l’Opposition à l’issue des provinciales.   
L’UFC de Kengo hors d’haleine au moment du décompte
Vital Kamerhe, lui, semble décidé à ne pas galvauder ses chances. Il a trouvé une stratégie qui puisse correspondre à ses appétits. Son parti, l’UNC, à peine 5 ans, brûle la politesse à son ainée UDPS avec un dispositif de 523 candidats dans 150 circonscriptions. C’est la plus grosse mise côté Opposition, soit près du double du pari de Tshisekedi. Le leader de l’UDPS s’en trouve coincé, sans doute mathématiquement. Pour avoir déserté la moitié du terrain, il lui sera difficile d’engranger plus de sièges que Kamerhe. Pour ce dernier, la menace directe, dans leur champ, se nomme MLC. Avec son expérience des provinciales, les deuxièmes de son histoire, et ses 519 candidats répartis dans 158 circonscriptions, le parti de Jean-Pierre Bemba parait le seul à même de déranger les calculs de l’UNC. Derrière ce trio pointe l’UFC de Léon Kengo wa Dondo 262 candidats dans 32 circonscriptions. Plus faible en termes des candidats par rapport à Kamerhe, Kengo le sait maintenant. Mais comment faire différent? Peut-être compter sur l’effet surprise comme en 2007 quand il avait réussi à siffler le marteau à She Okitundu et à la Majorité. Ça ne serait pas -un peu- dépassé? Clair, face à l’UNC, l’UFC serait certainement hors d’haleine au moment du décompte.  Leçon de modestie et de politesse à Badibangi
Kamerhe vise aussi plus haut que le MSC du duo Batumona-Matadi Nenga, 222 candidats dans 58 circonscriptions, le RCD d’Azarias Ruberwa, 190 candidats disséminés dans 62 circonscriptions, contre 189 candidats dans 56 circonscriptions pour la SCODE de Jean-Claude Muyambo, 186 candidats dans 54 circonscriptions lancés par la CDC du duo Kiakwama-Mokonda et 101 pour l’UDEMO de Mobutu Nzanga.
S’il cible plus de circonscriptions que les trois précédentes formations concurrentes, le modeste MLC/L de Thomas Luhaka, moins de 9 mois de vie, pense pouvoir tirer son épingle du jeu avec 185 poulains, 9 de plus que CDER de Jean-Lucien Bussa, 24 de plus que ENVOL de Delly Sessanga, 35 de plus que les FONUS de Joseph Olenghankoy ou encore plus de 40 que l’ATD de José Makila. Derrière l’ADR de François Muamba 133 candidats dans 29 circonscriptions, le CAAC d’Alex Kande, 68 candidats, boucle cette longue série des partis d’ex-compagnons de Jean-Pierre Bemba. Mises ensemble, les troupes d’origine bembiste forment un groupe de 1018 candidats. Et nul ne les voit se résoudre à «chasser en meute» contre Kamerhe. 
Le boss de l’UNC est aussi hors de portée du MLP Franc Diongo, 51 candidats, ainsi que de ses amis MPCR Jean-Claude Vuemba et FIS Kudura Kasongo, qui se contentent respectivement de 41 et 9 candidats. Il se permet même d’infliger une bonne leçon de modestie et de politesse à l’USC de Christian Badibangi, 2 «petits» candidats, certainement placés dans son «fief» de Dimbelenge. Il y a peu, dans ces mêmes colonnes, Badibangi se targuait d’être le seul poids lourd de l’Opposition après Etienne Tshisekedi. Et les autres, dont l’ex-SG du PPRD, n’étaient que des menus fretins ou des leaders fabriqués par les médias. Badibangi a beau se révéler braillard, il est rattrapé par la réalité et les chiffres. Le mammouth pèse 261 fois moins que Kamerhe!
Achille KADIMA MULAMBA      

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