
L’annonce n’aura mis que quelques heures à fissurer l’appareil kabiliste. Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation -FRN-, nouveau nom de l’AFC/M23, avec Bertrand Bisimwa en premier vice-président, Corneille Nangaa en second et le général Sultani Makenga comme chef militaire: la formule a eu l’effet d’une bombe. Les défections les plus politiques viennent d’abord de l’intérieur du premier cercle. Marie-Ange Mushobekwa, ex-ministre des Droits humains et porte-voix de Kabila pendant dix ans, rompt dans la nuit du 13 octobre. Sur X, elle dit avoir servi l’ancien président «avec respect, conviction et loyauté», lui exprime sa gratitude, mais refuse la voie armée, à laquelle elle n’est liée «ni de près ni de loin». Son choix, dit-elle, est «républicain»: poursuivre le combat «mains nues» à Kinshasa et plaider pour un dialogue «franc, inclusif et constructif». Dans la foulée, autre signal lourd: le professeur Théophile Mbemba Fundu.
Ancien directeur de cabinet et ancien ministre de l’intérieur de Kabila, il annonce que son Alliance pour l’Alternance et le Progrès -AAP- se désolidarise de Sauvons la RDC. L’AAP, rappelle-t-il, avait rejoint la dynamique de Nairobi pour lutter démocratiquement contre ce qu’il qualifie de dictature et obtenir un dialogue national inclusif, pas pour intégrer la rébellion de l’AFC/M23. Divergence d’objectifs, refus catégorique de la voie militaire. Avant eux, les cadres du PPRD avaient déjà décroché. Patrick Nkanga, rapporteur du Bureau politique, a claqué la porte. Symbole fort: l’homme était l’une des dernières voix politiques audibles du parti à Kinshasa. India Omari lui a emboîté le pas quelques minutes plus tard. L’un des rares cadres à porter encore l’écharpe du PPRD dans les activités de masse de l’opposition, il a invoqué la rupture morale: «Parfois, la fidélité à ses convictions impose de se dissocier de certaines orientations», a-t-il écrit sur X, revendiquant un engagement «pacifique, dans le respect de la Constitution».
Depuis la France, Allegra Fosh Ngalula a adressé le 12 octobre à 22h09 sa «lettre de démission et de désolidarisation». Dans ce document qu’un vent favorable a fait atterrir à AfricaNews, elle annonce mettre fin à son engagement «avec effet immédiat», et se «désolidariser de toute initiative visant à perturber la paix, à déstabiliser les institutions ou à compromettre la sécurité de la population». Une précaution juridique –«ne pas être associée directement ou indirectement»– qui en dit long sur la crainte d’être comptable du virage armé.
Le déjà-vu de l’Union sacrée, à l’envers
Cette séquence n’est pas sans rappeler un autre effondrement. En fin 2020, la maison Kabila s’était fissurée par opportunité: des centaines de députés et sénateurs du FCC avaient traversé la rue pour rejoindre Félix Tshisekedi et former l’Union sacrée. On quittait alors le Raïs parce qu’il avait perdu le pouvoir. Cette fois, le mouvement est inverse mais obéit à la même logique de survie politique. On ne quitte plus Kabila parce qu’il n’a plus le pouvoir, on le quitte pour ne pas le suivre dans une aventure armée contre la République. Hier, il fallait éviter d’être dans l’opposition; aujourd’hui, il faut éviter d’être assimilé à une rébellion. Dans les deux cas, le réflexe est identique: se dissocier pour rester dans le champ républicain.
Autour, la mouvance se repositionne. Alain Bolodjwa, au nom de LeBât et de la Génération Rupture, tranche: «J’étais en pleine émission lorsque j’ai appris la nouvelle posture de M. Joseph Kabila. M. Kabila aurait choisi la voie de la rébellion». Lui qui reproche «beaucoup de choses à la gouvernance actuelle» refuse l’amalgame: «Notre opposition ne signifie nullement que nous devons soutenir tous ceux qui prennent les armes» Même réflexe dans la société civile. L’activiste Sergio Mayamba se désolidarise du mouvement «Sauvons la RDC», au nom de la «lutte non violente».
Une ligne de fracture est désormais claire. Entre ceux qui assument le FRN comme instrument de conquête du pouvoir, et ceux qui estiment que «les principes ne se négocient pas au gré des ambitions».
Natine K.




