
Coup de tonnerre au Conseil de sécurité des Nations unies, où les États-Unis ont pointé du doigt le Rwanda le 12 décembre dernier, l’accusant de violer les accords de paix négociés par l’administration Trump et de soutenir l’AFC/M23 dans le conflit en République Démocratique du Congo. L’ambassadeur américain n’a pas mâché ses mots: «Le Rwanda manœuvre avec son groupe armé, exerçant un contrôle stratégique pour réaliser ses objectifs géopolitiques dans l’est de la RDC».
En substance, les États-Unis ont révélé que Kigali ne se contente pas observer: entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais se trouveraient sur le sol congolais aux côtés du M23, épaulés par des fournitures d’armement sophistiqué, parmi lesquelles des missiles sol-air. Les accusations vont bien au-delà d’une simple rhétorique; elles révèlent un schéma inquiétant qui place le Rwanda au cœur des tensions régionales.
Un vote unanime du Conseil de sécurité, opérations ciblées de la MONUSCO contre tous les groupes armés
L’ONU n’est pas restée silencieuse face à ces allégations. Dans un vote unanime, le Conseil de sécurité a décidé de prolonger d’un an le mandat de la MONUSCO, la force de maintien de la paix en République Démocratique du Congo. Ce prolongement, rare soutien des États-Unis à une mission de l’ONU, souligne l’urgence d’appliquer l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali. La MONUSCO conservera un mandat offensif, lui permettant de mener des opérations ciblées contre les groupes armés.
Plus crucial encore, la mission doit désormais s’investir dans la supervision des cessez-le-feu, traçant un point de non-retour pour le Rwanda. Une importante victoire diplomatique et médiatique pour Kinshasa dont les appels à des mesures fortes contre Kigali commencent à produire des effets.
Les États-Unis ne se contentent pas uniquement de la réaction du Conseil de sécurité; ils intensifient les pressions. Marco Rubio, secrétaire d’État, a prononcé des avertissements fermes: «Les actions du Rwanda sont une violation flagrante. Nous nous assurerons que nos promesses soient respectées». Un message sans fioritures renforcé par son adjoint, Christopher Landau, qui a qualifié les récentes offensives sur Uvira de grave erreur.
Kagame, une stratégie à repenser?
Pour Paul Kagame, la situation se complique. Face à son pire scénario, ce moment critique pourrait bien être le plus périlleux de son long règne. Sa stratégie, fondée sur l’exploitation des ressources des Kivu à travers le chaos, apparaît de plus en plus fragile. Le soutien international qui lui était jadis acquis se tarit, et ses manœuvres consistant à entretenir des conflits armés en République Démocratique du Congo attirent désormais un regard critique, parmi les dirigeants américains et les autres maîtres du monde.
«Maintenant, avec le renforcement de la MONUSCO et une communauté internationale en éveil, Kagame doit naviguer un terrain particulièrement miné. La reconnaissance et la dénonciation de la présence des soldats RDF dans les Kivu vaut au Rwanda le statut d’agresseur que Kagame a toujours nié. L’embrasement de tensions et le risque d’isolement international pourraient redéfinir la dynamique du pouvoir au Rwanda, et, peut-être, l’avenir de la région tout entière», analyse un diplomate africain. Le vent semble tourner contre Kigali, et le président Kagame pourrait bientôt réaliser que les temps changent.
