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Dossier 1000 maisons: François Muamba met Nicolas Kazadi en difficulté

Le Conseil présidentiel de veille stratégique -CPVS- a publié un rapport très accablant. L’histoire débute avec un drame: les inondations de 2022 à Mont-Ngafula, qui ont causé la mort de 168 personnes et forcé des milliers de familles, notamment celles du quartier Matadi-Kibala, à fuir leur domicile. En réponse, Félix Tshisekedi avait promis des logements sociaux préfabriqués. Démarré en juillet 2023 avec un délai de sept mois, le projet des “1000 maisons” à Mukilango était censé incarner la résilience du pays. Cependant, trois ans plus tard, aucun logement n’a été livré, malgré des millions de dollars décaissés.

Le mois dernier, le CPVS a décidé de faire la lumière sur cette affaire. Sous la direction de François Muamba, cette structure présidentielle a mené pendant cinq jours une mission de suivi et d’évaluation de ces constructions. Le rapport est accablant et révèle les détails d’une affaire ayant considérablement affecté le Trésor public, impliquant le ministre des Finances de l’époque, Nicolas Kazadi. Le document de 14 pages, que publie intégralement AfricaNews, explique comment des dizaines de millions de dollars ont été engloutis dans un projet symbolique, sans aucune maison livrée aux victimes. Ce rapport présente un constat sévère: dysfonctionnements, irrégularités et absence de planification.

Outre les logements, ce projet incluait également la construction de ponts et de routes à Mukilango, suite à l’engagement du président Félix Tshisekedi de reloger 750 familles affectées par les pluies dévastatrices de décembre 2022. Trois ans après le lancement d’un projet censé durer sept mois, le CPVS a relevé un «énorme retard» ainsi qu’un «décalage entre le taux d’exécution physique et le taux d’exécution financière». Bien que 94 % du budget, soit 54,05 millions USD sur 57,48 millions, ait déjà été débloqué en faveur de l’entreprise Milvest, les travaux stagnent à 27 %, laissant les victimes dans des conditions indignes.

Pour cette instance présidentielle, l’échec de ce projet «décrédibilise» la confiance que les sinistrés peuvent avoir envers le Président. Lors de «séances techniques» tenues avec Milvest et les institutions concernées, telles que l’ACOPRIM et le FONHAB, l’équipe de François Muamba a mis en évidence un «dysfonctionnement général du cadre institutionnel de la mise en œuvre du projet» ainsi qu’un «processus de passation des marchés irrégulier» instauré par un accord informel. En somme, le projet n’a jamais été officialisé par un acte légal et réglementaire. Pire encore, les paiements effectués n’ont jamais été validés par le Fonds national de l’habitat, ce qui est requis par la loi. Nicolas Kazadi a donc contourner les procédures habituelles de contrôle, prenant ainsi un rôle de premier comptable politique et moral d’un échec qui frôle le détournement de fonds publics.

Pendant ce temps, les familles sinistrées sont plongées dans une misère extrême. Elles n’ont reçu aucun relogement, aucune aide humanitaire temporaire, et pas même un soutien sanitaire. Le CPVS souligne que cette carence a entraîné des pertes de vies supplémentaires et a privé de nombreux enfants de l’accès à l’éducation. «Les évaluations réalisées durant la mission, tant sur le terrain que par l’analyse documentaire, ont mis en lumière plusieurs contrastes nuisant à l’état d’avancement du projet à partir de sa gouvernance opérationnelle», a déclaré le CPVS.

Un autre reproche concerne Nicolas Kazadi, qui a négocié un «accord tacite» avec son homologue chargé de l’Urbanisme et de l’Habitat à l’époque, pour que la Cellule technique des projets de développement urbain -CT-PDU-, l’ACOPRIM, ainsi que le FONHAB supervisent et certifient les factures, toutes dépendantes du ministère de l’Urbanisme.

En conséquence: l’ACOPRIM n’a exercé aucune supervision, le FONHAB a ignoré les factures et la CT-PDU a joué un rôle d’observateur passif. «La mission a également noté que le FONHAB, qui est chargé de certifier et d’approuver les factures de paiement des services, n’a certifié ni approuvé aucune facture à ce jour, justifiant le niveau de paiement évalué à 43,65 millions USD en faveur de MILVEST», ont constaté les enquêteurs du CPVS, tout en regrettant que le ministère des Infrastructures et des Travaux publics n’ait pas été impliqué depuis le début du projet.

Le CPVS exige des comptes

Face à ce désastre, le CPVS réclame un audit urgent de l’Inspection générale des finances -IGF- afin de déterminer les responsabilités. Le rapport appelle également à la reprise immédiate des travaux, à la libération des matériaux bloqués au port de Matadi, et surtout, à une aide humanitaire d’urgence. Cependant, au-delà de ces recommandations techniques, une question demeure : comment un ministère a-t-il pu vider les caisses sans avoir livré la moindre maison ?

Dans cette affaire, au-delà du nom de Kazadi, l’attribution du marché à Milvest soulève également des interrogations. Cette entreprise turque est connue pour ses liens étroits avec l’ancien ministre des Finances, qui lui avait confié la construction du Centre financier et de Kinshasa Arena, deux projets qui ont également rencontré de graves difficultés.

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