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Stanis Luabeya: «L’attitude de la CENCO et l’ECC traduit l’abstention au vote et laisse libre cours»

Stanis Luabeya Kamanji est secrétaire général adjoint et porte-parole de l’Alliance des démocrates congolais -ADECO-, formation politique sociétaire de l’Union sacrée de la nation, dirigée le patriarche Jonas Mukamba Kadiata Nzemba. Dans une interview accordée à «AfricaNews» dimanche 1er août 2021, ce jeune juriste, formé à l’Université protestante au Congo -UPC- et acteur politique engagé pour l’avènement de la démocratie en RD-Congo, critique sévèrement, non seulement l’attitude de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et l’Eglise du Christ au Congo -ECC- de voter leur représentant au bureau de la CENI, mais aussi le refus de Lamuka de Martin Fayulu et du Front commun pour le Congo -FCC- de désigner pour le moment leurs représentants à la Centrale électorale. Selon lui, cette attitude est de nature de favoriser le glissement. Il accuse ces derniers d’œuvrer pour le dialogue, un moyen camouflé de réclamer, une fois à la table des négociations, le partage équitable et équilibré du gâteau. Interview.   

Quelle est la réaction de l’ADECO par rapport à la désignation des délégués de la Société civile, notamment la sous composante «Confessions religieuses» au bureau de la Centrale électorale?

Les Confessions religieuses, au nombre de huit, devront désigner le candidat président de la CENI. Mais hélas, elles ne nous ont pas fait plaisir de trouver un consensus tant souhaité. La charte des Confessions religieuses stipule que «lors qu’il n’y a pas eu consensus autour d’un candidat à présenter, elles doivent recourir au vote pour se départager». Concernant les 4 candidats présentés notamment Denis Kadima, Cyril Ebotoko, Roger Bimwala et Lututala, si l’on procédait au vote, c’est Denis Kadima qui devrait passer.

Voilà pourquoi au cours des discussions dans leur rencontre, la CENCO et l’ECC n’ont pas donné la chance aux six Confessions religieuses de pouvoir procéder au vote. Sur base des soupçons de corruption, la CENCO et l’ECC ont voulu que les candidats des Kimbanguistes et de la CENCO soient écartés de la course. Mais comment écarter ces candidats sur base de soupçons de corruption aussi longtemps qu’il n’y a pas de preuves pouvant conduire à une enquête sérieuse.

En l’absence de preuves, l’ADECO considère que le refus de procéder au vote qui a été opposé par ces composantes s’apparente à une abstention de voter. Car chaque Confession religieuse a droit de voter ou de s’abstenir. Et ce refus ne peut pas empêcher les autres composantes de voter. C’est pourquoi, nous demandons aujourd’hui à l’Assemblée nationale d’entériner la désignation de Denis Kadima par les 6 autres Confessions religieuses au poste du président de la CENI parce qu’au nom de la démocratie, la majorité écrasante l’emporte.

Comme les Confessions religieuses, après avoir déposé leurs PV de n’avoir pas trouvé un consensus, lancent la balle au bureau de l’Assemblée nationale. C’est pour lutter contre le glissement étant donné que tout le monde tient à l’organisation des élections en 2023. Nous ne voulons pas rater ce train des élections. Ceux qui roulent pour le glissement, veulent le dialogue afin de se mettre autour d’une table et faire le partage équitable et équilibré des pouvoirs. Le temps d’un dialogue est révolu. L’Union sacrée a tout tranché. Les uns et les autres ont des postes au sein des institutions.

Vous avez évoqué des soupçons de corruption non prouvés, mais la CENCO et l’ECC estiment que Denis Kadima étant du Kasaï, il ne peut pas briguer la présidence de la CENI de peur de favoriser son frère Tshisekedi, l’actuel Président de la République, aux prochains scrutins. Ce criterium d’exclusion basé sur la tribu est-il valable dans ce cas précis?

Empêcher Denis Kadima de briguer la présidence de la CENI malgré ses compétences par la simple raison qu’il est de la même zone que l’actuel Chef de l’Etat est un faux débat dans la mesure où dans bon nombre de partis politiques issus de l’Opposition ou de la Majorité, voire au niveau de la Société civile, il y a des Kasaïens compétents. Le fait pour Denis Kadima d’être Kasaïen n’est pas sa volonté, mais c’est Dieu lui-même qui a voulu ainsi. Tous ceux qui pensent qu’il va favoriser son frère kasaïen au vote font fausse route car le Pasteur Daniel Ngoy Mulunda a dirigé la CENI pourtant il était Katangais comme le Chef de l’Etat de l’époque et personne n’avait ouvert sa bouche pour dénoncer cela alors qu’il était issu de la même composante «Confessions religieuses».

Ce qui se raconte sur Denis Kadima c’est du tribalisme et nous devons tous militer contre ce fléau en démontrant à la face du monde que nous devons privilégier les compétences et la moralité. Kadima a été auditionné autant que d’autres candidats et il a été le meilleur, suivi de Cyril Ebotolo. Le cas Kadima n’est pas à comparaitre au cas Ronsard Malonda. Ce dernier a été contesté par la CENCO au motif qu’il était la plaque tournante de l’administration de la CENI aux élections de 2018 en qualité de secrétaire exécutif de la CENI.

Mais il y a aussi Lamuka et le Front commun pour le Congo -FCC- qui refusent aussi de désigner leurs représentants au sein de la CENI pour le moment exigeant au préalable un consensus autour des réformes électorales. Qu’en pensez-vous?

Les amis qui ne veulent pas envoyer leurs représentants aux postes qui leur reviennent à la CENI roulent pour le glissement. Nous sommes contre ce glissement. De la même manière qu’il y a eu des difficultés sur le choix aux Confessions religieuses, les autres composantes emboitent les pas.

Le représentant de l’Eglise du réveil au Congo, Dodo Kamba, qui a déposé les PV à l’Assemblée nationale le vendredi dernier, n’a pas cité le nom du candidat, réservant la primeur à cette chambre basse du Parlement. D’où tirez-vous le nom de Denis Kadima? 

Lorsqu’il y a des discussions, il y a aussi des fuites d’informations. Cela justifie souvent la présence des journalistes là où les détenteurs d’informations se réunissent pour décider de ceci ou de cela. Comment avons-nous su qu’il y a eu blocage au Centre interdiocésain entre les 8 Confessions religieuses? Denis Kadima a été présenté par les Kimbanguistes. Avant il y a audition de tous les candidats et celui de l’Eglise kimbanguiste a eu le vent en poupe. Il en a jusqu’à ce jour. Voilà pourquoi les six Confessions religieuses sur huit l’ont soutenu, exceptées la CENCO et l’ECC.

Ces six Confessions religieuses n’ont pas voulu citer son nom aux médias, réservant la primeur au Bureau de l’Assemblée nationale qui le dévoilera au moment de l’entérinement. C’est alors que ce nom nous sera révélé. Mais cela ne nous empêche pas de savoir que la CENCO avait présenté Cyril Ebotoko. D’ailleurs, tous les candidats présentés sont connus. L’ECC avait présenté deux candidats: Pasteur Kawata et Dr Lututala. Par rapport à la procédure, c’est l’Assemblée nationale qui est sensée révéler le candidat désigné par les Confessions religieuses.

Soutenant le régime en place, vous êtes prêts à aller aux élections de 2023. Quel bilan allez-vous présenter au peuple pour le convaincre de vous accorder un second mandat?

Un récent sondage BERCI dit que le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est plus proche de la population. Cela sous-entend que c’est lui qui pourrait être réélu aux prochaines élections par cette même population. Revenons à votre question. Le bilan à mi-parcours de Félix Tshisekedi est largement positif. Aujourd’hui, avec ce que le gouvernement Sama Lukonde est en train de réaliser, notre économie redore petit à petit son blason même si l’impact de toutes ces bonnes initiatives ne se fait pas encore sentir dans la population à cause du poids laissé par ses prédécesseurs.

La gestion passée est en train d’impacter sur son bilan. La sécurité à l’Est du pays va revenir avec l’état de siège car le réseau maffieux qui entretenait cette guerre est démasqué. Par rapport au social du RD-Congolais, vous avez suivi les mesures prises pour ramener à la baisse les prix des produits surgelés et les billets d’avion. Sur le plan sanitaire, Ebola a été éradiqué et, aujourd’hui, le pays lutte contre le Coronavirus. Les adversaires politiques ont aussi le droit de critiquer son bilan pour le pousser à mieux faire. Sa vision «Le peuple d’abord» est là.

Ses adversaires politiques n’ont pas de bon programme à vendre au peuple en 2023, c’est pourquoi ils militent pour le glissement et non pour l’organisation des élections. Le ministre des Finances Nicolas Kazadi a dit qu’il n’y a aucun souci pour organiser les élections en 2023. Il y a des signaux forts pour la tenue des élections. Je ne voudrais pas comparer ce bilan de deux ans avec ceux de 32 ans et 18 ans.

Propos recueillis par Octave MUKENDI

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