Interview

Me Stanis Lwabeya: «Le Chef de l’Etat doit dépolitiser les entreprises publiques»

Le Secrétaire général adjoint et porte-parole de l’Alliance des démocrates congolais -ADECO-, parti cher au patriarche Jonas Mukamba Kadiata Nzemba, Me Stanis Lwabeya Kamanji, a salué la publication du gouvernement Sama Lukonde tout en espérant qu’il va répondre aux attentes de la population.  Se confiant mercredi 14 avril à AfricaNews et à la RTNC à travers l’émission «Franc Parler Magazine», il a invité les nouveaux promus à travailler pour l’intérêt général de la nation pour ne pas s’exposer aux poursuites judiciaires dues au détournement présumé et à la mauvaise gestion de la res publica. Dans sa réaction, il a aussi invité le Président de la République à dépolitiser non seulement les entreprises du Portefeuille de l’Etat, mais surtout l’ensemble de l’Administration publique. Entretien. 

Comment avez-vous accueilli la publication du gouvernement Sama Lukonde après deux mois de tractations politiques?

Nous l’avons accueilli avec joie puisque nous l’attendions impatiemment. C’est comme ce fut le cas pour le gouvernement Ilunkamba qui a pris neuf mois avant de sortir. Et aujourd’hui, les deux mois ont créé l’impatience au sein de notre peuple car il fallait, au nom de l’Union sacrée de la nation, que ce gouvernement soit publié. Nous félicitons d’abord le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qui a fait que ce gouvernement voie le jour et son Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge ainsi que tous les membres dudit gouvernement. C’est le gouvernement de l’Union sacrée de la nation et de salut public puisque le gouvernement Ilunkamba n’était composé que des sociétaires du FCC et du CACH. Lors des consultations initiées par le Chef de l’Etat, les sages de ce pays, notamment la CENCO et le Cardinal Fridolin Ambongo lui avaient demandé de trouver un mécanisme par lequel il devait travailler avec ses pairs de l’Opposition qui étaient restés dans Lamuka et les autres RD-Congolais. Cette préoccupation du Cardinal Ambongo a trouvé de solution parce qu’aujourd’hui, il y a un gouvernement qui rassemble le FCC, le CACH, Lamuka, la Société civile et les personnalités politiques. Voilà pourquoi il s’appelle gouvernement de l’Union sacrée de la nation.

Que peut-on attendre de ce gouvernement?

Notre peuple attend beaucoup de choses de ce gouvernement. Il y a des défis majeurs que nous pouvons qualifier des priorités des priorités, notamment le social des RD-Congolais. On constate aujourd’hui sur le marché la hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires. Dans notre pays, quand vous parlez politique, la population demande que les produits soient versés sur le marché en grande quantité pour lui permettre de vivre avec les maigres moyens. Après le social, c’est la sécurité. J’évoque ici la situation sécuritaire à l’Est du pays où la population est en train d’exprimer son ras-le-bol. Le Chef de l’Etat lui-même a reconnu que cette population est en détresse au point de promettre qu’il va s’installer à l’Est pour qu’ensemble nous puissions relever ce défi. Comme le Président de la République n’est pas omniprésent comme Dieu le Père, il a fallu qu’il ait un gouvernement qui répond à sa vison «Le peuple d’abord» pour que ce dernier s’attèle à relever ces nombreux défis. En dehors de la sécurisation de l’Est du pays, il y a également des poches d’insécurité dans plusieurs provinces du pays. Sûrement, cette question relève de la compétence du gouvernement central qui doit sécuriser et protéger la population à travers ses différents services de défense et sécurité.

Quelles sont les chances que vous accordez à ce gouvernement au vu des défis que vous venez de relever?

Ce gouvernement devrait réussir. Une fois qu’il sera investi par l’Assemblée nationale, il doit se mettre au travail pour relever tous les défis que nous avons épinglés tout à l’heure. Connaissant bien la vigueur de la jeunesse et toutes les nouvelles figures qui composent ledit gouvernement, il y aura des résultats. Car les jeunes se sont levés pour combattre la dictature dans ce pays et aussi dire non au glissement depuis 2016. Ils répondaient à l’appel de l’Eglise catholique, la Société civile et les partis et regroupements politiques pour siéger à travers le pays. Le Chef de l’Etat a pris le pouvoir dans un contexte un peu particulier, il y a des problèmes complexes qui l’attendent et qui ne seront pas résolus par le coup d’une baguette magique mais plutôt par le travail qui sera fait par le gouvernement. Dans l’union sacrée de la nation, nous avons toutes les chances de réussir car tout le monde est impliqué pour la seule cause de la nation et de son peuple. Dès la publication de ce gouvernement, la quasi-totalité des RD-congolais ont manifesté leur joie et lui souhaité plein succès. C’est pourquoi nous sommes optimistes afin de permettre à ce gouvernement de travailler pour l’intérêt général de notre peuple. Nous exhortons les ministres de travail avec abnégation, dévouement afin que le procès «100 jours» et autres procès puissent nous interpeller à titre pédagogique pour éviter d’être traduits en justice pour mauvais gestion et détournement des deniers publics. Quand on aime son travail on pose les jalons pour un bilan positif, la population ne saura louer que nos bonnes actions et non les mauvaises.

Après la publication du gouvernement, cap sur la nomination des mandataires publics. Selon vous, quel doit être le critérium pour choisir les gestionnaires des entreprises publiques?

La première des choses, nous souhaitons qu’il y ait dépolitisation des entreprises publiques. Nous constatons que les directeurs généraux et les présidents du Conseil d’administration tenus au devoir de redevabilité à leurs partis et regroupements politiques, bref à leurs chefs des partis qui les ont proposés à ces postes. A cette fois-ci, le Chef de l’Etat doit mettre fin à cette politisation des entreprises du Portefeuille de l’Etat. L’administration publique est apolitique. C’est la politisation qui a conduit à la faillite de ces entreprises. Aujourd’hui, il est temps de corriger ces erreurs du passé et nommer des gens compétents doublé d’abnégation et dévouement qui puissent servir la nation. Des gens qui seront fiers d’eux-mêmes du bilan qui sera fait de leur gestion. Des personnalités soucieuses de l’épanouissement de ces entreprises car notre économie dépend en grande partie d’elles. Par exemple, la MIBA est par terre suite à l’effort de guerre. On a pris l’argent sans pour autant penser à redresser la production. La seule façon de redresser toutes ces entreprises qui constituent le poumon de notre économie, c’est de les dépolitiser. Il faut nommer des gens qui ont la probité morale. Nous sommes environ 80 millions des RD-Congolais, il y a eu 57 au gouvernement, il y aura une soixantaine dans les entreprises publiques, j’invite tout le monde au calme car ce n’est pas seulement au gouvernement et dans les entreprises qu’on devrait servir son pays.

Comment réagissez-vous à la levée du couvre-feu dans les provinces à faible taux de Coronavirus et son allègement à Kinshasa?

Les autorités ont pris cette mesure en connaissance des causes. Elles sont là pour nous protéger quand il y a une maladie qui gangrène le monde entier comme c’est le cas avec le Coronavirus. Le foyer de cette pandémie pour notre pays a été identifié dans la ville de Kinshasa. C’est ainsi on a allégé le couvre-feu à Kinshasa tout en le levant définitivement dans d’autres provinces. C’est une bonne décision. La logique préventive qui règne dans toutes ces mesures nous rassure par rapport aux dégâts parce que les gens ne s’y attendaient pas. Ils pensaient que, d’après les informations que nous avons, il y aura beaucoup de morts dus à la Covid-19 en Afrique. Heureusement, c’est le contraire qui se vit. Je pense que nos autorités ont été à la hauteur de leur tâche. Progressivement, le couvre-feu sera levé sur l’ensemble du pays.

Le lancement de la vaccination volontaire contre la Covid-19 avec «Astra Zeneca» commence le lundi 19 avril prochain. Quel est votre commentaire?

Quant à la vaccination, le gouvernement RD-congolais et les autres gouvernements du monde font face à cette pandémie mondiale. Chaque pays tente d’y mettre fin par les moyens nécessaires et efficaces. On nous a prêchés le respect des gestes barrières, tout ce qu’on nous a demandé à observer comme consigne c’est également limiter la propagation. Pendant que nous respectons les mesures barrières, il y a des laboratoires pharmaceutiques qui travaillent pour effectivement trouver le vaccin. Ils ont trouvé de vaccins de plusieurs sortes. Chez-nous, on a réceptionné le stock d’Astra Zeneca. Le gouvernement s’est rassuré si ce vaccin ne pourra pas causer du tort à la population. On n’a pas trouvé d’inconvénients, c’est ainsi qu’on a décidé de vacciner des gens. J’aine le fait que cette vaccination est volontaire. Il y a des privilégiés notamment le personnel soignant et les personnes vulnérables y compris les travailleurs. Nous ne pouvons que nous incliner car c’est le moyen trouvé pour protéger la population mondiale.

Propos recueillis par Octave MUKENDI

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