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Jonas Tshiombela: «le peuple RD-congolais est fatigué des cessez-le-feu annoncés, violés et jamais sanctionnés»

La Première ministre, Judith Suminwa, a porté la voix de la RD-Congo à la 81ème Assemblée générale de l’ONU à New York évoquant la situation sécuritaire dans l’Est du pays qui reste volatile, marquée par une nouvelle violation du cessez-le-feu dénoncée par les Forces armées de la RD-Congo -FARDC. Faut-il privilégier la riposte militaire ou la voie diplomatique? Quel avenir pour la Mission de l’ONU pour la stabilisation au Congo -MONUSCO- et quel lien entre cohésion nationale et agression extérieure? Le Coordonnateur de la Nouvelle société civile congolaise -NSCC-, Jonas Tshiombela, a répondu à six questions d’actualité en cette Journée internationale de la paix. Entretien.

Comment réagissez-vous à l’énième violation du cessez-le-feu par la coalition M23/AFC dénoncée par l’armée RD-congolaise? 

Le peuple est fatigué des cessez-le-feu annoncés, violés et jamais sanctionnés. Malgré les processus de Luanda, Nairobi, Doha et Washington, les populations continuent de mourir et de fuir. La résolution 2773 du Conseil de sécurité de février 2025 a exigé l’arrêt des hostilités du M23 et le retrait du soutien rwandais, mais elle n’est pas appliquée. Le problème n’est pas l’absence de textes, mais leur mise en œuvre. La paix ne se construira pas sur l’impunité. Toute violation doit entraîner des conséquences politiques, diplomatiques, économiques et des sanctions ciblées.

Face à l’agression rwandaise, la réponse militaire seule suffirait-elle ou la RD-Congo devrait activer d’autres fronts?

Non, la réponse militaire seule ne suffit pas, mais croire qu’une diplomatie peut se substituer à une armée est aussi une erreur. La RD-Congo doit avoir une armée républicaine bien équipée, formée, renseignée et rémunérée: renseignement, surveillance, mobilité, logistique et moyens aériens. Sur le terrain, les FARDC doivent défendre le territoire dans le respect du droit humanitaire. Simultanément, Kinshasa doit mobiliser l’UA, l’ONU, les USA et l’UE pour faire appliquer les engagements. Il ne faut pas choisir entre armée et diplomatie.

Quel message la Première ministre doit-elle apporter à la tribune de la 81ème Assemblée générale de l’ONU concernant la RD-Congo? 

La Première ministre Judith Suminwa doit porter un message de vérité, de dignité et de responsabilité. La RD-Congo ne veut plus de déclarations de solidarité pendant que la guerre continue. Combien de morts faudra-t-il pour que sa souffrance soit une urgence internationale? Il faut regarder l’économie de guerre: nos minerais stratégiques alimentent les chaînes mondiales. Qui achète les minerais des zones de conflit? Il faut tracer toute la chaîne: groupes armés, réseaux financiers, intermédiaires et marchés. La solidarité demandée doit être politique, sécuritaire, économique et judiciaire, pas seulement humanitaire.

Qu’attendre de la MONUSCO?

Il faut regarder la réalité. Plus de vingt ans de présence sous différentes formes et l’insécurité persiste. Le mandat a encore été renouvelé en décembre 2025. Cela pose une question d’efficacité. Cela ne signifie pas tourner le dos au multilatéralisme, mais réclamer une ONU plus forte et crédible. Le problème est le modèle d’intervention, les moyens, le mandat et les règles d’engagement. Une organisation qui prône le multilatéralisme doit prouver que ses résolutions ont des effets. Les RD-Congolais ne veulent pas une ONU qui observe la guerre, mais qui protège les civils.

Le Président de la République a convoqué le dialogue national pendant que le pays vit une agression. Quelle est votre lecture? 

La paix extérieure et la cohésion intérieure sont liées. Le dialogue national annoncé par le Président peut créer la réconciliation et la refondation de l’État. Nous appelons la communauté internationale à le soutenir, à condition qu’il soit inclusif et aboutisse à des résultats concrets. Face à une menace extérieure, une nation a besoin de cohésion, mais cohésion ne veut pas dire silence. Les divergences doivent se régler par le droit et la démocratie, non par la violence. A New York, le message est simple: la RD-Congo veut la paix à ses frontières et la cohésion à l’intérieur.

Le monde a célébré la Journée internationale de la paix le 21 septembre et cette paix est-elle une exigence pour la RD-Congo qui subit une agression?

Le monde célèbre la paix ce 21 septembre, mais en RD-Congo, nous ne pouvons pas la célébrer comme une réalité. Comment la fêter quand l’Est vit depuis des décennies dans les déplacements, massacres et violences sexuelles? Le thème de l’ONU cette année, «Investir dans la paix», résonne fort. Il faut investir vraiment: justice, institutions, sécurité, jeunesse, éducation et développement des territoires affectés. La paix ne doit pas être une promesse annuelle, mais une réalité quotidienne: sécurité, justice, dignité et retour des déplacés. La RD-Congo ne demande pas la compassion, mais que la vie de ses citoyens ait la même valeur. 

Octave Mukendi

Rédacteur en chef d'AfricaNews RDC, Octave Mukendi est un journaliste expérimenté. Il coordonne la production éditoriale du média et veille au respect des standards de qualité, de rigueur et d'éthique journalistique. Il couvre les grands enjeux politiques, économiques et sociaux en République démocratique du Congo, avec une attention particulière portée à la contextualisation et à la fiabilité de l'information. À travers son travail éditorial et ses analyses, il contribue à faire d'AfricaNews une référence en matière d'information crédible, vérifiée et sans filtre.

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