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Alingete: un monument réclamé à la gloire de celui qui a fait trembler les intouchables

La mobilisation est venue de la société civile. Lundi, sur un plateau télé, Jean-Claude Katende prend la parole. Le président de l’ASADHO, l’une des plus anciennes ONG de défense des droits humains en République Démocratique du Congo, réclame un hommage national pour Jules Alingete Key. «Je plaide pour un monument à la mémoire de Monsieur Jules Alingete», lance-t-il, droit dans la caméra. Et d’ajouter, conscient des critiques méchantes: «Je vais être attaqué de toutes parts».

Un combat contre les «intouchables»

Pour le défenseur des droits humains, l’Inspecteur général des finances honoraire et émérite mérite d’entrer dans la pierre et dans l’histoire. «Depuis la création de l’IGF, c’est l’un des seuls Congolais à avoir fait trembler les prédateurs des biens et des fonds publics», assène-t-il. «C’est un travail énorme». Un travail qui, selon lui, se chiffre: des milliards sécurisés, des circuits de détournement bloqués, et «de l’argent qui est rentré à la caisse de l’Etat». Katende ne parle pas seulement d’un homme. Il parle d’un symbole. D’où la comparaison. «En Afrique du Sud on a élevé un monument à Nelson Mandela. À Kinshasa, on a fait de même pour Laurent-Désiré Kabila». Puis la question qui fâche: «Pourquoi dresse-t-on des statues à des musiciens et à des politiciens, et pas à ceux qui ont protégé le Trésor public?». L’enjeu dépasse Alingete. «Sans reconnaissance, quel fonctionnaire osera encore défier les réseaux? Ça n’encourage pas d’autres Congolais à prendre des risques pour l’Etat», prévient-il.

Après la tempête de fin juin

La sortie intervient trois semaines après la séquence confuse de fin juin. Deux communiqués contradictoires du parquet avaient annoncé puis levé une interdiction de sortie du territoire visant l’ex-patron de l’IGF et quatre dirigeants de la Rawbank, les frères Rawji, les propriétaires de la seule banque locale associée à l’opération du premier Eurobond du pays. «Cette agitation était indigne», cingle Katende. «L’histoire retiendra qu’il a fait un travail de titan. Il a osé s’attaquer à des intouchables au nom de la République». S’il concède que «tout homme peut faillir», le président de l’ASADHO martèle: «Il faut respecter et honorer ceux qui paient le prix du combat contre la prédation».

Bilan: l’ère Alingete à l’IGF 

En cinq ans à la tête de l’Inspection générale des finances, Alingete a changé le rapport de force. Nommé en juillet 2020, il a transformé l’IGF en machine de contrôle et de dissuasion. L’effet a été immédiat dans les caisses de l’Etat. Le budget national est passé d’environ 4 milliards à plus de 16 milliards de dollars. Entre 2021 et 2023, les trois régies financières ont dépassé ou frôlé leurs objectifs chaque année, malgré les chocs. En 2022 seulement, le taux global de mobilisation a atteint 116%. Résultat: des marges budgétaires inédites qui ont permis de tenir les dépenses électorales de 2023 sans dérapage majeur.Sur le terrain, la «patrouille financière» est devenue une marque.

Des audits ciblés dans les ministères, les entreprises publiques et même les provinces ont permis de récupérer et de sécuriser des centaines de millions de dollars. Agriculture, santé Covid, Gécamines, transport aérien, TVA bancaire: aucun secteur n’a été épargné. Plusieurs hauts responsables et mandataires ont payé le prix fort, jusqu’à Makala. La revisitation des contrats chinois rapporte aujourd’hui 3 milliards de dollars exclusivement consacrés aux infrastructures routières. La route entre Mbuji-Mayi et Nguba dans le Lualaba est en cours de réalisatio. Les rocades de Kinshasa prennent forment. Des députés nationaux conduits par leur speaker, Aimé Boji, ont palpé la réalité. L’institution elle-même a changé de visage. Un immeuble moderne a été construit pour abriter les services de l’IGF, inauguré par Félix Tshisekedi en personne. Les conditions salariales des inspecteurs ont été largement revues à la hausse afin de les mettre à l’abri des tentations.

L’IGF s’est aussi imposée dans le débat juridique. Dans le dossier des primes accordées aux PCA non actifs, le Conseil d’État a validé la position de l’Inspection: seuls les mandataires en fonction peuvent en bénéficier. Une décision qui a fait jurisprudence.

L’après-Alingete à l’IGF

Au-delà des chiffres, une culture s’est installée. Pour la première fois, l’idée qu’un inspecteur pouvait contrôler 2000 opérations bancaires en une journée et bloquer un détournement en cours n’était plus une fiction. C’est ce bilan que Katende veut voir sanctuarisé. Pas une statue pour un homme. Mais un trophée pour celui qui l’avait élevé à ce poste et accompagné son action. Un hommage national à tous les acteurs de la lutte contre la corruption. Un repère pour tous ceux qui viendront après, pleinement engagés dans ce noble combat et excités à l’idée qu’ils vont eux aussi mérités de la patrie. 

Le militant s’est aussi exprimé sur la suite. Ayant pris part à un séminaire sur le plan stratégique triennal de l’IGF, il dit avoir senti «l’enthousiasme» et «la rage» de la nouvelle équipe dirigeante. Objectif affiché: «porter l’institution à un niveau encore plus important». Un message d’espoir dans un contexte tendu. Car le 14 juillet, dix organisations de la société civile ont alerté le président Tshisekedi: sans protection juridique et physique, les lanceurs d’alerte et inspecteurs sont «à la merci des réseaux de prédation».

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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