
À Kinshasa, on a choisi de ne plus euphémiser. Au lendemain de l’annonce, à Goma, de la création du Front pour la refondation de la nation -FRN- et de sa prise en main par Joseph Kabila, l’UDPS a répondu mardi 13 octobre par une formule aussi brutale que calculée. «Kabila finira comme Savimbi», a déclaré Augustin Kabuya, secrétaire général du parti présidentiel, lors d’une rencontre à Kinshasa avec Christophe Mboso Nkodia Mpwanga. La formule mérite qu’on s’y arrête. Jonas Savimbi, fondateur de l’UNITA, a incarné pendant vingt-sept ans la rébellion contre Luanda avant d’être tué au combat en 2002. En convoquant cette mémoire angolaise, le premier parti de la majorité opère un déclassement: Joseph Kabila n’est plus un ancien chef de l’État devenu opposant, il est un chef rebelle en rupture avec la légalité internationale.
«À l’époque, Jonas Savimbi avait défié la communauté internationale. Aujourd’hui, Kabila l’a fait», a poursuivi Kabuya. «Ce n’est pas une surprise. Le président Félix Tshisekedi l’avait déjà dit et certaines personnes ne voulaient pas croire en son message, mais aujourd’hui, nous sommes tous rattrapés par l’histoire», a-t-il insisté. «Aujourd’hui, Kabila a décidé de récupérer son poste». Le FRN, présenté comme successeur de l’AFC, affiche un organigramme resserré: Kabila à la présidence, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa comme vice-présidents, Sultani Makenga comme chef militaire. C’est désormais un mouvement politico-militaire avec un visage national.
Le dialogue à l’épreuve du terrain
C’est ici que l’affaire risque de se compliquer. Car si le gouvernement de Kinshasa crie à la trahison, la communauté internationale, elle, ne parle que de dialogue. Et l’intronisation de Goma rebat toutes les cartes. D’abord parce que Kabila fait un pari: celui de l’inclusivité. En s’installant à Goma, il mise sur ce mot martelé le 29 septembre par James Swan devant le Conseil de sécurité et repris le 9 octobre par le Panel de l’UA lors de sa rencontre avec l’AFC/M23 à Goma. Si le dialogue doit être inclusif et s’ouvrir à ceux qui contrôlent du terrain, comment exclure celui qui tient Goma et Bukavu? C’est, à l’analyse, le calcul du FRN: se rendre territorialement incontournable pour devenir politiquement invitable.
Ensuite parce que l’UDPS, en sortant l’arme du parallèle avec Savimbi, pose l’hypothèse inverse. Si Kabila est perçu comme Savimbi, alors il n’y a pas de dialogue possible, seulement une reddition ou une neutralisation. Cette ligne suppose que Kinshasa obtienne de ses partenaires – MONUSCO, Union africaine, États-Unis qui ont sanctionné Kabila via l’OFAC le 30 avril 2026 – qu’ils entérinent cette exclusion. Une équation délicate: peut-on organiser un dialogue inclusif en excluant celui que l’on désigne comme le meneur de la rébellion?
Enfin parce que la référence elle-même porte une troisième hypothèse, plus sombre. L’histoire de Dos Santos face à Savimbi, du civil face au militaire, ne s’est pas terminée à une table de négociation, mais par l’épuisement militaire et la mort du chef rebelle. En invoquant Savimbi, Kabuya laisse entendre, sans le dire, que la solution pourrait ne pas être politique mais sécuritaire. Que le temps, à l’image de l’Angola, finirait par jouer contre Kabila. «Kabila s’entête et défie la communauté internationale. Voyons ce que l’avenir nous réserve», a conclu le président intérimaire de l’UDPS.
Une phrase qui laisse toutes les hypothèses ouvertes, et qui acte une chose: il n’y aura, peut-être jamais, de retour en arrière.
Natine K.





