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Grâce Malela: «Le dialogue, oui, mais pas avec ceux qui ont pris les armes contre leurs frères»

Secrétaire générale du parti Alliance des Congolais pour le développement social -ALCDS-, membre de l’Union sacrée de la Nation, Grâce Malela Kitenge se prononce sur l’initiative de dialogue national annoncée par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi ainsi que sur la question du changement de la Constitution. Dans cet entretien accordé à «AfricaNews», elle exclut tout dialogue avec les groupes armés et les personnes condamnées, plaide pour une Constitution «puisant ses références dans la culture RD-congolaise» et dénonce une Opposition qu’elle accuse de ne penser qu’à «l’alternance au pouvoir». Entretien.

En tant que secrétaire générale de l’ALCDS et membre de l’Union sacrée, quelle est votre réaction face au dialogue annoncé par le Président de la République?

Je ne suis pas surprise. Nous en avions déjà parlé en mars avec le président de notre parti, Adrien Kasambue. Nous disons oui au dialogue, mais pas avec ceux qui ont pris les armes contre leurs frères RD-congolais, ni avec les condamnés à mort, ni avec ceux qui sont en dehors de la légalité. Le dialogue doit se faire avec les RD-Congolais qui respectent les lois de la République. Si nous ouvrons la porte à tous, nous allons créer un précédent dangereux: demain, pour accéder au pouvoir, il faudra prendre les armes, tuer et espérer être blanchi par un dialogue. Cela deviendrait une coutume que nous léguons à nos enfants. Nous refusons cette logique.

Pourtant, le dialogue est présenté comme inclusif?

L’inclusivité n’exclut pas la légalité. On ne peut pas suspendre la loi au nom du dialogue. Il y a des citoyens à qui la justice a retiré leurs droits politiques. Je prends l’exemple de Constant Mutamba, frappé d’inéligibilité jusqu’en 2032. Doit-on effacer ces décisions parce qu’il y a un dialogue? Non. «Inclusivité» ne signifie pas amnistier tous les contrevenants pour dire: « Soyons ensemble!». La loi doit être respectée. À titre personnel et en tant que juriste, je suis favorable à une justice ferme, y compris contre Corneille Nangaa et ses compagnons. Je crois à une justice africaine, enracinée dans nos valeurs. Le modèle importé ne peut pas tout régler chez nous.

L’Opposition, par la voix de Delly Sessanga, exige la participation de l’AFC/M23 et de Joseph Kabila au dialogue. Quelle est votre position?

Je le dis avec regret: je ne vois pas de véritable Opposition idéologique en RD-Congo. Le débat se résume trop souvent à des individus. Regardez les projets de société. À 80%, il n’y a pas de différence majeure entre ceux qui se disent de la Majorité et ceux qui se réclament de l’Opposition. La divergence relève davantage d’un conflit d’intérêts. Si Delly Sessanga veut l’AFC/M23 à la table, qu’il nous explique sur quelle base idéologique. Quel est le projet de société du M23? En quoi rejoint-il celui de son parti ou celui de la Majorité? Le débat doit porter sur les idées, pas sur des affinités personnelles avec Joseph Kabila, Paul Kagame ou Corneille Nangaa. Sinon, nous sortons du champ politique.

Selon vous, la Constitution doit-elle être changée ou révisée?

Je plaide pour un changement. Et ce n’est pas nouveau. Dans mon livre «Bourreau et esclave ailleurs», publié en 2018, j’évoquais déjà la nécessité d’une nouvelle Constitution. On révise ce qui nous appartient déjà. Or, notre loi fondamentale actuelle ne porte pas l’empreinte des RD-Congolais. Elle date de 2006 et ne correspond plus aux réalités de 2026. Une société évolue; ses lois doivent évoluer. À l’ALCDS, avec le président Adrien Kasambue, nous sommes favorables à un changement. Notre Constitution doit puiser ses sources dans notre culture. Aujourd’hui, l’écart entre le texte et la réalité crée trop d’irrégularités institutionnelles. Il faut adapter nos lois à notre peuple et à notre République.

L’Opposition vous accuse de vouloir changer la Constitution pour maintenir le Président Tshisekedi au pouvoir…

C’est réduire le débat. On peut changer la Constitution aujourd’hui et, demain, le Président ne sera plus là. Il n’est pas éternel. Les lois ne sont pas faites pour des individus, mais pour la société. Les individus passent, les institutions restent. Réduire le changement constitutionnel à une question d’alternance, c’est faire passer l’intérêt personnel avant l’intérêt du peuple. Si les opposants sont sincères, qu’ils acceptent d’interroger le peuple. On peut servir la nation sans être Président de la République. J’invite donc l’Opposition à sortir de cette fixation et à se pencher d’abord sur le bien-être des RD-Congolais. Ensuite, nous pourrons débattre sereinement du fond en soumettant la question au référendum: sommes-nous pour ou contre un changement de la Constitution? Le peuple pourra alors trancher.

Propos recueillis par Denis MBUYI et Daniella MATOKA

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