
Beckerss Kumbanu Matondo wa Matondo est juge au Tribunal de paix de Kinkole, à l’Est de la ville de Kinshasa. Issue d’une fratrie nombreuse, dont elle est la quatrième, elle est également mère de plusieurs enfants qui représentent, selon elle, une grande source de joie et de motivation dans sa vie. Licenciée en Droit, formée à l’Université de Kinshasa -UNIKIN-, elle reconnaît le bien-fondé des études et se dit toujours prête à dire le droit dans toute sa rigueur. Dans une entrevue avec «AfricaNews», elle évoque non seulement les avantages de sa profession, mais également ses difficultés. «L’une des grandes difficultés est de concilier l’exigence de justice avec les réalités sociales et les pressions extérieures», déclare-t-elle. Entretien.
Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l’école primaire, aux humanités et à l’université?
À l’école primaire, je garde des souvenirs empreints d’innocence et de discipline. Aux humanités, c’était une période de découverte et d’affirmation de soi. Quant à l’université, elle a marqué ma vie par l’intensité du travail, les sacrifices consentis et l’éveil d’une véritable vocation pour la magistrature.
Comment êtes-vous devenue juge?
Je suis devenue juge à l’issue d’un long parcours académique et professionnel. Après mes études de droit, j’ai prêté serment et intégré la magistrature grâce à ma réussite au concours et à ma persévérance.
Votre intégration dans la profession avait-elle été facile?
Non, elle n’a pas été facile. Comme à chaque nouvelle étape, il y a eu des défis à relever: la rigueur du métier, la pression et les attentes de la société. Mais avec le temps, j’ai appris à m’affirmer et à trouver ma place.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans votre métier?
La magistrature exige souvent de prendre des décisions difficiles, parfois impopulaires, mais nécessaires. L’une des grandes difficultés est de concilier l’exigence de justice avec les réalités sociales et les pressions extérieures.
Quels avantages tirez-vous de cette profession?
C’est une profession noble qui me permet de contribuer à l’équilibre de la société, de défendre les plus faibles et de participer à l’édification d’un État de droit.
Qu’est-ce que vous appréciez dans la magistrature et qu’est-ce que vous n’appréciez pas?
J’apprécie profondément le rôle de garant de la justice et de la vérité. En revanche, je n’apprécie pas les ingérences ni les tentatives de pression qui, parfois, cherchent à influencer la neutralité du juge.
Comment se fait la collaboration entre femmes et hommes magistrats?
Elle se fait dans un esprit de respect mutuel et de complémentarité. La compétence ne connaît pas de sexe et, dans notre métier, c’est avant tout le professionnalisme qui prime.
Vous sentez-vous, en tant que femme, marginalisée ou discriminée dans votre profession?
Il est vrai que certaines perceptions persistent dans la société, mais dans mon exercice quotidien, je m’efforce de m’imposer par la compétence et la rigueur.
Quel jugement avez-vous rendu et qui vous a marquée dans la vie?
Un jugement concernant, par exemple, une affaire familiale ou une affaire de droits humains, car il a révélé l’importance de la justice dans la protection des droits fondamentaux.
Quel jugement avez-vous rendu mais qui vous a fait mal?
Un jugement dans une affaire où la loi devait être appliquée avec fermeté, malgré l’aspect humain qui me touchait profondément.
Qu’est-ce que vous admirez et qu’est-ce que vous déplorez chez les femmes magistrates?
Chez les femmes magistrates, j’admire leur courage et leur détermination. Mais je déplore parfois un manque de solidarité entre elles.
Si le monde était à refaire, que deviendriez-vous?
Si le monde était à refaire, je choisirais encore la magistrature, car c’est une vocation.
Quel est votre modèle dans la profession?
Mon modèle professionnel n’est pas seulement une personne, mais une valeur: l’intégrité. J’admire ceux qui, malgré les pressions, restent fidèles à leur serment de dire le droit.
Comment réagissez-vous face aux violences faites aux femmes?
À ce genre de violences, je réagis avec fermeté et conviction, car il est de notre devoir de protéger les victimes. Je conseille aux femmes d’être ambitieuses, utiles à leur communauté et de ne jamais sous-estimer leur valeur. Moi-même, j’ai grandi dans un foyer empreint de travail, de discipline et de respect, ce qui a façonné mon caractère.
Comment conciliez-vous votre profession et votre rôle de mère de famille?
Je concilie mon métier et mon rôle de mère grâce à une bonne organisation, au soutien de ma famille et à une gestion équilibrée du temps.
Quel conseil donnez-vous aux femmes?
Aux femmes, je lance cet appel ferme: «Croyez en vos capacités, osez, et sachez que vous êtes essentielles à la construction de notre société».
