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Alexis Mutanda: «Pas de parallélisme entre la situation de 2006 et celle de 2023»

Dans un entretien, Alexis Mutanda Ngoy-Muana, député national honoraire élu sur la liste UDPS en 2011 a confié à AfricaNews que le fait pour la coalition Lamuka et le FCC de s’abstenir de désigner leurs représentants à la Commission électorale nationale indépendante -CENI- faute de consensus chez les confessions religieuses sur la désignation du Président de cette institution ne pourra pas empêcher le pays d’aller de l’avant. Interview.  

 La coalition Lamuka et le FCC s’abstiennent de désigner leurs représentants à la CENI aussi longtemps qu’un consensus n’a pas été trouvé entre les Confessions religieuses sur la désignation du président de cette institution. Allons-nous vivre les scenarii de 2004 et 2006 où l’UDPS avait refusé de participer à la transition et aux premières élections dans le pays?

Aujourd’hui, l’UDPS n’est pas la seule actrice politique. Il y a les autres partis politiques ainsi que la Société civile dont la sous-composante Confessions religieuses doit désigner le président du bureau de la CENI. Je crois même qu’il n’y a pas de parallélisme avec la situation de 2006. Parce qu’en cette année-là, les arguments de l’UDPS étaient tranchants et fondés. Mais, aujourd’hui, on est en train de mêler des choses. Dans tous les cas, c’est la majorité qui s’impose.

Nous sommes en démocratie et la prêchons, c’est la majorité qui va influer sur les résultats de telle manière que la démarche ne puisse pas être arrêtée. Nous cheminons vers ces élections de 2023, nous pensons à notre avis que c’est le nom du président de la CENI qui a été validé par la majorité des Confessions religieuses qui sera entériné par l’Assemblée nationale. Elles sont au nombre de 8 et disposent d’une charte qu’elles ont élaborée elles-mêmes. Si déjà 6 Confessions religieuses sur 8 ont décidé pour telle ou telle autre personne, si on est réellement démocrate et on veut sauver la démocratie, les deux autres Confessions religieuses devraient s’incliner devant la décision de 6 de leurs plutôt que de remettre les choses en cause.

Je ne pense pas que si Lamuka et le FCC refusent, cela va empêcher la majorité du peuple congolais d’aller de l’avant par le simple fait que tel acteur ne serait pas content et s’abstient de marcher avec les autres. Ce n’est pas la première fois que nos amis de Lamuka font marche en arrière, nous sommes déjà habitués à ce genre des subterfuges.

Quelle est votre réaction par rapport à l’état de siège décrété en Ituri et au Nord-Kivu où le Chef de l’Etat a dénoncé le détournement des moyens y alloués au point que certains officiers ont été arrêtés et déférés devant les instances judiciaires?    

Je ne suis pas très étonné que tout cela arrive parce que l’état de siège a été décrété pour ramener la paix et restaurer l’autorité de l’Etat dans cette partie du territoire national. La situation que nous vivons à l’Est du pays perdure depuis une trentaine d’années.

Nous sommes partis de 10 groupes armés, puis 120 et 150 et, aujourd’hui, il y a environ 200 groupes locaux et étrangers qui sèment la terreur. Nous avons des minerais là-bas. Des gisements importants en or, coltan, etc. Pendant le régime des Kabila, on avait déjà découvert ces gisements, pour quelle raison l’Etat ne s’était pas organisé pour intéresser les investisseurs censés exploiter ces minerais en bonne et due forme.

Aujourd’hui, il y a des groupes armés qui se sont constitués et qui vivent du trafic clandestin et de l’exploitation illégale de ces minerais. Il y a également des personnalités importantes nationales et internationales qui sont derrière ce trafic pour tirer des gros bénéfices. Le Président de la République, avec tout son réseau d’information, s’est déplacé à l’Est et a découvert qu’il y avait au niveau de l’armée des choses dénonciables qui bloquent l’avancement de l’Etat de siège.

Complexité de la situation…

Il y a beaucoup d’inconnus et c’est tellement complexe. C’est une nébuleuse où il faut pénétrer pour connaitre exactement ce qui se passe. Quand vous êtes dans un panier à crabes, il faut fouiller profondément. Dans une situation où il y a des groupes armés mal définis et si nombreux opérant dans les gisements des différents minerais et y exerçant une exploitation clandestine, il y a aussi des pays voisins ayant leurs visées sur tous ces gisements, c’est du désordre entretenu par ceux qui tirent profit. Pensez-vous qu’une situation qui a perduré, car créée par toutes les influences que nous venons d’énumérer, puisse être décanté dans une ou deux semaines puisqu’il a décrété un état de siège? A moins qu’on soit Moise muni d’une baguette magique. Il arrive au désert, il frappe le rocher et l’eau ruisselle. Mais tout le monde n’a pas cette puissance surnaturelle.

Humainement parlant, lorsqu’on veut mettre fin à ce désordre, ça va prendre du temps. Et qui vous dit qu’il n’y pas de politiciens à Kinshasa qui tireraient profit de la situation de l’Est. Il faut mettre des moyens conséquents, avoir de la patience et regarder dans la même direction pour y mettre fin. Le Chef de l’Etat a découvert lui-même que l’armée est trempée dedans et n’a pas hésité à dénoncer. Les enquêtes menées ont conduit à ces arrestations de certains officiers afin qu’ils répondent de leurs actes.

Quelle est votre réaction aux enquêtes réalisées par l’Inspection générale des finances sur la gestion des finances publiques?

L’IGF est un organe prometteur. Il devait être efficace depuis belles lurettes. S’il était opérationnel depuis toutes ces années, on n’allait pas vivre ce qu’on vit aujourd’hui. Il faut l’organiser et le renforcer de telle manière que le laisser-aller dans lequel on a vécu pendant très longtemps cesse. S’il y a de l’ordre dans certains pays comme les grandes puissances, c’est tout simplement parce qu’il y a l’autorité de l’Etat qui protège et applique la loi.

Lorsque chaque citoyen sait qu’il y a une loi et si je vais en son encontre je serai puni, il y a le respect des biens publics et les choses sont bien coordonnées. Mais s’il y a un laissez aller, l’impunité, le protectionnisme pour certaines personnes, on aura un pays problématique où la corruption et le détournement des deniers publics sont au rendez-vous.

Le tribalisme prend des proportions inquiétantes au sein de la société RD-congolaise. Quel message adressez-vous à la population pour l’endiguer?

Je demande à notre peuple de relire notre hymne national: Debout Congolais. Le Congolais dont on parle c’est qui? Ce ne sont pas seulement les habitants de Kinshasa, mais également ceux se trouvant à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Etant unis par le même sort, nous devons impérativement nous aimer les uns les autres sans faire référence à nos origines tribales car le même sort c’est d’être héritier de ce pays très riche et dont ses richesses sont gérées d’une manière peu orthodoxe.

Aussi avons-nous le désir de faire du Congo un pays plus beau qu’avant à léguer à nos enfants. Avec ce qui se passe aujourd’hui, je vous garantis que dans 10 ans ça sera la catastrophe. Nous devons prendre cette conscience d’appartenir à un grand pays et devons tout faire pour que notre pays joue le rôle qui est le sien dans le concert des Nations. Le tribalisme est à dénoncer. Il doit cesser. Ceux qui incitent au tribalisme devraient subir la rigueur de la loi.   

Propos recueillis par Octave MUKENDI

Judith KATULONDI

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