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RDC: la chute en trois actes de Papy Mantezolo

La scène tient du feuilleton: ancien baron de l’Assemblée provinciale rattrapé à la frontière, transaction d’un million de dollars qui a embrasé l’hémicycle et lui a coûté son poste, éviction votée à la majorité. Papy Mantezolo, 45 ans mais figure précocement influente du Kongo Central, voit en quelques jours s’effondrer un parcours politique tissé d’alliances, de dissidences et de compromissions supposées. Samedi soir, vers 23 h, l’ex‑président de l’Assemblée provinciale a été interpellé alors qu’il tentait de traverser clandestinement le fleuve et franchir la frontière vers Brazzaville, accompagné de ses deux frères.

Recherché par la justice pour détournement présumé de deniers publics, Mantezolo avait, selon des sources judiciaires, snobé à trois reprises les convocations du Parquet général près la Cour de cassation. Après ces refus répétés, et face à un dernier ultimatum de se présenter le 25 mars à défaut d’y être contraint, clairement formulé par l’avocat général, il a semblé avoir pris la menace au sérieux mais a eu la mauvaise idée de tenter de se soustraire via Brazzaville. D’après plusieurs sources, la fuite devait s’organiser par pirogue motorisée pour traverser le fleuve; le plan a capoté et la cavale s’est arrêtée là où elle devait être lancée: à la frontière kinoise.

La mise en garde judiciaire n’a fait qu’accélérer la chute politique. Mardi 7 octobre 2025, l’Assemblée provinciale du Kongo Central a voté la destitution de Mantezolo, et celle de son vice‑président, par 22 voix contre 8, sur 30 élus. Les griefs sont nombreux et lourds: blocage des mécanismes de contrôle parlementaire, irrégularités dans l’acquisition de véhicules pour les députés, anomalies dans la passation des marchés publics et, surtout, des soupçons de détournement liés à la construction du nouveau siège de l’Assemblée.

Au cœur de la tempête, un dossier foncier: l’achat d’un terrain destiné au futur siège provincial. Les députés contestataires pointaient une transaction d’environ un million de dollars dont la gestion serait entachée d’opacité et de conflits d’intérêts. Cette affaire, loin d’être accessoire, a cristallisé des tensions qui couvaient depuis des mois et servi de déclencheur à une révolte parlementaire.

Trajectoire compliquée

La trajectoire de Mantezolo éclaire en partie les raisons de son isolement. Ancien député national et membre influent du pré carré de Ne Muanda Nsemi, gourou décédé du mouvement politico‑religieux Bundu dia Mayala, ex‑Bundu dia Kongo, il a longtemps bénéficié d’un ancrage populaire et d’un réseau d’appuis locaux.

Ex‑vice‑président national et président fédéral BDM-Kongo Central, il rompit cependant avec son mentor en 2016 pour participer au dialogue de la Cité de l’Union africaine sous Kabila, puis accepta des fonctions au gouvernement, siégeant comme vice‑ministre dans les cabinets de Samy Badibanga et de Bruno Tshibala. Le désamour entre les deux hommes a viré au drame lorsque leurs adeptes respectifs se sont affrontés à Kimpese en janvier 2017. Bilan: un mort et des blessés graves, des maisons d’habitation -dont celle de Mantezolo-, un poste de police et des magasins pillés.

Devenu chef de sa propre formation politique, Dynamique Kongo, il avait rejoint le regroupement CODE de Jean‑Lucien Bussa et réussi à se faire élire tour à tour député national à Luozi en 2018 puis député provincial en 2023. Ce basculement, entre ralliements et compromissions, explique en partie la multiplication des ennemis politiques et la fragilité de son autorité au perchoir de l’Assemblée provinciale, où il a été porté en avril 2024.

Acculé par ses collègues élus provinciaux vingt mois plus tard, Mantezolo n’a pas choisi la posture contrite. Dans un discours incendiaire le 1er octobre, il a rejeté les accusations et retourné l’argument contre ses adversaires: «Ce n’est pas Mantezolo qu’on cherche; ce sont leurs intérêts, ce sont les richesses de la province qui les intéressent», a‑t‑il lancé, en référence aux récentes découvertes de manganèse à Luozi.

Pour lui, l’affaire relève autant d’enjeux miniers et économiques que de règlements de comptes politiques. Sur le fond, la défense officielle a reposé sur une distinction institutionnelle: le projet de construction et l’achat du terrain relèveraient, selon Mantezolo, de la responsabilité du gouvernement provincial -contrat, paiement des architectes, acquisition foncière- et non de l’Assemblée, qui ne serait que future «utilisatrice».

Explication utile pour désamorcer la polémique, mais insuffisante face à la détermination de la majorité des députés. Son sort était scellé. La combinaison d’un dossier foncier sensible, d’allégations financières et d’une tentative de fuite a transformé un conflit politique en crise judiciaire à forte visibilité. Mis en accusation après sa déchéance, traqué par la justice et cueilli à la frontière kinoise, Mantezolo devra désormais répondre aux investigations: s’agit‑il d’un simple manquement administratif, d’un affrontement politique instrumentalisé, ou d’un détournement avéré? L’enquête le dira.

Quoi qu’il en soit, le Kongo Central vit une nouvelle phase d’instabilité où s’entremêlent intérêts miniers naissants, pouvoir local et défiance institutionnelle. L’arrestation spectaculaire de l’ex‑écuyer de la province, sa déchéance politique et la procédure judiciaire ouverte à sa charge laissent peu de doute: la chute en trois actes de Papy Mantezolo est loin d’être terminée.

YA KAKESA

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