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Willy Ngoma, la voix du M23, tué près de Rubaya dans une frappe de drone attribuée aux FARDC

L’aube de mardi 24 février 2026 a étouffé l’une des voix les plus visibles de la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. Willy Ngoma, porte‑parole militaire du groupe rebelle, a été tué aux alentours de 3h du matin dans une frappe de drone des Forces armées de la République Démocratique du Congo -FARDC- près de Rubaya, dans le Nord‑Kivu, ont déclaré à l’agence Reuters deux hauts responsables rebelles, un diplomate régional et un conseiller occidental du gouvernement. L’annonce est tombée au cœur d’une nouvelle flambée de violences qui replonge la région dans l’incertitude.

La frappe, survenue vers 3h locales, après plusieurs jours d’opérations de drones dans la zone, a touché Rubaya, un site récemment inscrit par Kinshasa sur une liste d’actifs miniers dits «stratégiques». Un élément qui donne à l’opération une dimension à la fois militaire et géopolitique. Ngoma, figure médiatique du mouvement et visé par des sanctions de l’Union européenne depuis décembre 2022, est ainsi devenu un symbole de l’escalade.

Kanyuka, les deux tweets de désespoir

La réponse publique de l’AFC/M23 a pris la forme de messages enflammés postés par Lawrence Kanyuka, chef du département de la communication et porte‑parole du mouvement. Ces deux tweets, publiés dans la nuit et au petit matin, illustrent la tonalité accusatoire et la désorganisation des communications rebelles après la disparition de leur porte‑parole, et trahissent une forme de débandade dans les rangs, selon plusieurs observateurs.

«Ce mardi 24 février 2026, depuis 2h43 du matin, des drones des forces coalisées du régime de Kinshasa bombardent aveuglément la cité de Rubaya, semant la terreur et massacrant des civils innocents. Cet acte barbare constitue un crime contre l’humanité ainsi qu’un crime de guerre», s’est lamenté Kanyuka dans son premier tweet, posté à 03 h 43, laissant deviner le choc occasionné par le décès de Ngoma.

Kanyuka est revenu à la charge via un second message, publié à 08h10: «Le régime de Kinshasa a, une fois de plus, foulé aux pieds le cessez‑le‑feu. En violation flagrante de ses engagements, il a déclenché une guerre totale sur l’ensemble des lignes de front et au‑delà. Ce mardi 24 février 2026, à 07h00 précises, ses forces coalisées ont lancé des attaques sauvages et délibérées contre des zones densément peuplées de Kitendebwa, Kashihe et Kiduveri, dans le territoire de Kalehe. Ces attaques criminelles, toujours en cours, témoignent sans équivoque de la volonté du régime de Kinshasa de semer la terreur, le chaos et la mort au sein des populations civiles. L’AFC/M23 prend à témoin le peuple congolais».

Les rebelles en période de turbulences

L’analyse du contenu et du timing de ces messages est éclairante: le premier dénonce un bombardement «depuis 2h43» ciblant Rubaya -zone où Ngoma a trouvé la mort- tandis que le second élargit, quelques heures plus tard, l’accusation à des attaques «à 07h00» sur d’autres localités du territoire de Kalehe.

Cette multiplication rapide des fronts et la tonalité outrée des communiqués laissent transparaître, selon des analystes locaux, une tentative de contrecarrer un coup dur pour la communication du mouvement et de maintenir la mobilisation, malgré la perte d’un de ses cadres militaires les plus médiatisés.

Sur le terrain, des sources de la société civile font état de violents combats depuis dimanche dans plusieurs localités proches de Rubaya. Des centaines de familles ont fui; la crise humanitaire s’aggrave et les perspectives d’un cessez‑le‑feu durable semblent une nouvelle fois fragilisées. Kinshasa et le M23 avaient pourtant signé à Doha des accords prévoyant un mécanisme conjoint de suivi et de vérification, avec le Qatar, les États‑Unis et l’Union africaine comme observateurs. L’élimination physique de Ngoma jette une ombre sur la mise en œuvre de ces engagements.

Le gouvernement a refusé de commenter l’opération et l’état‑major de l’armée n’avait pas encore répondu aux sollicitations. De son côté, le M23, accusé par l’ONU d’être soutenu par le Rwanda, contrôle depuis l’an dernier de larges zones du Nord‑ et du Sud‑Kivu, après une offensive qui avait permis aux rebelles de s’emparer de villes stratégiques. En décembre, ils avaient pris Uvira brièvement -reprise ensuite par l’armée loyaliste- et la frontière avec le Burundi a été rouverte lundi.

La MONUSCO a dépêché une équipe d’évaluation conjointe à Uvira pour tenter de relancer le mécanisme de surveillance du cessez‑le‑feu et évaluer la sécurité sur le terrain. Entre diplomatie internationale et luttes locales pour le contrôle des ressources, la population connaît surtout l’heure des déplacements forcés et des marchés vidés.

Willy Ngoma, dont la voix avait servi de mégaphone au M23 sur les ondes et les réseaux, laisse derrière lui un mouvement désormais privé d’un relais médiatique central -et des comptes officiels qui, dans la nuit, ont multiplié les alertes et les accusations. À l’aube où sa voix s’est définitivement tue, l’écho qu’il laissait résonne encore, mais le paysage qui s’ensuit est incertain: signes de colère, mouvements sur plusieurs fronts et communications qui se bousculent témoignent d’une période de turbulence dont l’issue reste à écrire.

KISUNGU KAS

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