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Une volonté de négocier un compromis s'impose: la carte Kamerhe

A lire les signaux et entendre les diplomates occidentaux ces derniers jours, les différences qui se faisaient jour entre l’ancien président de l’Assemblée nationale et le Pouvoir sur la sortie de crise en RD-Congo n’étaient qu’une simple question de note, à la rigueur de timing. Mais face à la menace du chaos qui pèse sur le pays et sa population à l’approche de la période fatidique située entre le 19 septembre 2016, date à laquelle Etienne Tshisekedi et Moise Katumbi, intransigeants, réclament la convocation du corps électoral, et le 19 décembre 2016, fin officielle du deuxième et dernier mandat constitutionnel du Président Kabila, la divergence de fond peut céder la place à la temporisation et un discours commun bien ajusté
Un pavé. Un article consacré à la situation politique en RD-Congo, où le dialogue réclamé à cor et à cri par l’Opposition, Etienne Tshisekedi en tête, n’a toujours pas démarré près d’une année après sa convocation par le Président de la République. Son auteure: Colette Braeckman, journaliste belge, spécialiste des questions RD-congolaises, réputée bien introduite dans les milieux officiels et des renseignements à Bruxelles.
Elle évoque une pertinente hypothèse de voir Vital Kamerhe devenir Premier ministre aux commandes d’une équipe de transition appelée à gérer le «glissement», après les tentatives, tour à tour, du Pouvoir, de la Communauté internationale et de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- d’embarquer Etienne Tshisekedi alors que Moise Katumbi, l’autre poids lourd de l’Opposition, exige l’organisation de la présidentielle dans les délais constitutionnels.
Après avoir multiplié de laborieux contacts avec le leader de l’UDPS et président du comité des sages du Rassemblement, la Communauté internationale et Kinshasa auraient-ils décidé d’afficher la volonté de promouvoir une «nouvelle impulsion» pour le dialogue via un accommodement avec Vital Kamerhe et les 40 partis politiques qui l’accompagnent?
A lire les signaux et entendre les diplomates occidentaux ces derniers jours, les différences qui se faisaient jour entre l’ancien président de l’Assemblée nationale et le Pouvoir sur la sortie de crise en RD-Congo n’étaient qu’une simple question de note, à la rigueur de timing; voire de prestige. Mais face à la menace qui pèse sur le pays et sa population à l’approche de la période fatidique située entre le 19 septembre 2016, date à laquelle Tshisekedi et Katumbi, intransigeants, exigent la convocation du corps électoral, et le 19 décembre 2016, fin officielle du deuxième et dernier mandat constitutionnel du Président Kabila, la divergence de fond peut céder la place à la temporisation et un discours commun bien ajusté.
Surveiller le facilitateur comme le lait au feu
A l’heure actuelle, selon certains observateurs avisés, il semble évident que la carte Kamerhe paraisse la mieux adaptée. A la différence de Tshisekedi et Katumbi, foncièrement opposés à Edem Kodjo dont ils ont demandé le départ, Kamerhe et ses alliés estiment qu’il y a lieu de commencer le dialogue avec le facilitateur nommé par l’Union Africaine avec le soutien de la Communauté internationale, quitte à mieux le surveiller comme le lait au feu, faisant savoir qu’on ne fait pas la politique par procuration.
Par pragmatisme, son camp a mis de l’eau dans son vin, estimant que la Constitution a déjà été violée et il reste à avoir le courage et les idées pour gérer la suite avec responsabilité, d’une part. Et, d’autre part, que «par le Dialogue, Kabila n’aura pas de troisième mandat et, de son côté, l’Opposition n’en obtiendra pas l’éviction le 19 décembre 2016». Il faut donc que les gens se parlent, fixent les priorités et dégager les principes. S’accorder sur quel fichier électoral s’appuyer pour les prochaines élections. De 2011 avec le risque de sacrifier près de 8 millions de nouveaux majeurs et reconduire les doublons? Un nouveau fichier?
Des échanges constructifs avec les évêques catholiques pour un dialogue apaisé
Le 12 août dernier, Kamerhe a eu des échanges «constructifs» avec les évêques catholiques venus à la rescousse du facilitateur. Depuis, la liste des prisonniers politiques et des personnalités politiques objets d’un mandat d’arrêt provisoire, donc menacées d’emprisonnement, ainsi que l’inventaire des chaines et radios des membres de l’Opposition ont été actualisés par ses soins et transmis à Edem Kodjo. Par devoir, précise-t-on dans son entourage.
«Nous avons en vain péroré sur le strict respect de la Constitution. Réfléchissons désormais à quoi faire de concret suite à sa violation», a tweeté peu après le secrétaire général adjoint et député UNC Sam Bokolombe. Si ce n’est pas une prise de conscience, ça y ressemble. Clair, le leader de l’UNC et alliés a entrepris de contribuer à créer les conditions propices pour un dialogue apaisé.
De toute évidence, Kamerhe n’attendrait plus que les avancées de la part du gouvernement pour conduire ses troupes au dialogue. De l’avis de plusieurs analystes, l’ancien Secrétaire général du PPRD a de l’étoffe pour tirer son épingle du jeu à l’issue des pourparlers attendus avec la Majorité présidentielle. Ces derniers misent sur son expérience du compromis, évoquant pour ce faire Lusaka, Sun City et Goma -avec les groupes armés-, sa lutte et son parcours politiques, son pragmatisme, sa connaissance des acteurs et sa maitrise des dossiers. «On est dans une période historique. L’heure n’est plus à la politique politicienne», veut croire un conseiller. «C’est une prise de conscience d’une fine sagesse», assène un lieutenant.
Plan de sortie basé sur trois leviers principaux
Tout dépend désormais de ce que les uns et les autres mettent concrètement dans les propositions. Il y a sur la table la volonté de discuter et de trouver des solutions concertées nécessaires à la confection par la CENI d’un calendrier électoral consensuel.
Dans son plan de sortie de crise, Kamerhe compte s’appuyer sur 3 leviers principaux à la faveur d’une discussion destinée à la négociation d’un calendrier électoral, organisée conformément à la résolution 2277 et dans le respect de la Constitution. Le premier: résoudre la crise armée de l’Est née de la gestion calamiteuse de la présence massive des réfugiés rwandais sur le territoire national dès 1994 aussi bien par la Communauté internationale que par le gouvernement de la RD-Congo. Cette crise, déclare-t-il souvent, «est exaspérée par la déliquescence de l’Etat caractérisée entre autres par le manque de leadership et la mauvaise gouvernance dans un pays qui regorge des ressources naturelles immenses et des ressources humaines formées dans de meilleures universités du monde…».
Pour Kamerhe, cette crise tragédie ne peut pas être évoquée sans rappeler les responsabilités des uns et des autres. A l’en croire, la Communauté internationale a commis la faute d’avoir laissé les interahamwe et les ex-FAR traverser la frontière avec armes, munitions et argent. Elle a prétexté le manque de moyens financiers pour justifier leur éloignement à plus de 850 km. Il croit dur comme fer que la présence de ces ex-FAR a servi de rampe à l’invasion de la RD-Congo par le Rwanda et causé la mort de plus de 10 millions de personnes et autant de déplacés.
Laxisme criant de la MONUSCO
Dans le même registre, Kamerhe fustige le laxisme de la MONUSCO malgré ses différents mandats; les accords secrets avec le Rwanda et les différents mouvements rebelles -CNDP et M23- qu’il a créés sur le sol RD-congolais, sans procéder à une évaluation de précédents accords ni informer l’Assemblée nationale; l’implication de la MONUSCO dans ces opérations et celles de traque des FDLR sans faire valoir le mandat d’arrêt international contre le général Bosco Ntaganda et la suppression unilatérale par Kinshasa de la structure de commandement de «Amani Leo».
Vital Kamerhe déplore en même temps, le lancement des opérations analogues en Province Orientale avec les forces ougandaises sans pouvoir éradiquer les ADF-NALU ou d’autres forces négatives d’origine ougandaise. Il condamne la politique de Kigali et Kampala consistant à croire qu’ils peuvent résoudre leurs problèmes internes et mâter leurs rébellions respectives opérant en RD-Congo uniquement par voie militaire, mais sans réaliser les résultats escomptés.
Le deuxième levier consiste à mettre un terme à la crise politique causée par la modification de la Constitution en 2010 et la fraude planifiée des élections du 28 novembre 2011. Le troisième repose, lui, sur la résolution de la crise de leadership via la lutte contre la fraude, la corruption et l’impunité non sans apporter des solutions idoines à la crise sociale qui secoue la population avec une bonne distribution et affectation des richesses.
Mécanismes coercitifs
Il y a des présomptions que pour Kamerhe, le dialogue facilité par Kodjo avec l’appui du Groupe de soutien paraisse comme une opportunité à ne pas louper. «On ne peut plus se permettre d’attendre que la situation devienne incontrôlable ou qu’une nouvelle guerre civile éclate», plaide-t-on désormais à l’UNC, où les réunions se multiplient autour du président national. Quitte à mettre en place des mécanismes coercitifs: avoir des garanties que le Président de la République ou son représentant dûment mandaté s’engage à respecter les termes de l’accord ou des résolutions, que la Communauté internationale en assure l’accompagnement avec une éventuelle structure de dissuasion et que le calendrier électoral mentionne clairement les dates de l’élection présidentielle, de prestation de serment et de passation de témoin. Question de rendre obligatoire l’alternance, la démocratie étant est une donne essentielle de la bonne gouvernance tant elle contraint l’équipe au pouvoir aux résultats et l’expose aux sanctions négatives en cas d’échec. «Chaque jour qui passe est un glissement de fait», a-t-on désormais l’habitude de dire à l’UNC. A l’horloge, il indique minuit moins.
AKM

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