
L’affaire suscite de vives réactions et fait couler beaucoup d’encre. Le 13 février 2025, Jean-Pierre Lihau, vice-premier ministre en charge de la Fonction publique, a signé un arrêté visant à réhabiliter et à réintégrer Camille Antoine Boyau Nsala au poste d’Inspecteur général de la Police judiciaire. Il s’agit bien de l’arrêté N°002/CAB.VPMIN/FP-MA-ISP/JPL/2025 du 13 février 2025. Cette décision a créé une onde de choc tant elle présente des défauts flagrants.
D’une part, le Conseil d’Etat a ordonné sa suspension le 6 juin 2025, la qualifiant d’illégale, car le ministre de la Fonction publique a outrepassé ses prérogatives au détriment de son homologue de la Justice, en violation de l’ordonnance présidentielle sur les attributions des membres du gouvernement. D’autre part, de nombreux observateurs reprochent à Lihau d’avoir sans scrupules réhabilité un détenu en liberté conditionnelle, qui de surcroît est un retraité. Boyau, engagé depuis 1969 et désormais âgé de 82 ans, a dépassé depuis plus de 15 ans l’âge légal de la retraite.
Un employé d’une agence des Nations Unies habituée à soutenir et financer la réforme de l’Administration publique en République Démocratique du Congo se demande donc: «Comment un retraité peut-il encore profiter d’une décision gouvernementale de réhabilitation et de réintégration, signée par quelqu’un dont le mandat est de moderniser l’administration publique suivant les missions lui assignées par le président de la République et de la Première ministre?». Gâchis. Perte de temps. Incompétence. Défaillance. Inconscience. Culot… Des termes semblent insuffisants pour décrire l’imposture dont fait preuve le vice-premier ministre.
Lihau sait pertinemment que, selon la législation en vigueur en République Démocratique du Congo, la retraite pour un agent public se situe généralement entre 60 et 65 ans. Un agent de l’État, 40 ans révolus, commente à ce sujet: «Il serait préférable que le VPM en charge de la Fonction publique favorise les départs à la retraite au lieu de promouvoir des personnes âgées à des postes élevés, en ignorer les régulations de la CNSSAP». Les RD-Congolais se rappellent que la Banque mondiale avait financé un programme pour faciliter la retraite des fonctionnaires, qui ont reçu des primes conséquentes, tandis que l’Afrique du Sud s’occupait du recensement général des fonctionnaires.
Des interrogations émergent parmi les bailleurs et les partenaires: «Où en est-on avec la réforme, quand les retraités sont réhabilités et que Lihau procède à des recrutements massifs et clientélistes? Pourquoi persister à recruter, notamment via l’Ecole nationale d’administration -ENA- alors que les diplômés de cette école ne sont pas affectés dans les provinces sous-administrées comme prévu par la réforme, gonflant ainsi les effectifs sans postes vacants à Kinshasa?»
Il convient de noter que ces énarques perçoivent des primes de motivation dix fois supérieures à celles des secrétaires généraux pour exercer en province. Selon certaines indiscrétions, l’arrêté en faveur de Boyau, originaire de la même région que Lihau, n’est qu’un aspect visible d’un problème plus profond. «D’autres arrêtés auraient été pris pour le bénéfice agents et cadres de la DGI mis à l’écart depuis 2006, dont des retraités et des personnes décédées, sans oublier ceux concernant des policiers, relevant du ministère de l’Intérieur, étrangement été requalifiés en agents du fisc», rapporte-t-on.
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