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Un ordre de Matata révolte les ministres

L’incroyable courrier portant l’étonnante injonction du Premier ministre aux vice-Premiers ministres, ministres d’Etat et ministres désormais sommés de solliciter le quitus du Chef du gouvernement pour toute suspension préventive des cadres de commandement des services publics et l’organisation de leur intérim!   
L’incroyable histoire! Un haut fonctionnaire de l’Etat, le Directeur de la Trésorerie, Lamy Lamiele, surpris en flagrant délit de vol et de falsification des documents de sortie de fonds publics destinés au ministère de la Communication et des Médias, que le ministre des Finances, sa tutelle hiérarchique, a suspendu à titre préventif pour ces fautes lourdes mais que le Premier ministre, son ancien collègue de promotion, a tenté de sauver et maintenir en poste en dépit de tout! Cette bataille perdue, le Chef du gouvernement fait pire: une lettre dûment signée le 19 mai par Matata Ponyo et adressée à tous les vice-Premiers ministres, ministres d’Etat et ministres, réputés et établis seuls responsables de leurs départements en vertu de l’article 93 de la Constitution mais désagréablement contraints de requérir l’autorisation préalable du Premier ministre «pour toute suspension préventive d’un cadre de commandement des services publics et l’organisation de leur intérim»! Si ce n’est pas s’attribuer un pouvoir inconstitutionnel, il faut réinventer le droit.
Le Premier ministre Matata Ponyo et le ministre des Finances Henry Yav Mulang, l’ancien et le nouvel argentier du gouvernement qui avaient tout pour s’entendre et former un duo incontournable dans l’assainissement des finances publiques, sont finalement entrés dans une véritable guerre ouverte. Nommé au ministère des Finances en décembre 2014 en remplacement de Patrice Kitebi, l’ancien directeur de cabinet adjoint du Président Kabila, Henry Yav Mulang avait les faveurs du Premier ministre, qui voyait en lui un ministre loyal, tant qu’il avait gardé avec lui collaborateurs et cadres des services publics hérités des cabinets Kitebi et Matata. «Cette belle entente a laissé place à des suspicions et à des affrontements plus récents. La liberté d’action qu’a prise le ministre des Finances en changeant son cabinet et en faisant appel à de nouveaux collaborateurs après près de 8 mois de gestion a commencé à agacer la Primature», explique une source du ministère du Budget.
«L’agacement, poursuit la source, s’est accentué quand Henry Yav prend la décision de suspendre les deux rescapés de l’ère Matata aux Finances, notamment l’Ordonnateur délégué -OD- et le Directeur de la trésorerie -DTO-, coupables de plusieurs compromissions, entre autres la falsification des documents et le décaissement frauduleux de fonds publics, donc pour des raisons justifiées».
Le Premier ministre, alerté, s’interpose. Rassurés par ce soutien, l’OD et le DTO récidivent dans un autre sujet à l’origine de la crise actuelle -la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il s’agit d’un paiement en faveur du ministère de la Communication et des Médias. Le duo falsifie encore le document et décaisse plus que ce qui était attendu au cabinet de Lambert Mende Omalanga. On est passé de 3.000 dollars à 170.000 dollars! «Le pot aux roses est découvert quand l’argent et le document arrivent au cabinet de la Communication et des Médias. Le ministre Mende juge que les faits sont graves et décide de les porter à la connaissance de son collègue des Finances», témoigne un conseiller.
L’article 93 de la Constitution violé!
Aux Finances, Henry Yav convoque et entend l’OD et le DTO qui reconnaissent les faits mais prétextent une erreur matérielle. Entretemps, la ligne des crédits du ministère de la Communication et des Médias est actionnée. Ça s’appelle flagrant délit de vol et de faux! C’en était trop. L’argentier sévit et suspend les deux complices sans ménagement. Encore une fois, le Premier ministre tente de voler à leur secours en interdisant cette suspension. L’argentier prend son courage, évoque la Constitution et passe outre.
Matata Ponyo vient de perdre non seulement une bataille mais un «précieux collaborateur», selon des informations divulguées à la Fonction publique, où il se chuchote que le DTO anéanti, Lamy Lamiele est un ancien collègue de promotion du PM et un ancien Attaché de Bureau 2ème classe à la Direction générale des impôts -DGI- propulsé à la Direction de la Trésorerie en violation de la Loi. Mettre un Attaché de Bureau aux commandes de la Direction de la Trésorerie équivaut à nommer un sergent à la tête d’une Armée, ironise-t-on. Comment expliquer cette promotion vertigineuse sans soupçonner le copinage ou l’entretien d’un réseau maffieux? Cherchez l’erreur!
Le PM, lui, semble piqué à vif. Le 19 mai 2016, il signe et adresse un courrier scandaleux aux vice-Premiers ministres, ministres d’Etat et ministres, dans lequel il leur intime l’ordre de requérir désormais son autorisation à lui pour toute suspension préventive d’un cadre de commandement des services publics et l’organisation de leur intérim!
«Il me revient que des cadres de l’Administration publique et de certains services spécialisés de l’Etat font l’objet de suspension et d’actions disciplinaires de manière quasiment intempestive, souvent pour des raisons mineures et non établies. Leur remplacement est organisé avec empressement et humiliation, même en violation des dispositions de la Loi portant statut du personnel de carrière des services publics de l’Etat qui interdisent de priver un agent de son emploi», écrit Matata Ponyo.
Puis: «Pour éviter que l’exercice du pouvoir disciplinaire donne l’impression de règlement des comptes, je vous demande de requérir mon autorisation préalable, pour toute suspension préventive d’un cadre de commandement desdits services, et l’organisation de leur intérim». La présente injonction du Premier ministre tend indubitablement à violer les prescrits de l’article 93 de la Constitution qui désigne le ministre comme seul responsable de son département. L’homme d’Etat cesse de l’être de par cette indélicatesse. Si ce n’est pas un pouvoir inconstitutionnel, il faut réinventer le droit. Quels enseignements tirés de l’affaire Lamiele? Non pas du scandale lui-même mais ou de ses conséquences politiques mais sur le plan de fonctionnement des institutions si ce n’est qu’elle révèle une certaine culture de violation de la loi. Cette affaire fâche dans les cabinets ministériels et suscite une nouvelle crise. Pendant ce temps, les services de la Direction de la Trésorerie annoncent la mort inopinée du successeur du DTO suspendu, mort à la suite d’un malaise dans son bureau.
AKM
Action Africanews

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