
C’est un contrat à zéro dollar pour le Trésor. Mercredi à Kinshasa, Félix Tshisekedi et João Lourenço ont scellé la concession de la ligne Dilolo-Sakania, tronçon congolais du corridor de Lobito, au portugais Mota-Engil Africa. Montant annoncé: 1,258 milliard de dollars d’investissement, financé à 100% par le privé, sur trente ans d’exploitation. En échange de 1.004,5 km de rails entre la frontière angolaise et la frontière zambienne, la République Démocratique du Congo s’est assurée trois rentes garanties par contrat, sans s’endetter cette fois-ci. Le coeur du deal est une rente cash immédiate. L’Etat touchera 7,5% du chiffre d’affaires brut annuel de la ligne, dès la première tonne transportée et avant même tout bénéfice. Un mécanisme qui le met à l’abri des montages d’optimisation comptable.
Le calcul est simple. A deux millions de tonnes par an, hypothèse basse, le chiffre d’affaires tourne autour de 200 millions de dollars. La République Démocratique du Congo empoche 15 millions par an, soit 450 millions sur trente ans. A plein régime, cinq millions de tonnes comme visé par l’Africa Finance Corporation, le chiffre d’affaires grimpe à 500 millions. La redevance atteint alors 37,5 millions par an, soit 1,125 milliard sur la durée de la concession. A cette rente s’ajoute la rente capital.
L’Etat entre à au moins 10% au capital de la société de projet, avec un siège au conseil. Il touchera donc 10% des dividendes. Sur une marge nette de 15%, cela représente 90 à 225 millions de dollars sur trente ans selon le trafic, hors impôt sur les sociétés à 30%, droits de douane sur le matériel importé et taxes sur les emplois congolais. Le gain le plus massif reste cependant le jackpot infrastructures.
Après trente ans d’exploitation, en 2056, l’intégralité de la ligne, études, voies, signalisation, ateliers, revient gratuitement à l’Etat dans les conditions prévues au contrat. Même amortie à 50%, une ligne neuve de 1.004 km vaut encore entre 600 et 800 millions de dollars d’infrastructure. Construite sans un dollar de dette souveraine. Pour la SNCC, que les pourfendeurs disaient condamnée à la privatisation, le contrat est au contraire une bouée. Contrairement aux rumeurs, a martelé Tshisekedi, la société publique garde le monopole du transport des voyageurs et conserve le droit de faire circuler ses propres trains de marchandises sur la ligne de Mota-Engil en payant un droit d’accès. Elle n’a plus à financer 1.004 km de voies à perte, mais peut en tirer un nouveau revenu.
Au total, en cumulant redevance et dividendes, le gain financier direct pour l’Etat se situe entre 540 millions de dollars en démarrage lent et 1,35 milliard en plein régime. Soit plus que l’investissement initial de 1,258 milliard consenti par le concessionnaire. Le risque trafic reste entièrement porté par Mota-Engil, a insisté la Présidence: pas de garantie souveraine, pas de subvention d’exploitation, pas de revenu minimum garanti. Le pari de Kinshasa est clair: transformer la frontière République Démocratique du Congo-Angola en espace de production et non en simple corridor d’évacuation des matières premières. Si les trains sont pleins, le deal à 0 dollar devient le plus rentable de l’histoire ferroviaire du pays.

