
C’est à Bruxelles que s’est jouée, jeudi 24 septembre, une nouvelle étape du projet de tramway de Kinshasa. Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, y a réuni les entreprises engagées dans le projet pour faire le point sur les derniers verrous techniques et administratifs avant le passage à la phase opérationnelle. Accompagné de l’ambassadeur de la République Démocratique du Congo en Belgique, Christian Ndongala, le ministre a insisté sur le caractère «prioritaire» du dossier. Le consortium a, selon son cabinet, «acté les observations» et s’est engagé à livrer rapidement les éléments manquants. Une réunion de calage, à trois mois d’une échéance jugée serrée par l’Agence congolaise des grands travaux -ACGT-, maître d’œuvre national du projet.
Sept lignes et un premier tronçon sous-terrain
Dans une capitale de près de 17 millions d’habitants où les déplacements relèvent souvent du parcours d’obstacles, le tramway est présenté comme une tentative de réorganisation structurelle de la mobilité. Le projet repose sur un système de transport collectif guidé sur rail. Sept lignes interconnectées sont annoncées, pour un investissement global estimé à 9 milliards de dollars. La première liaison doit relier la Gombe, centre administratif, à l’aéroport international de N’djili, sur près de 30 kilomètres. Elle est conçue en partie en souterrain, ce qui en ferait la première ligne de tramway souterrain express du pays. Sur le papier, le maillage doit ensuite s’étendre vers Kintambo, Matete, l’Université de Kinshasa, Selembao, la Cité Verte et Mont-Ngafula.
L’idée n’est pas d’ajouter un mode de transport supplémentaire, mais de créer une colonne vertébrale capable d’absorber les flux les plus denses et de soulager les axes routiers saturés. La première ligne devra composer avec une contrainte bien connue des Kinois: l’eau. Les études présentées jeudi intègrent la cartographie et la modélisation des inondations, confiées à la société belge Hydroscan. Le projet prévoit un système de gestion durable des eaux pluviales, avec prévision des crues en temps réel et ouvrages de drainage pour assurer la continuité du service pendant la saison des pluies. Le recours à des tunneliers est évoqué pour les sections en sous-sol.
Selon l’ACGT, chargée de la coordination technique et de la structuration en partenariat public-privé, la première ligne doit être mise en service «dans les prochains mois». Un calendrier qui place études, financement et travaux dans la même course contre la montre. L’enjeu dépasse le rail. Le tramway ne fera pas disparaître les taxis-bus, les motos et les autres modes informels. Son efficacité dépendra de son intégration avec le reste du réseau: routes, correspondances, gares routières et quartiers desservis.
L’appel aux entreprises belges
La rencontre bruxelloise avait aussi une dimension diplomatique et économique. John Banza Lunda a rencontré plusieurs entreprises belges actives dans le ferroviaire, la mobilité urbaine, les routes et les voies navigables.
«Soyez rassurés, vos investissements seront très bien suivis par notre gouvernement», a-t-il déclaré devant les chefs d’entreprise. Il a présenté son ministère comme un facilitateur chargé d’identifier les blocages et de sécuriser l’exécution. Le ministre a placé le tramway au centre de ce qu’il appelle la «prospérité commune» entre Bruxelles et Kinshasa. «Plus que amis, plus que frères, Belges et Congolais, nous avons tous une très grande responsabilité de bâtir la prospérité commune et que la Belgique a toute sa place dans ce défi de construction de notre pays», a-t-il affirmé.

«Le plus emblématique, celui que nous considérons être le plus emblématique, c’est celui que nous faisons heureusement avec les Belges. C’est le projet de tramway de Kinshasa», a-t-il insisté.
Un discours qui a trouvé un écho chez l’ancien ministre belge de la Défense, André Flahaut, présent à l’échange. Pour lui, le développement congolais doit combiner grands corridors et infrastructures de proximité. «Les petites routes et voies d’accès doivent permettre aux populations des villages de rejoindre plus facilement les centres urbains, d’acheminer leurs productions vers les marchés et de réduire leur dépendance vis-à-vis des importations», a-t-il relevé.
Au-delà du rail, Banza Lunda a évoqué un programme de désenclavement routier de 22 800 kilomètres, le dragage et le balisage des 28 000 km de voies navigables, et un plan aéroportuaire comprenant la modernisation de N’djili, Lubumbashi et Bunia, ainsi que «15 nouveaux aéroports d’ici quelques semaines».
YA KAKESA




