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Teddy Lwamba: un an après, les premiers fronts gagnés

Il y a un an, le 27 septembre 2025, Teddy Lwamba Muba prenait la tête de la SNEL, la société créée pour fournir l’électricité à 100 millions de Congolais. Une entreprise à bout de souffle, qui n’avait plus recruté depuis 15 ans. Douze mois plus tard, des pick-ups sur les routes, des jeunes dans les ateliers et du courant à Kolwezi. Récit.

Kinshasa, tour SNEL. Le 27 septembre 2025, Teddy Lwamba Muba arrive, dans la peau de technocrate. Il est professeur, docteur, ingénieur. Il découvre une maison fatiguée. Il voit des machines de 50 ans. Il constate des équipes sans camions. Et il entend des clients sans courant. Un an après, le 27 septembre 2026, que s’est-il passé ? La photo donne la méthode et les indications.

Terrain: Jour J à Ndjili

Le premier jour, il ne fait pas de discours dans un salon climatisé. Il prend directement la route de l’aéroport de Ndjili. Là-bas, il constate des coupures quotidiennes. Il mesure le danger pour la sécurité aérienne. Puis il file à Kimpoko, à Maluku. Il y découvre un pylône géant de 220 000 volts scié. Il voit du cuivre arraché. «Il est venu voir lui-même», raconte alors un technicien. Le ton est donné. Le patron se montre sur le terrain. Ensuite, il multiplie les présences.

En mai 2026, il se rend à Funa, au centre de Kinshasa. Il y ordonne une coupure nécessaire pour une maintenance préventive. Il veut éviter une grosse panne. En septembre, il inspecte Makala, à l’ouest de la capitale. Il y examine un énorme transformateur neuf de 75 MVA. Il s’agit d’un monstre qui doit soulager tout un quartier. Son style s’impose: il fait le constat avant de prendre la décision.

Bureau: Fin de la routine et contrats de performance

Pourtant, la SNEL n’est pas seulement des pylônes. Elle est aussi des hommes. Elle compte beaucoup d’hommes. Et elle garde une vieille habitude: elle promeut un chef à l’ancienneté. Lwamba change la règle. Il fait signer à tous les directeurs un contrat de performance. Le principe est simple: il fixe des objectifs et il évalue tous les trois mois. En cas d’échec, il exige des explications. Il change aussi la communication. Le 21 septembre 2026, Kinshasa est à genoux. La ville subit un délestage de 8 heures, parfois 24 heures. Sur Facebook, une vague d’insultes vise l’opérateur public.

D’habitude, la direction garde le silence. Cette fois, elle s’explique. Elle publie un texte clair. Elle indique qu’il ne s’agit pas d’une panne, mais de l’étiage. Elle explique que les rivières sont très basses. Elle précise qu’Inga, la grande centrale, produit moins. Elle justifie donc des coupures partout pour éviter l’effondrement total du système. La population reste mécontente, mais elle est au moins informée. Autre exemple: le 16 septembre 2026, il signe avec la ville de Kinshasa un accord. Il le conclut avec le gouverneur Daniel Bumba. Il porte sur la réfection de l’éclairage public. Il s’inscrit dans le programme «Kinshasa Ezo Bonga» -Kinshasa va briller. Il constitue un pari pour la suite. Il mène aussi un autre combat: il défend le patrimoine.

En août 2026, il se rend chez le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa. Il y présente un état des lieux détaillé. Il souligne que la SNEL fait face à de nombreux actes de sabotage. Il indique que ces actes sont à l’origine de multiples contentieux judiciaires. Il estime nécessaire de saisir l’autorité judiciaire pour exposer ces défis. Le ministre assure alors son engagement. Il promet d’accompagner la SNEL dans son redressement. Il inscrit cet accompagnement dans la vision du chef de l’État, Félix Tshisekedi. Cette vision est axée sur la restauration de l’autorité de l’État et la protection des biens publics.

Après l’entretien, le ministre lance un appel sur son compte X. Il appelle la population à soutenir les efforts de la SNEL. Il rappelle que les actes de vandalisme et de fraude constituent des obstacles majeurs. Il précise qu’ils exposent leurs auteurs à la rigueur de la loi. Il conclut que la protection des infrastructures est une responsabilité collective.

Équipement: Les pick-ups du déblocage

C’est l’histoire que tous les agents racontent. Pendant des années, ils attendent pour réparer une panne. Ils n’ont pas de véhicule. Ils n’ont pas d’échelles. Ils n’ont pas de câbles. Le 23 mars 2026, à Limete, la scène marque les esprits. Le DG remet des clés. Il est accompagné de sa directrice adjointe, Bienvenue Moyango. Il distribue une flotte de pick-ups et de bus neufs. Ce sont des Toyota blanches flambant neuves. «Avant, il nous fallait deux jours pour une intervention. Maintenant, nous partons le matin même», confie un chef d’équipe. Le détail semble mineur, mais sans voiture, il n’y a pas d’électricité.Grâce à cela, la situation se débloque. En février, à Kasa-Vubu, au cœur de Kinshasa, il rallume plusieurs quartiers. Ces quartiers restaient dans le noir depuis des mois. On les appelle ici les «poches noires». Il remet en marche des transformateurs. Il permet aux commerçants de rebrancher leurs frigos.

À Kimpese, dans le Kongo Central, il installe une grosse cellule électrique 30 kV. Il déploie des kilomètres de câbles. Il veut mettre fin au vol de cuivre. À Mbuji-Mayi, il remplace 48 vieux poteaux en béton. Il les remplace par des poteaux en métal le long de la route nationale. Il apporte plus de solidité. À Kananga, il ajoute deux gros groupes électrogènes neufs à la centrale thermique Kananga 2. Il donne à la ville un peu plus d’air.

Recrutement: quinze ans d’attente et une porte rouverte

C’est le gros morceau de l’année. C’est le plus fort. Depuis 15 ans, la SNEL ne recrute plus. 15 ans ! En conséquence, dans certains ateliers, la moyenne d’âge atteint 55 ans. Les anciens partent à la retraite avec leur savoir-faire, et personne ne prend la relève. En juillet 2026, Teddy Lwamba lance le grand test national. Le dimanche 5 juillet, il organise des épreuves partout dans le pays. Il les tient à Kinshasa, Lubumbashi, Kananga, Matadi.

Il voit des milliers de jeunes s’y présenter. Il compte des ingénieurs, des techniciens, des électriciens, des informaticiens. Il enregistre plus de 10 000 candidatures. Le 20 août 2026, il publie les résultats. Il affiche les listes. À partir du 24 août, il invite les lauréats à déposer leurs dossiers. Pour beaucoup, il s’agit du premier vrai emploi. «J’ai attendu 5 ans depuis mon diplôme», témoigne un jeune lauréat de 26 ans à Kinshasa. Désormais, tout reste à faire: il doit se former et il doit apprendre le métier sur des machines vieilles comme ses grands-parents. Mais la porte s’est rouverte.

Renforcement des capacités: Kolwezi, le vrai front

Pour le futur de la SNEL, il faut aller à Kolwezi, dans le Lualaba. Là se trouve le poumon électrique du pays: la SCK, la Station de Conversion de Kolwezi. Elle donne du courant stable aux grandes mines de cuivre et de cobalt. Sans elle, il n’y a pas de dollars. Ici, il ne bricole plus. Sous les ordres de Lwamba, il refond tout. Il répare le compensateur synchrone. C’est une énorme machine qui stabilise le réseau et évite le clignotement à Lubumbashi. Il agrandit le jeu de barres à 220 000 volts. Il installe de nouveaux transformateurs géants.

Et surtout, il ouvre une salle de contrôle ultra-moderne. Il y installe la climatisation et des écrans partout. Il y place des voyants clignotants. Il surveille tout en temps réel. La star, c’est le convertisseur statique de fréquence. Il permet un redémarrage en douceur, sans à-coups. Il met fin aux démarrages à l’ancienne. «Avant, nous réparions. Maintenant, nous faisons la révolution», s’enorgueillit un ingénieur, casque sur la tête. Le site possède même sa propre usine à eau. Il l’utilise pour le refroidissement des machines. Il est propre, vert, autonome. Plus loin, à Kikwit, autre symbole: le courant arrive depuis la centrale de Kakobola. Il avance lentement, mais il avance.

Bilan: des signaux et encore des défis

Au bout de 12 mois sans sommeil, a-t-il sauvé la SNEL? Non. On ne sauve pas une telle entreprise en 12 mois. Les coupures sont encore là. Le réseau reste vieux. Et sans pluie, Inga ne produit pas assez. Mais quelque chose a bougé. Les agents ont de nouveau des voitures. Des jeunes portent un badge SNEL autour du cou.

Des quartiers de Kasa-Vubu et de Ndolo ont la lumière. Et à Kolwezi, les mines ont un courant plus stable. Le slogan de l’année -«Nouveau leadership, nouveau souffle, nouvelle énergie»- faisait sourire au début. Aujourd’hui, pour beaucoup d’agents, il commence à prendre sens. La deuxième année sera la plus dure. Il faudra que les pick-ups continuent de rouler, que les jeunes recrutés deviennent de vrais électriciens, et que les chantiers de Kimpese, Kananga, Mbuji-Mayi et Kolwezi ne s’arrêtent pas. Pour les 100 millions de Congolais qui attendent juste qu’un frigo s’allume, le vrai test reste à venir.

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