
À la tribune du forum de haut niveau de l’ONU, la Première ministre Judith Suminwa a lancé jeudi un pressant appel moral et politique: exiger des réparations concrètes pour les femmes, filles et enfants victimes de violences sexuelles à l’Est de la République Démocratique du Congo et appeler la communauté internationale à rompre avec l’impunité.
Sous le thème «De Kinshasa à Kiev: unir les forces pour les réparations et la justice», elle a sommé la communauté internationale de traduire l’indignation en moyens tangibles et en mesures durables. «Les violences sexuelles sont les résultats de l’impunité. L’impunité est un choix que la communauté internationale peut décider de ne plus tolérer», a-t-elle asséné sous un tonnerre d’applaudissements. Judith Suminwa Tuluka a élevé la voix à New-York. Entre lobbying et interventions de haut vol, la Première ministre a entrepris d’interpeller les consciences et mobiliser afin de susciter des solutions concrètes contre les violences sexuelles.
Deux jours après sa première prise de parole sur le même sujet et 24 heures après sa rencontre avec la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, elle a cette fois exigé, avec force, des réparations concrètes pour les femmes, filles et enfants victimes de ces atrocités à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Sa déclaration, sous le thème «De Kinshasa à Kiev: unir les forces pour les réparations et la justice», a fait office d’avertissement moral et politique. «Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la guerre ne se limite pas aux champs de bataille. Elle se déroule aussi sur les corps des femmes, des filles et des enfants», a lancé Suminwa, dénonçant l’usage des agressions sexuelles comme «arme de terreur, d’humiliation et de domination».
Elle a rappelé les rapports accablants -du Mapping Report de 2010 aux données récentes de l’UNICEF, qui signalent une multiplication alarmante des violences contre les enfants depuis janvier 2025- pour montrer l’urgence d’une réponse durable. Au-delà du constat, la cheffe du gouvernement a détaillé les mesures engagées par Kinshasa pour transformer la compassion internationale en réparation effective.
Sous l’impulsion du président de la République Félix Tshisekedi, le gouvernement a relancé la Politique nationale de réforme de la justice 2017‑2026, activé le Fonds national de réparation des victimes -FONAREV- en 2023 et créé une Commission nationale de justice transitionnelle et de réconciliation, soutenue par des comités locaux de paix. «Le FONAREV marque un tournant», a‑t‑elle insisté: il doit faire passer la réponse de l’urgence humanitaire à une politique intégrée de réparation.
Facteurs extérieurs aggravants
Suminwa a aussi évoqué des réformes concrètes: numérisation des dossiers, renforcement des institutions judiciaires et planification de mécanismes de réparation crédibles. Elle a souligné l’adoption, en 2025, d’un Plan national d’action aligné sur la Résolution 1325, destiné à mieux protéger les femmes -y compris au sein des forces de défense et de sécurité- et à favoriser leur participation aux processus de paix.
Mais la Première ministre n’a pas maquillé les limites: insécurité persistante, infrastructures détruites, difficulté d’identifier toutes les victimes et ressources financières insuffisantes freinent l’opération. Elle a aussi pointé des facteurs extérieurs aggravants, évoquant l’impact de dynamiques régionales, «notamment à travers le soutien du Rwanda à la rébellion AFC/M23», une allégation qu’elle a avancée pour expliquer la persistance du conflit et l’ampleur de ses conséquences humanitaires.
Estimant que le temps de l’action est arrivé, son appel a été sans ambiguïté: la lutte contre les violences sexuelles exige une solidarité internationale renforcée, des financements innovants et une mobilisation collective «à la hauteur de l’urgence».
Pour Suminwa, les réparations ne sont pas seulement pécuniaires: elles combinent justice pénale, réparations symboliques, réinsertion socio‑économique et reconstruction des tissus communautaires. Clair et percutant, l’oral de la PM s’est achevé sur une injonction politique: «Les violences sexuelles dans les conflits ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat de l’impunité. Et l’impunité est un choix que la communauté internationale peut décider de ne plus tolérer». En choisissant l’ONU comme tribune et en revenant plusieurs fois sur le même thème, la dirigeante RD-congolaise cherche à transformer l’indignation en engagements mesurables.
Reste la question cruciale: les promesses prononcées à New York se traduiront‑elles rapidement en moyens sur le terrain? Pour les milliers de victimes attendues de réparation, le calendrier et la mise en œuvre détermineront si ce discours est le prélude d’une réelle politique de réparation ou un simple geste diplomatique.