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Spoliation, licenciements abusifs… : le mauvais rôle attribué à Ruberwa


Dans le Lualaba, à Fungurume, les travailleurs de Tenke tout comme les riverains désormais dépossédés de tous leurs droits n’ont que mauvais témoignages pour Ruberwa, allié de leurs bourreaux
Ministre d’Etat en charge de la décentralisation et des Réformes institutionnelles, Ruberwa Maniwa n’hésite pas à se servir de sa position pour faire pression sur les membres de compositions et des chefs de juridictions au profit de son client, Tenke Fungurume, impliqué dans plusieurs dossiers de spoliation et des licenciements abusifs. «Lorsque vous portez plainte contre cette entreprise -NDLR: Tenke Fungurume-, c’est son avocat principal, le ministre Ruberwa, qui appelle les membres de la composition afin de faire pression sur eux. S’il ne réussit pas, il récuse le tribunal et demande que le dossier soit transféré à Lubumbashi. Arrivé à Lubumbashi, s’il voit qu’il y a des chances que la partie adverse gagne, il porte l’affaire en suspicion devant la Cour suprême de justice à Kinshasa. Et là, c’est terminé», témoigne un ancien travailleur licencié abusivement puis déguerpis du site des travailleurs en pleine nuit. Des cas comme celui-ci, il y en a plus d’une centaine et la justice n’a jamais été dite.

A Fungurume, Tenke se comporte en territoire conquis. Si ces Américains sont réputés cyniques et irrespectueux de la loi, ils sont malheureusement aidés dans cette macabre entreprise par certains «fils du pays». Spoliation, licenciements abusifs, arrestations arbitraires, détentions illégales…que des abus commis par cette entreprise minière des droits américains et passés sous silence grâce à un système savamment mis en place par l’ancien vice-président de la République chargé de la Défense et de la sécurité lors de la transition 1+4. Dans l’imaginaire commun, cet avocat devenu ministre est réputé «défenseur des intérêts américains en RD-Congo».
Aussi, il s’est toujours fait passer pour un pur justicier, un défenseur des démunis, chantant à qui veut l’entendre: «la justice élève une nation». Hélas, l’homme a une double-face, souvent méconnue du grand public. Dans le Lualaba, à Fungurume, les travailleurs de Tenke tout comme les riverains désormais dépossédés de tous leurs droits n’ont que mauvais témoignages pour Ruberwa, allié de leurs bourreaux. Au lieu d’être du côté de la justice qu’il a toujours prétendu défendre, le nouveau ministre de la Décentralisation a plutôt choisi de se faire attribuer le mauvais rôle, celui de bastonner la justice, la manipuler …et de mater les démunis. Le tout, au profit de son client, Tenke Fungurume.
«Il y a plus d’une centaine des dossiers en justice contre Tenke Fungurume. Mais aucun d’entre eux n’a jamais connu même un début de procès. Dans la plupart des cas, les plaignants finissent par abandonner, épuisés par des longues procédures», témoigne un ancien juge à Fungurume, aujourd’hui transféré dans une autre province.
Et d’ajouter: «il n’est pas facile de gérer les dossiers de Tenke. Dès que vous êtes saisis, les pressions commencent. Souvent, c’est maitre Azarias qui appelle en premier et donne des instructions. S’il n’y a pas suite, c’est soit la cour d’appel de Lubumbashi ou les hauts juges de la Cour suprême qui appellent. Et au finish, ils récusent la juridiction et amènent le dossier ailleurs».
La stratégie est diabolique. En fait, Ruberwa et ses complices savent qu’il est difficile pour ces riverains de Fungurume de se payer les services d’un bon cabinet d’avocats et de se déplacer pour Lubumbashi afin de suivre le procès. Quand ils parviennent à le faire et souvent au prix des gros sacrifices, toujours le même Ruberwa porte cette fois-là le dossier en suspicion devant la Cour suprême de justice où il entretiendrait certains juges pour le compte de son client. Cette procédure est faite à dessein, dans l’objectif de décourager le plaignant, qui n’aura pas des moyens pour arriver à Kinshasa afin de réclamer justice. Ceux qui ont réussi de venir à Kinshasa ont été de nouveau renvoyés à Lubumbashi, puis retournés encore à Kinshasa, toujours sur demande de Ruberwa. «Jusqu’ici, une seule cause seulement a pu être renvoyée à Lubumbashi. Mais ça n’a pas été facile. Le même jour où la cause était en train d’être plaidée à Lubumbashi, Me Azarias a pesé de tout son poids pour qu’elle soit de nouveau portée devant la CSJ pour suspicion. Ruberwa se fait ainsi le plaisir de gagner du temps, sachant que les jours de TFM sont désormais à compter sur le territoire RD-congolais», nous confie un avocat qui a des démêlés avec cette entreprise.
YA KAKESA

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