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RDC : Sele Yalaghuli confond ses pourfendeurs, il livre ses 4 vérités sur les finances publiques

Le ministre des finances bloque-t-il les actions du Président de la République? Entretient-ils des bons rapports avec le Chef de l’Etat? Bloque-t-il les salaires des militaires et policiers pour les dresser contre le Chef de l’Etat? Refuse-t-il de payer les fonds destinés à la Cour constitutionnelle? Obstrue-t-il le nettoyage dans les exonérations? Bloque-t-il le processus de relance de l’octroi des passeports? Ou encore, a-t-il tripatouillé avec le projet de loi de reddition des comptes de l’exercice budgétaire 2019?

Ces questions et bien d’autres ont mis Sele Yalaghuli sur la sellette tout au long de la semaine dernière et bien avant encore. Au point même de faire l’objet d’une fatwa décrétée contre lui par le Secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya. Mais aussi de subir les foudres de Marcellin Bilomba, conseiller principal du chef de l’Etat au Collège ECOFIN. Jeudi dernier sur Top Congo, l’homme aux 50 notes techniques hebdomadaires l’a même accusé d’avoir «pêché par un excédent de contrevérités».

Vérités Vs contre-vérités, l’argentier national a eu l’opportunité, vendredi sur Top Congo et samedi à la faveur de l’émission en lingala «Pona Ekolo», de livrer ses 4 vérités et rétablir les faits après avoir essuyé une offensive bien typique de la confrontation politique FCC-CACH. Pendant plus d’une heure, chaque fois face à des journalistes de première pointe, le ministre des Finances a égrené ses faits et brandi ses pièces au fil des questions.

Au bout du compte, on croit vivre deux Congo qui font valser la conscience des Congolais, mais ont fini par comprendre le fin mot de cet enjeu autour de l’information et de l’infox.

Tous les salaires ont déjà été libérés par le ministère des Finances

Des salaires qui seraient bloqués, par exemple, Sele Yalaghuli a assuré que tout a déjà été payé, et les militaires ont même été les premiers à être servis, suivis des policiers. L’exercice, a-t-il rappelé, est de pratique depuis qu’il est aux commandes des finances où il a inversé les tours de paiement en privilégiant les hommes en uniforme.

Le ministre des Finances a fait savoir, cependant, que s’il a déjà libéré les titres de paiement logés à la Banque centrale, leur exécution doit suivre le rythme de mobilisation des recettes. Ceci conformément à l’engagement d’exécuter désormais les paiements sur base caisse, c’est-à-dire en fonction des disponibilités. «Toutes les dépenses contraignantes sont bel et bien rencontrées, même si ça se fait parfois avec un certain décalage», a-t-il précisé en effet.

Cette réponse vaut également pour le cas de la Cour Constitutionnelle dont les salaires sont déjà payés. La Haute Cour peut, peut-être, attendre les frais de fonctionnement et les autres frais opérationnels concernés par les mises à disposition des fonds, a également promis l’argentier national.

Quant à savoir si Sele Yalaghuli bloque les actions du Chef de l’Etat, le concerné, sourire en coin mais avec une certaine amertume, s’en est étonné avant de révéler qu’il en parle souvent avec le chef de l’Etat. «Pourquoi je bloquerais le Président et pour obtenir quoi?», s’est-il interrogé avant de faire savoir: «Je n’ai pas reçu mandat de mon parti ni de ma plate-forme, le FCC, de bloquer le Président de la République. Je joue mon rôle de ministre des Finances». Ce rôle consiste à collecter les recettes via les régies financières et les autres ressources générées par les entreprises de l’Etat quand elles réalisent le bénéfice à la fin de l’année. Cette mission c’est aussi de chercher toutes les opportunités susceptibles de favoriser l’accroissement des recettes publiques mais de payer sur base caisse.

Loi de reddition des comptes: la leçon de José Sele à Bilomba

En actualité brûlante, José Sele Yalaghuli a été mis en avant-scène dans les réseaux sociaux sur l’affaire du projet de loi portant reddition des comptes de l’exercice budgétaire 2019. Là aussi, l’homme s’est montré impassible. Il a conduit d’abord ses détracteurs dans un exercice théorique sur une reddition des comptes qui est un exercice qui «vise, entre autres, à évaluer les dépenses afin de corriger éventuellement certaines choses avant l’adoption de la prochaine loi des finances. C’est un exercice de rétablissement des vérités, et il ne s’agit pas d’accuser les gens d’avoir fait des dépassements».

Le ministre des Finances a assuré, par ailleurs, que le projet avait été déposé simultanément à la Cour des comptes, à la Présidence de la République et partout ailleurs dans les services publics concernés le même jour, soit le 2 novembre et non le 12 novembre. Il a ensuite été déposé à l’Assemblée nationale le 11 novembre, soit plus d’une semaine après.

Et contrairement aux affirmations de Marcellin Bilomba, Sele Yalaghuli a dit la Cour des comptes avait déjà fourni ses avis. Elle va aussi les verser à la commission Ecofin de l’Assemblée. Il est, ici, important de souligner que la Cour des comptes est un instrument à la disposition du Parlement. Et pour ceux des services qui se plaignent de n’avoir pas donné leurs avis, comme la Présidence de la République, Sele Yalaghuli leur a rappelé qu’ils ont la possibilité de le faire en participant aux travaux de la commission ad hoc de la chambre basse.

Et pourquoi ce projet de loi n’a-t-il pas été soumis au Conseil des ministres? Fort aise, l’argentier national a fait savoir que celui-ci ne se tient plus depuis un mois, soit après le message du chef de l’Etat. Comme tout le monde le sait, le Président de la République s’est, depuis, concentré sur ses consultations et n’a plus convoqué le Conseil des ministres depuis quatre semaines maintenant. Devant cette situation, le ministre des Finances, seul responsable de son secteur,  s’est trouvé dans son devoir constitutionnel de rendre compte aux deux chambres du Parlement, l’autorité budgétaire.

La pension allouée à l’ancien chef de l’Etat est de la compétence du budget et du Parlement

Autre point de friction, la pension jugée exorbitante de l’ancien Président de la République et qui aurait été à la base des scandaleux dépassements budgétaire de la Présidence, selon le Conseiller Bilomba. «Faux», a rétorqué Sele Yalaghuli. Il a commencé par dégager la responsabilité du ministre des Finances qu’il est dans la fixation de cette pension. Celle-ci relève de la compétence du ministère du Budget qui l’élabore et du Parlement qui vote la loi de Finances. José Sele ne l’a pas dit mais on peut aussi ajouter la responsabilité du Chef de l’Etat qui promulgue le budget avant sa mise en application. Cependant, le ministre des Finances a ajouté que contrairement aux affirmations de Bilomba, la pension de l’ancien chef de l’Etat est imputée sur la ligne budgétaire du ministère du Budget, au même titre que les anciens chefs de corps, et non sur le compte de la Présidence de la République.

Le dossier des passeports a été libéré depuis deux semaines, celui des exonérations illégales n’est pas encore arrivé aux finances

Quoi d’autre? L’affaire du passeport bien sûr! Sur la question, José Sele a esquissé un sourire amer avant de révéler qu’il a déjà libéré le dossier depuis plus de deux semaines. «Le document m’est parvenu un jeudi et je l’ai signé le lundi suivant», a-t-il juré. Non sans avoir déploré d’être accusé de bloquer le dossier 24 heures seulement après qu’il en avait été saisi officiellement par la ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères.

Et enfin, la mystérieuse affaire des exonérations illégales. Ici aussi, le ministre des Finances s’est interrogé sur la raison des accusations qui le ciblent puisqu’il n’a encore rien reçu de l’Inspection générale des finances -IGF- conformément au principe du contradictoire. «Au moment où je vous parle entant que ministre des Finances, je n’ai jamais reçu le rapport de l’IGF sur les exonérations illégales. Comment vais-je alors annuler ces exonérations illégales?», s’est-il exclamé, reconnaissant que la question avait été posée par le Chef de l’Etat au cours d’un Conseil des ministres, mais ajoutant qu’il avait, à cette occasion, dit également n’avoir encore rien reçu pour faire quoi que ce soit.

«Ignorance et mauvaise foi»: la sentence pour Augustin Kabuya

Au terme de cet exercice des vérités, que reste-t-il de la flambée des accusations qui ont chauffé les médias et les réseaux sociaux? Et comment expliquer toute cette agitation qui a failli troubler la sérénité nationale? A ces questions, Sele Yalaghuli, qui aura ainsi eu le temps de dézinguer ses détracteurs, surtout Marcellin Bilomba qui l’accusé de mentir, a eu trois réponses: «Ignorance et mauvaise foi» à l’intention du Secrétaire général de l’UDPS Augustin Kabuya; le maître-mot pour une bonne gestion c’est la sérénité, et, enfin, la coalition devrait quitter le stade de la conquête du pouvoir pour travailler résolument à la satisfaction des attentes des Congolais.

Afin que nul n’en ignore, Sele a tenu à parler de ses modestes origines et de son rêve pour le pays: « Je suis né d’une famille pas riche, une famille modeste. J’ai grandi à Barumbu, ma maman préparait du Lotoko -alcool local- pour que je puisse étudier. J’ai fait l’université grâce à une bourse de l’État congolais à l’UNIKIN, aujourd’hui que je suis ministre des Finances, c’est pour aider les enfants des pauvres comme moi d’aller aussi à l’école ».

Avec Jonas Eugène KOTA

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