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Scandale autour des 10 millions détournés à la Gécamines: voici les 27 bénéficiaires et la somme reçue par chacun

Qui a pris quoi dans les 10 millions détournés à la Gécamines par des mandataires, cadres et agents, via des prélèvements injustifiés des fonds dans les comptes de la Société immobilière du Congo -SIMCO-, une société appartenant à 99% à la Gécamines? La question sur toutes les lèvres après l’éclatement du scandale, suite à un rapport de l’Inspection générale des finances -IGF-, a désormais trouvé sa réponse. Le voile est ainsi levé, avec des détails effroyables, sur cette affaire qui secoue la Gécamines. Selon des sources au sein de l’IGF, ces prélèvements de fonds datent de la période allant d’octobre à décembre 2022 en faveur de certains mandataires et agents de la Gécamines, pour un total d’USD 10.156.754.

Pour contourner la vigilance, le DG de la Gécamines, également président de SIMCO, a ainsi profité de sa position pour tirer les draps de son côté, en «ordonnant des paiements directs» au profit de tiers pour des fonds perçus par SIMCO pour son actionnariat dans Sicomines et KCC.

Pour justifier sa «besogne», le DG de la Gécamines à l’époque a usé des motifs aux apparences étranges et évasifs: «dotation spéciale», «collation spéciale» ou encore «non spécifié».

«Nous considérons que c’est un cas d’octroi à soi-même et à autrui des avantages illicites, constitutif de détournement. La jurisprudence de l’ancienne Cour suprême est constante à ce sujet. C’est pourquoi, compte tenu de la gravité des faits et de la qualité de certains bénéficiaires, nous sollicitons votre autorisation pour les convoquer à l’IGF afin de les entendre et de ficeler ainsi le dossier», avait écrit l’Inspecteur général chef de brigade, G.F. Muzeze Nzonzimbu, à Jules Alingete, dans une note à laquelle AfricaNews a eu accès.

27 bénéficiaires dont un quatuor à 4 millions de dollars

«Comme nous n’avons pas trouvé cette nature d’avantages dans la convention collective, nous les avons repris parmi nos observations adressées au Président et au DG de SIMCO», a rapporté un membre de la mission dépêchée par l’IGF. Curieusement, a-t-il poursuivi, seul le DG de SIMCO a répondu. «Il a invoqué les instructions qu’il reçoit de la Gécamines», a fait savoir cette même source.

En réalité, à l’époque de la commission du forfait, seule la Gécamines était déjà sous surveillance de l’IGF. Le coup a donc été opéré via les filiales, où le contrôle n’était pas encore étendu. Il a donc fallu attendre septembre 2023, quand la patrouille a été élargie aux filiales, à SIMCO notamment, pour découvrir le pot-aux-roses.

Les révélations de l’IGF placent le président de l’Intersyndicale de la Gécamines, par ailleurs promoteur du club de football lushois Groupe Bazano, Kasongo Mabwisha, en tête des bénéficiaires de ces avantages illicites avec, à lui seul, 1,39 millions d’USD. Il est suivi juste derrière par l’actuel PCA Guy Robert Lukama, administrateur à l’époque de cette magouille, 1,157millions d’USD. DGA en 2022 et passé Administrateur depuis, Léon Mwine s’est arrogé plus d’un million d’USD. Le DG de l’époque, Ntambwe Ngoy, devenu administrateur, s’en est sorti avec 913.000 USD. En plus de ce quatuor, 23 autres personnes se sont partagé les 5,6 millions restants -détails dans le tableau.

Ces nouvelles révélations sont faites au moment où le Conseil d’administration de la Gécamines avait évoqué des «opérations parfaitement documentées au sein de ses organes sociaux, réalisées en toute transparence en 2022 via des virements bancaires aisément retraçables et retracés, mais malheureusement présentés une année plus tard comme de possibles détournements». Ce géant public du secteur minier RD-congolais n’avait pas exclu la possibilité de «demander réparation de tous dommages causés par de fausses allégations et l’indemnisation des préjudices matériels, moraux, financiers et réputationnels découlant de déclarations contraires aux faits».

Des menaces à peine voilées qui n’ont pas eu le mérite de faire broncher Jules Alingete face à «une bande des maffieux» qui a décidé de manière unilatérale de puiser «à la source, sur les fonds qui devaient venir à la Gécamines». «Ces individus dont certains touchent plus de 100.000 USD le mois à la Gécamines ont suffisamment démontré leur capacité de nuisance. Comment pourrait être possible que l’IGF ait été au courant et que ça soit la même IGF qui les interpelle aujourd’hui?», s’était interrogé Alingete dans un récent avec AfricaNews.

Selon des sources, la bande serait repassée à la même caisse pour une deuxième fois, décaissant le même montant au profit de ses membres -détails dans nos prochaines livraisons.

Pendant ce temps, des mouvements de protestation se sont soulevés à Lubumbashi, Likasi et Kolwezi pour réclamer la tête de Guy-Robert Lukama Nkunzi et Léon Mwine Kabiena sur un plat. Le président et membre du Conseil d’administration de la Gécamines étant considérés comme les têtes pensantes de cette «escroquerie».

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