«Affaire Kamerhe»: l’enseignement à retenir!

Depuis le mercredi 3 juin 2020, l’affaire devenue Kamerhe est entrée dans une phase décisive avec la participation des témoins. Les trois premiers à se présenter -ministre honoraire du Développement rural Justin Bitakwira, secrétaire général du ministère du Développement rural Georges Koshi Gimeya et directeur général de la Direction générale du Contrôle des marchés publics Salomon Ngongo Salumu- ont révélé les effets néfastes de la politisation continue de l’Administration publique. Manifestement, 30 ans après la fin du MPR parti-État proclamée le 24 avril 1990, les services publics sont encore sous l’emprise du monopartisme mobutien que ni L-D. Kabila, ni Joseph Kabila n’ont réussi à éradiquer. Quand, par exemple, un Secrétariat général d’un ministère est à peine associé à la gestion d’un dossier qui le concerne au plus en tant que «gardien du temple» -les hommes passent, les institutions restent, dit-on-, cela simplement parce que le ministre décide de tout, il faut bien reconnaître qu’il y a un  problème. Ou lorsqu’un directeur général doit rester trois ans durant un intérimaire -probablement parce qu’un décideur non identifié le trouve non-compétent pour être confirmé à ce poste- et que ses avis sur des dérogations sollicitées ne sont même pas suivis, c’est une situation anormale. Avec la suite des témoins, on en apprendra davantage.

Sans anticiper sur les conclusions, on peut déjà avancer avec certitude que l’on assiste au procès du dysfonctionnement de l’Etat RD-congolais. Et tant que va perdurer le statu quo, cet État là restera un piège pour tous les régimes qui se succèdent au pays. A commencer, bien entendu, par celui en place depuis le 24 janvier 2019 sous le mandat de Félix Tshisekedi. A propos effectivement de l’Administration publique -elle est la colonne vertébrale dans  tous les pays stables-, il est à noter qu’elle est au cœur de toutes les réformes engagées jusqu’à présent en RD-Congo.

Normal: elle comprend la territoriale, la diplomatie, la justice, l’armée, la police, les renseignements et le portefeuille. C’est en termes de milliards de dollars US que les pouvoirs publics et partenaires au développement financent depuis trois décennies les réformes visant ces structures.

Pour quel résultat? Le procès en cours est en train de nous en donner la réponse: pour un résultat mitigé pour ne pas dire nul. Pourtant, des séminaires, des colloques, des ateliers, des forums, c’est quasiment chaque jour sinon chaque semaine qu’on les tient partout au pays. Les uns sont placés sous le haut patronage du Président de la République ou du Premier ministre, les autres sous celui du ministre national ou du gouverneur de province. Quand le thème ne porte pas sur la territoriale, il vise l’appareil sécuritaire. Quand ce n’est pas sur la diplomatie, c’est sur le portefeuille; questions macroéconomiques comprises. D’ailleurs, toute une «industrie» se développe autour de ces rencontres.

L’enseignement à retenir est que, quel que soit son épilogue, cette affaire appelle à une refonte non seulement de l’Administration publique, mais aussi et des institutions de la République. Pourquoi celles-ci? Toute la classe politique et toute la Société civile sont unanimes à cet effet: la Constitution de 2006 et l’ordre institutionnel qui en est issu sont le compromis d’une situation de belligérance. Plus de 15 ans après Sun City, on ne peut pas ne pas s’interroger sur les acquis du Dialogue inter-congolais. En plus, le contexte des élections de décembre 2018 interpelle l’opinion avertie. Est-il normal, pour un pays sans Administrative publique rodée, qu’un Président de la République se retrouve seul des mois durant, c’est-à-dire sans Assemblée nationale, sans Sénat et surtout sans gouvernement, celui en place étant réduit aux affaires courantes, ce qui signifie en RD-Congo sans pouvoir aucun? Et en plus, le Président de la République élu sur base de son programme de campagne électorale se voit contraint d’en renégocier les termes avec le gouvernement dont le Premier ministre est -comme c’en est le cas actuellement- du camp différent -pour ne pas dire opposé- du sien! On peut à ce stade le dire: à quelque chose, malheur est bon. L’affaire devenue Kamerhe appelle les RD-Congolais à se retrouver face-à-face, les yeux dans les yeux, pour décider courageusement du pays. Cette charge incombe à une seule personne: Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Omer Nsongo die Lema

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