
Douze mois après sa nomination, le 13 août 2025, Aimé Sakombi Molendo dresse le bilan. Dans une tribune publiée jeudi et dans un entretien accordé la veille au «Soft International», le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité revendique une méthode: substituer à l’improvisation une planification chiffrée. Le constat qu’il pose est celui d’un paradoxe national. Le pays abrite près de la moitié des réserves d’eau douce du continent et un potentiel hydroélectrique estimé à 167.000 mégawatts. Ces dernières années, il a fait progresser le taux d’accès à l’électricité de 8 à 25% et celui de l’eau de 9 à 21,5%. «Rien de grand ne se bâtit sans eau, et rien de moderne ne s’édifie sans lumière», écrit-il.
Les scores de 25% et 21,5% indiquent les efforts consentis, mais c’est encore un retard que Sakombi reconnaît avec honnêteté. Pour le combler, le gouvernement évalue à près de 30 milliards de dollars les besoins: 20 milliards pour l’électricité à l’horizon 2040, 9,4 milliards pour l’eau à l’horizon 2030. L’ambition affichée est de faire de la République Démocratique du Congo «une grande puissance énergétique et hydrique au service de son peuple et du progrès de toute l’Afrique».
Électricité: réparer d’abord, projeter ensuite
Dans le secteur électrique, la progression demeure lente. Le taux d’accès est passé de 9% en 2018 à 21,5% en 2025. Un chiffre encore très éloigné des besoins d’un pays de près de 120 millions d’habitants, et particulièrement du Katanga minier, confronté à un déficit de 2 000 mégawatts.Le ministre a donc choisi de commencer par l’existant. Vingt-deux centrales rurales, construites par l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain, étaient achevées mais jamais exploitées. Un arrêté a permis d’en mettre 16 en service à titre transitoire fin 2025. À Kinshasa, un plan d’urgence de 91,89 millions de dollars a été conclu avec la Société nationale d’électricité -SNEL- pour réparer le réseau et sécuriser les sites stratégiques. Dans le même temps, plusieurs dossiers anciens ont été débloqués. Le projet hydroélectrique de Kakobola, dans le Kwilu, a été inauguré. Celui de Katende, dans le Kasaï-Central, a fait l’objet d’un montage financier pour permettre la reprise des travaux. Le chantier a repris. Des matériaux et matériels pour les grands ouvrages ont été acheminés en grand nombre.
C’est surtout sur le temps long que le ministère veut marquer son empreinte. Une Politique nationale de l’énergie fixe désormais un objectif: 62% d’électrification en 2030, 100% en 2040. Pour y parvenir, 80% des 20 milliards de dollars nécessaires devront provenir du secteur privé.Deux projets structurent cette stratégie. Le premier est Inga III, sur le fleuve Congo. La Banque mondiale a approuvé 250 millions de dollars pour la première phase des études. Des négociations sont en cours avec l’Afrique du Sud et les pays de la SADC pour sécuriser des contrats d’achat. Le second est le site de Pioka-Tombe, dans les Cataractes, d’une capacité estimée à 6 450 mégawatts. Un protocole d’accord portant sur 2 000 mégawatts a été signé en février avec la République du Congo. Présenté comme un complément à Inga, ce projet est censé avoir un délai de réalisation plus court.
En attendant, Kinshasa mise sur des solutions transitoires: l’importation de 2 000 mégawatts depuis l’Angola et le lancement de 65 projets solaires. Sur le plan de la gouvernance, le ministère a lancé la numérisation des services de la SNEL, la publication des tarifs et un cadre de dialogue avec les investisseurs privés. La transparence est aussi invoquée, avec l’audit de la centrale solaire de Mbuji-Mayi et la publication du contrat de Kakobola.
Eau: doctrine nouvelle et chantiers ciblés
Le secteur de l’eau partait d’une page presque blanche. Jusqu’en décembre 2025, il n’existait pas de politique nationale unifiée. Ce vide a été comblé par l’adoption d’un texte qui doit désormais servir de référentiel à l’ensemble des acteurs. La création de l’Autorité de régulation du service public de l’eau -ARSPE- est également en cours, avec le soutien de la Banque mondiale. L’urgence, elle, se joue d’abord à Kinshasa. Le gouvernement Suminwa a validé l’achèvement des modules 2 et 3 de l’usine de traitement à l’ozone de la REGIDESO, inauguré par président de la République, Félix Tshisekedi. À terme, la capacité doit atteindre 330 000 mètres cubes par jour, pour desservir six millions d’habitants dans dix communes. Mais l’action ne se limite pas à la capitale. Des marchés ont été lancés pour les réseaux de Kananga et de Tshikapa.
Dans le Haut-Lomami, le président Félix Tshisekedi a inauguré le centre de captage et de traitement de Lovoy, à Kamina, dans le Haut-Lomami. «La République ne se construit pas depuis un seul point du territoire», souligne le ministre. La viabilité financière des opérateurs est aussi au cœur des réformes. Un audit de la REGIDESO a été lancé. La facturation et le relevé des compteurs ont été numérisés. Sur la question sensible des tarifs, le ministre plaide pour un équilibre entre la nécessité de couvrir les coûts et la protection des ménages les plus pauvres.
Au total, 9,4 milliards de dollars sont jugés nécessaires pour atteindre l’objectif de développement durable sur l’eau en 2030. La stratégie repose sur deux axes: la réhabilitation des réseaux urbains et l’extension de la desserte en milieu rural à travers le Programme national d’alimentation en eau. Sur le plan diplomatique, Kinshasa entend aussi faire valoir le poids de ses bassins hydrographiques, partagés avec neuf pays voisins, dans les enceintes africaines.
Un test à l’horizon 2030
Au-delà des secteurs, le ministère engage sa propre modernisation: regroupement des services dans une «Tour de l’Énergie», guichet unique pour les investisseurs, publication d’indicateurs de performance. «Cette première année marque le début d’un cycle et crée une obligation de résultats», conclut Sakombi. Pour lui, le jugement des Congolais ne portera pas sur le nombre d’inaugurations, mais sur la capacité à transformer des annonces en services. Si en 2030 la République Démocratique du Congo a plus de lumière et plus d’eau potable, on ne parlera plus de slogans. On parlera de mégawatts et de mètres cubes.


