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Sakombi: 100 jours sans repos aux Hydrocarbures

L’heure est au bilan d’étape pour le gouvernement Suminwa, investi le 13 juin. Au ministère des Hydrocarbures, les 100 premiers jours, franchis le 21 septembre, n’ont pas été de tout repos. Arrivé à la tête de ce département gouvernemental après avoir marqué son temps aux Affaires foncières, Molendo Sakombi y insuffle un nouveau vent. Aussitôt arrivé dans ses nouveaux bureaux du boulevard Triomphal, l’homme qui a numérisé la gestion des terres RD-congolaises prend un pari fou: faire des Hydrocarbures un puissant moteur de croissance.

Le défi est immense tant il hérite un secteur assez poreux. Les résultats exigent avant tout de colmater les brèches. Moins d’un mois après sa prise des fonctions, il met alors le cap sur la province du Kongo-central, première porte d’entrée des combustibles en RDC. Cette province côtière est aussi la seule à posséder des puits de pétrole fonctionnels.

Durant trois jours, Molendo y inspecte les sites d’entreposage des combustibles et palpe la réalité de la contrebande à Moanda avant de se rendre en haute-mer pour inspecter l’exploitation pétrolière menée par Perenco. C’est une tournée pleine d’enseignement et le néo-ministre des Hydrocarbures promet alors d’initier des réformes pour réguler un secteur où le coulage se porte bien avec l’ambition ultime est de «parvenir à une baisse significative des prix à la pompe». «Il a les épaules pour réussir. Mais il faudrait assez de courage pour lutter contre la contrebande et améliorer l’efficacité structurelle à travers une logistique pétrolière adéquate», affirme un  acteur du secteur, ébloui par les débuts canons de l’actuel ministre des Hydrocarbures.

Quelques jours plus tard, le ministre Molendo prend les taureaux par les cornes et fourre son nez dans le processus des appels d’offres autour des blocs pétroliers. Les résultats de la Commission ad hoc mise en place devraient tomber le 10 octobre. Cependant, le premier gros chantier de l’ère Molendo aux Hydrocarbures est le sous-secteur aval pétrolier. Le 20 août, il lance, depuis Lubumbashi, le Programme de marquage moléculaire des produits pétroliers pour la zone Sud avant de dupliquer le modèle dans la zone Est. L’objectif est alors de «lutter efficacement contre le commerce illicite organisé par des cartels quasi institués».

Cette réforme a l’avantage de rapporter des recettes substantielles au Trésor public. Dix jours plus, Molendo, qui déborde déjà d’initiatives, s’attaque à la rationalisation du Prix moyen frontalier -PMF- dans la zone Sud. La même opération est également mise en œuvre dans la zone Ouest, moins de trois semaines après. Dans cette partie du pays, Molendo ambitionne également de construire un oléoduc. Selon des informations recoupées, la signature d’un mémorandum d’entente avec une firme indienne de grande renommée.

«C’est un projet qui va permettre au pays de se doter d’un mode optimal pour fluidifier le transport des produits pétrolier», commente-t-on dans les couloirs du ministère des Hydrocarbures où le projet enchante. «C’est surtout une solution durable à la problématique des manques à gagner et à la subvention des prix à la pompe car cet oléoduc, qui est comme un port pétrolier en eau profonde, va permettre de réduire drastiquement les surcharges», avance-t-on.

Voir clair dans les clauses contractuelles de Perenco

Molendo, lui, semble téméraire et déterminé à réussir. Après l’aval, il met rapidement le curseur sur le sous-secteur amont -upstream- afin, cette fois-ci, de «promouvoir l’image du pays», faisant de la RD-Congo, une «destination fiables pour les majors pétroliers». Après avoir lancé l’évaluation eu processus des appels d’offres, il débute également, toujours durant ses 100 premiers jours, les négociations avec une firme cotée AAA+ pour le préfinancement des acquisitions sismiques 3D. Tout juste après avoir franchi la barre symbolique des 100 jours, Molendo débute également des négociations avec le groupe Surestream, le 27 septembre, pour récupérer le bloc cédé depuis 2009 à cette entreprise sans résultats.

Le point culminant des 100 premiers jours de Molendo aux Hydrocarbures est, sans nul doute, sa réunion de concertation, le 26 août, avec Perenco, la société qui exploite le pétrole à Muanda depuis maintenant 23 ans sans regard minutieux de l’État. Le ministre des Hydrocarbures veut désormais faire toute la lumière sur le respect des clauses contractuelles mais aussi sur le nombre de barils produits par jour. Au cours de cette réunion, Molendo affiche également clairement la volonté du gouvernement d’acheter du gaz de torchage en vue de produire 250 mégawatts d’électricité. A la suite des échanges, Perenco doit notamment évaluer les ressources gazières des concessions et ensuite communiquer au ministère les étapes préalables à la sélection d’un cabinet d’audit qui devra déterminer le quantum réel de production des fluides par Perenco.

Les réformes, c’est maintenant

Dupliquer sa success-story des Affaires foncières aux Hydrocarbures, Molendo s’y prend plutôt bien. Ses 100 premiers jours comme gestionnaire des ressources fossiles est également la période propice pour démontrer sa ténacité à tracer un fleuve dans le désert. Neuf jours suffisent pour qu’il donne le go, le 22 juin, à son vaste projet de réformes avec la convocation d’une réunion d’envergure entre le cabinet et le Secrétariat général.

La complicité entre ces deux branches du ministère est essentielle pour obtenir des résultats. C’est d’ailleurs la marque de fabrique de Molendo et qui a fait ses preuves aux Affaires foncières. La grosse réforme sera de numériser un secteur aux antipodes des réalités du monde actuel. Déjà, le processus d’adoption du système des scellés électroniques est en cours. Il vise notamment la traque des camions-citernes approvisionnant la zone Sud pour ainsi lutter contre la «fraude à l’importation des produits pétroliers».

Dans le secteur des Hydrocarbures, la date du 16 septembre est désormais gravée dans les annales avec la mise en ligne de l’application e-hydro.cd qui entend «assurer la conformité aux directives de transparence sur les industries extractives». Il s’agit d’un package base de données des ressources hydrocarbures, statistiques de productions et contrats d’exploitations notamment. Le vent du numérique qui souffle sur les Hydrocarbures RD-congolais atteint également la gestion administrative avec le lancement d’un système numérique de gestion des courriers afin de «gérer de façon plus efficiente les flux d’informations». Déjà, tous les titres et contrats sont en cours de numérisation.

Du côté administration, Molendo s’investit, depuis son arrivée, dans l’amélioration des conditions de travail des agents. Il s’agit notamment de bâtir la Tour des Hydrocarbures, un bâtiment de 10 étages devant abriter le cabinet et le secrétariat. «Ce projet sera financé par la récupération d’un indu», confie une source interne. Dans le même élan, les chefs des divisions provinciales se sont vus restituer, depuis le 26 août, le pouvoir d’ordonnancement. Cette mesure est prise dans le but de fluidifier la procédure d’obtention des titres tout en combattant la fraude intensive sur les produits pétroliers. Le 29 septembre, le lendemain des 100 premiers jours, marque également la clôture des travaux sur la mise en place des agents sur base du nouveau cadre organique de l’Administration des Hydrocarbures. Il s’agit alors d’une étape importante dans la normalisation du secteur.

En plus de cette moisson abondante sur le plan national, le bilan d’étape de Molendo aux Hydrocarbures affiche également une forte activité bilatérale avec l’Angola, faisant avancer les dossiers autrefois en suspens dans le cadre du Haut comité de suivi Angola-RD-Congo. Dans le volet activités gazières, Molendo aura, durant ses 100 premiers jours, convoqué des travaux intensifs à Matadi, avec le soutien du PNUD, pour l’élaboration des textes juridiques devant encadre cette filière. Le dégazage du Golf de Kabuno au Nord-Kivu est également sur sa ligne de mire après avoir dirigé, en septembre à Goma, la toute première réunion d’évaluation avec le partenaire français, Limnological.

En 2004, le ministre français Philippe Douste-Blazy estimait qu’on ne pouvait juger sur un bilan mais sur la capacité à se projet dans l’avenir. Molendo, par contre, a su jouer sur les deux terrains, présentant un bilan d’étape flatteur avec des perspectives très intéressantes. De bon augure pour les Hydrocarbures de la RD-Congo, longtemps parent-pauvre du Trésor public.

DL

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