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RDC : PADMPME, clap de fin d’une success-story

«Que du chemin parcouru, quel parcours!». Cette exclamation Magueye Dia, représentant de la Banque mondiale au Projet d’appui au développement des micro, petites et moyennes entreprises -PADMPME- résume parfaitement ce programme du gouvernement de la RD-Congo, mis sur pied pour promouvoir des initiatives économiques des opérateurs du secteur des MPME -Micro, petites et moyennes entreprises.

Lancé en février 2020, ce projet, appuyé par la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars, a été clôturé jeudi 27 juin à Kinshasa. La date a porté toute sa symbolique. Depuis 2017, le 27 juin de chaque année est dédié mondialement aux micros, petites et moyennes entreprises. Ces quatre dernières années, le PADMPE a permis d’appuyer plusieurs entrepreneurs dans quatre villes du pays: Kinshasa, Goma, Lubumbashi et Matadi. Selon les données finales du projet, 952 jeunes entrepreneurs sur 960 ont reçu la première tranche de subvention, soit un taux de 99,2% pour un montant total de 17,8 millions de dollars américains. Sur les 436 PME à subventionner, 430 l’ont été pour un total de 27,8 millions de dollars américains. «Les enquêtes ont montré que 3 étaient des doublons et 3 autres des fictives», renseigne le PADMPE dans une note explicative.

Aujourd’hui clôturé, le PADMPE a été la première activité de mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement des PME adoptée en 2016. Pour l’Unité de coordination du projet -UCP- comme pour la Banque mondiale, c’est une véritable success-story qui s’achève sans mourir. Le gouvernement et la Banque mondiale ont en effet conclu un accord pour un nouveau projet encore plus grand, baptisé «TRANSFORME». Cela a été rendu possible grâce aux «résultats tangibles» du PADMPME, se convainc Alexis Mangala.

Vers une indépendance économique de la RD-Congo

Le PADMPME a également permis d’initier une «transformation de l’économie RD-congolaise». Présidant la cérémonie de clôture, le ministre de l’Industrie et développement des PME, Louis Watum, lui-même pur produit du secteur privé, a salué la «vitalité de l’entrepreneuriat» en RD-Congo. Le ministre de l’Industrie s’est réjoui surtout d’un «bel exemple du soutien du gouvernement au secteur privé de manière à la fois volontariste et structurée avec, pour la première fois dans l’histoire du pays, l’alignement de la vision politique assortie d’un programme et des moyens conséquents». S’il reconnait qu’il y a encore du chemin à parcourir avant d’atteindre une véritable «indépendance économique», Louis Watum a loué ce «premier pas» qui augure un bon et long voyage.

«C’est un projet pilote pour tester les axes pour la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement des PME. Cette stratégie vise la transformation de l’économie nationale par la diversification. En peu de mots, elle initie une révolution censée aboutir à l’indépendance économique de la RD-Congo», a martelé le ministre Watum, non sans rappeler la vision du président de la République de «créer des millionnaires» RD-congolais. Cela passe obligatoirement, selon le patron du secteur, par l’entrepreneuriat dont la promotion a été au cœur de l’action du Chef de l’État qui a consacré 5 des 20 piliers de son programme à la création des entreprises.

«Avec la vision du Chef de l’État, la stratégie nationale de développement des PME, le programme du gouvernement, un écosystème dynamique et des opportunités presqu’illimitées, les étoiles sont alignées, tout est mis en place pour que nous réussissions le pari de conquérir et de consolider notre indépendance économique», a-t-il poursuivi, avant de saluer le «professionnalisme, le sens du devoir et d’abnégation de l’UCP qui n’a eu de cesse à démontrer qu’il y a des RD-Congolais qui opèrent dans l’excellence».

«Célébrer les champions»

Dans une ambiance festive à l’esplanade de Sylikin village, le coordonnateur du PADMPME, Alexis Mangala, n’a pu contenir sa joie, heureux d’avoir mené à bon port le navire. «C’est la fête, la fête de l’entrepreneuriat et de l’entrepreneur. Célébrons l’entrepreneur et l’entrepreneuriat. Chantons les mérites de nos champions que nous couronnons à travers cette cérémonie», s’est-il exclamé avant d’appeler à une «standing-ovation» pour «le gouvernement qui a mis en place ce programme et la Banque mondiale qui l’a financé et accompagné techniquement».

Dans sa mise en œuvre, le PADMPME a également permis de déployer des appuis en termes de capacitation, de l’amélioration de l’accès au financement et de renforcement de l’écosystème entrepreneurial. Une démarche qui a permis aux bénéficiaires d’être aujourd’hui à mesure de gérer des unités de production en plus d’avoir gagné en crédibilité auprès des banques commerciales. Ils ont également pu fidéliser fournisseurs et clients. Pour ces entrepreneurs, l’avant PADMPE n’est pas du tout égal à l’après PADMPME. «Au départ, nous avions très mal perçu la rigueur considérant qu’elle constituerait une menace pour nos intérêts. Mais nous avons compris par la suite que nous étions dans une école initiatique d’élite entrepreneuriale», a reconnu le représentant des lauréats qui ont tous fait exploser leurs chiffres d’affaires ces quatre dernières années grâce à l’accompagnement de ce projet.

Les lauréats ont surtout été marqués par «l’impartialité du processus qui a donné la chance à tout bénéficiaire de l’accompagnement technique». De quoi faire baver leur représentant: «c’est pour la première fois en RD-Congo qu’un processus de sélection pour un financement soit exempté de partialité, de clientélisme et de corruption». Elèves dans cette école de gestion, les entrepreneurs subventionnés ont promis «d’imiter ce modèle de gouvernance basé sur les valeurs d’éthique, de transparence, de rigueur et, par-dessus tout, de patriotisme entrepreneurial».

Après les protocoles, le ministre Watum a fait parler son cœur d’entrepreneur patenté pour, dans un premier temps, leur témoigner sa considération et son respect, et, ensuite, les sensibiliser. «L’avenir de la RDC dépend de ce que vous faites. C’est un appel noble, le chemin est long. Il est difficile, rempli d’embûches. Le ciel étant la limite, il n’y a rien qui ne va vous empêcher d’atteindre la limite, seulement il y a un prix à payer. Ce prix, il est fait de détermination, de persévérance, de la capacité de toujours vous mettre dans l’apprentissage de nouvelles techniques. C’est aussi rempli de sacrifices mais également d’humiliations», a-t-il exhorté.

De son expérience, Louis Watum a rappelé aux entrepreneurs que la route empruntée est celle d’un coureur de marathon. «Tous ceux qui ont reçu et ont emprunté ce chemin là, ce n’est pas écrit sur leurs fronts mais ils ont parfois des plaies béantes qui saignent encore à l’intérieur. Quand vous aurez atteint cette croisière de création des richesses, rappelez-vous d’une chose: le but ultime de faire les affaires ce n’est pas pour faire de l’argent en réalité. L’argent n’est qu’un moyen pour atteindre ce but ultime qui est de créer des richesses et de partager de manière équitable entre toutes les parties prenantes pour plus de justice sociale pour les générations présentes et à venir et pour la plus grande gloire de Dieu», a-t-il conclu.

Avec cet achèvement heureux, le PADMPME peut oublier les «difficultés» et les «moments des doutes» qui ont, un temps, caractérisé le parcours. C’est aussi la fin d’un «projet hautement satisfaisant qui a permis d’accompagner des champions».

Heureuse, la Banque mondiale a promis de continuer à relever ce défi. «On sait comment le faire et il y a des ressources pour le faire. S’il y a la volonté politique, il n’y a aucune raison pour qu’on n’y arrive pas», a déclaré Magueye Dia, appelant au maintien de l’énergie, de l’engagement et du sérieux qui ont caractérisé la mise en œuvre du PADMPME.

TRANSFORME, successeur du PADMPME, va être exécuté dans 7 provinces, soit 3 de plus, avec un financement qui a triplé, passant de 100 à 300 millions de dollars. Toutefois, la Banque mondiale espère que le gouvernement va davantage s’impliquer dans l’amélioration du climat des affaires alors que l’environnement économique en RD-Congo «reste un sérieux souci». Ces «mesures hardies» sont vivement attendues pour éviter à ces initiatives une courte vie. «L’administration fiscale reste un problème à régler, on ne peut pas s’occuper à créer de la richesse si on passe la moitié de sa journée à répondre aux sollicitations d’inspecteurs venus de tous bords réclamer des taxes de toutes sortes qui, parfois même ne sont pas justifiés et demandent des compromis, voire des compromissions», a plaidé Magueye Dia.

Pour le gouvernement de la RD-Congo, ces projets dénotent un changement de paradigme. Longtemps campé dans la «lutte contre la pauvreté», le pays espère migrer vers la «création des richesses», en s’appuyant sur l’ingéniosité et le savoir-faire local.

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