
Alors que la République Démocratique du Congo tente de reconstruire une cohésion nationale à travers des processus de dialogue internes et externes, Jean-Pierre Bemba Gombo, vice-premier ministre en charge des Transports, semble avoir opté pour une autre trajectoire: celle de l’obstruction systématique. À coups de déclarations incendiaires, répétitives et parfois délirantes, l’ancien vice-président fragilise les efforts du président Félix Tshisekedi. Alors que Washington, Doha, Lomé, l’Union africaine et les mécanismes régionaux multiplient les médiations pour rapprocher les protagonistes, Bemba, lui, enchaîne les attaques contre tous les acteurs clés du dialogue: Joseph Kabila, Moïse Katumbi, la CENCO, l’ECC… même les évêques n’échappent pas à son viseur.
Un feu nourri contre la paix
Ce n’est plus une posture politique, c’est un harcèlement verbal permanent. Bemba tire à vue sur tout ce qui pourrait favoriser un consensus. Son attitude est d’autant plus troublante qu’il appartient toujours à ce gouvernement dont il sabote ouvertement les efforts. Sinon, pourquoi s’acharner à dénigrer une dynamique de paix soutenue par la majorité des Congolais et de la communauté internationale? Ce décalage flagrant entre sa fonction ministérielle et sa posture publique fait grincer des dents jusque dans les rangs de l’Union sacrée. Certains n’hésitent plus à le qualifier de traître en interne, estimant qu’il agit davantage comme un électron libre que comme un pilier gouvernemental.
Entre contradictions et amnésie politique
Faut-il rappeler que Jean-Pierre Bemba est l’un des signataires de l’accord de Sun City, qui a permis à Joseph Kabila -qu’il attaque aujourd’hui- de gouverner avec lui? Accuser Kabila d’être Rwandais aujourd’hui, c’est donc renier sa propre histoire politique. Si ces accusations étaient fondées, pourquoi les avoir passées sous silence pendant les années de cogestion du pouvoir?
Cette incohérence mine gravement la crédibilité de JPBG. Elle est aggravée par son passé judiciaire. Bemba a été condamné par la Cour pénale internationale -CPI- pour subornation de témoins, un fait qui entame sérieusement son autorité morale. Peut-on réellement accorder du crédit à un homme épinglé pour avoir manipulé la vérité devant une juridiction internationale?
Des révélations farfelues qui frisent le ridicule
Des tentatives d’assassinat sur le président Tshisekedi? Un complot tribal entre Katumbi et Kabila ? Des transferts secrets de 800 millions de dollars par an au Rwanda sous l’ère Kabila? Aucun élément probant en provenance de la Banque centrale ou des enquêteurs indépendants n’accompagne ces affirmations. Les ministres et gouverneurs de l’époque ont tous nié en bloc ces allégations. À défaut de preuves, Bemba brandit l’émotion et la peur, dans un style populiste qui ne trompe plus grand monde. Pire encore, il évoque un groupes russe sans citer un nom précis, parle d’attaques numériques contre la CENI, et de paiements occultes sans jamais présenter la moindre pièce justificative. Sa stratégie repose sur le choc médiatique, pas sur la rigueur factuelle. Et cela, dans un contexte aussi fragile, relève du sabotage.
Un poids mort pour Tshisekedi
À l’évidence, Bemba ne fait plus partie des solutions. Dans son propre fief de l’Équateur, il est désormais devancé par d’autres figures montantes. Jean-Pierre Lihau, Sakombi Molendo, Guy Loando ou Jean-Lucien Bussa peuvent faire l’affaire. Même au sein du MLC, sa base se fissure, et des voix alternatives comme Ève Bazaïba se sont rapprochées davantage du Chef de l’État. Tshisekedi lui-même, habile stratège, semble avoir compris que Bemba ne lui est plus
d’aucune utilité. Ses attaques répétées contre tous les partenaires potentiels du dialogue le placent de facto comme un obstacle à toute solution de sortie de crise. À croire que le dialogue lui fait peur, ou pire, qu’il y verrait la fin de son influence déjà très amoindrie.
Un calcul personnel sur le dos du pays
Repris de justice, inéligible à toute fonction élective, affaibli politiquement, Jean-Pierre Bemba semble miser sur la perpétuation de l’instabilité pour rester dans le jeu. Plus la crise dure, plus il reste utile. Il devient ainsi un rentier de la confusion nationale. Mais le moment est mal choisi. Le pays a besoin de stabilité, pas de diversion. Les RD- Congolais veulent la paix, pas des règlements de comptes personnels sur la place publique. Alors que le temps des responsabilités a sonné, Bemba n’a plus la stature pour incarner l’avenir. Au lieu de jouer les pyromanes, il ferait mieux de se retirer dignement ou, au minimum, de se taire. La République Démocratique du Congo ne peut plus se permettre le luxe d’avoir des ministres qui tirent contre leur propre camp. Il y a des moments où le silence est une preuve de lucidité. Celui-ci en est un.
YA KAKESA