
C’est l’exercice de redevabilité auquel se prête le gouvernement depuis plusieurs semaines déjà. Face à la presse, le vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public, Jean-Pierre Lihau, est venu présenter sa doctrine.Une doctrine qu’il résume en trois mots: considération, respect, dialogue. Pour restaurer la confiance entre l’administration et ses agents, dit-il, il a instauré un dialogue permanent avec les partenaires sociaux et les syndicats, et surtout une rencontre hebdomadaire, chaque mercredi, ouverte à tous les fonctionnaires sans distinction de grade, pour échanger directement avec l’autorité.
«État comateux»
À son arrivée, le constat était sévère. L’administration était, selon ses termes, en «état comateux», minée par des années de dysfonctionnements.Plusieurs chantiers ont donc été ouverts: réorganisation des services, refonte du cadre juridique de la Fonction publique, rationalisation des effectifs. La réforme porte sur l’évaluation des compétences, la contractualisation de certaines fonctions, la définition de structures organiques claires avec des effectifs maximaux, et désormais la possibilité de mettre fin aux fonctions pour inaptitude professionnelle.Au cœur du problème: des recrutements «opérés sur base de considérations politiques», sans planification, qui ont provoqué une inflation incontrôlée des effectifs.
La biométrie comme arme
Pour y remédier, le ministère a changé de méthode. Fini les convocations centralisées. Les équipes de la Fonction publique se déploient désormais dans les administrations centrales, provinciales et territoriales pour identifier les agents sur leur lieu de service. L’objectif est double: cartographier précisément qui est où, et maîtriser la masse salariale. Le dispositif est assorti d’une innovation: un annuaire numérique consultable sur smartphone, permettant à tout citoyen de vérifier, à partir du numéro matricule, l’existence administrative d’un fonctionnaire. C’est cette opération qui a permis, selon Jean-Pierre Lihau, de recenser près de 300 000 agents éligibles à la retraite.
À ce jour, 20 000 sont effectivement partis, contre seulement 923 départs sur les dix années précédant la réforme. Une accélération qu’il explique par l’amélioration de la prise en charge via la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État -CNSSAP-, dont la couverture est passée de 566 000 à près de 1,6 million d’agents.
Concours et redéploiement
L’autre pilier est la performance. Désormais, le recrutement se fait par concours. La formation est érigée en second levier, avec des partenariats noués avec la Belgique -Enabel-, la France -Institut national du service public-, le Maroc, le Sénégal, la Suisse et le Canada. L’École nationale d’administration -ENA- est concernée: Lihau dit vouloir renforcer son autonomie, mettre fin au régime des exemptions et consolider ses missions. Reste l’épineuse question de la répartition.
La République Démocratique du Congo compte environ 17 fonctionnaires pour 1 000 habitants, contre une moyenne internationale de 50. Une sous-administration qui masque un paradoxe: une surconcentration à Kinshasa et dans les services centraux, et un vide dans les provinces. Le ministre cite la santé et la justice, où certaines zones ont un excédent de médecins ou de magistrats quand d’autres en manquent cruellement. La cartographie biométrique doit servir à organiser un redéploiement.
Sanctions et bancarisation
Sur le plan juridique, la réforme verrouille: il est désormais interdit aux ministres, secrétaires généraux et directeurs d’affecter des personnes non préalablement admises sous statut. Le principe de vacance préalable des postes est consacré, et une conférence des effectifs précède désormais la conférence budgétaire. Le volet disciplinaire n’est pas en reste. Jean-Pierre Lihau affirme avoir déjà révoqué trois secrétaires généraux et seize directeurs et chefs de division impliqués dans des recrutements irréguliers, et promet de poursuivre.
Dernier chantier: la paie. Dans les territoires où les banques sont absentes – il cite le cas du Maï-Ndombe – une nouvelle évaluation de la couverture bancaire est en cours. Le ministère travaille avec la CADECO et les opérateurs de mobile banking pour rapprocher les agents de leurs banques payeuses. Une réforme systémique, donc, qui entend faire passer l’administration congolaise d’une logique de rente politique à une logique de service public.






