
Rescapé de la restructuration du cabinet du Chef de l’Etat, Joe Dumbi Kabangu est à ce jour l’un de deux Conseillers spéciaux du Président Tshisekedi. A la tête de la Coordination des ressources extérieures et suivi, l’homme est fier de ses réalisations qui permettent de «tracer» et «rendre visibles» les actions du Chef de l’État. Connu pour être un maillon clé de la chaîne, Joe Dumbi affirme faire le nécessaire pour que les projets présidentiels réussissent. Dans ses attributions, la Coordination des ressources extérieures et le suivi des projets. Une position qui fait de lui le pont entre la RD-Congo et les partenaires internationaux.
Un rôle qu’il assume avec délicatesse. A son actif, une contribution efficiente à la mobilisation des ressources extérieures avec la mise en place d’un cadre de partenariat et de partage d’expériences à même de renforcer la participation à la base et de capitaliser les opportunités que présente ce programme. Au cours d’un entretien, le Spécial Dumbi accepte de faire la reddition des comptes et révèle les grandes réalisations de ce service spécialisé de la Présidence placé sous sa responsabilité. «Nous avons procédé à la collecte de données des projets, principalement les appuis obtenus des partenaires techniques financiers en réponse à la stratégie de développement du secteur privé et des travaux en termes de contrats d’assistance technique», explique-t-il. Au total, 35 projets en PPP ont été répertoriés pour un montant global de plus de 514 millions de dollars. Ce service a également été dans la mise en œuvre de la Couverture santé universelle -CSU. Entretien.
Vous êtes à la tête d’un service spécialisé de la Présidence de la République depuis janvier 2023, parlez-nous en brièvement…
Le bureau du Conseiller spécial en charge des Ressources extérieures et suivi des projets -RESP- est né des décombres de la Coordination des ressources extérieures et suivi des projets -CRESP. En tant que tel, le RESP a repris l’ensemble des activités menées jusqu’alors par la CRESP dont il est, le prolongement.
Après une année comme Conseiller spécial, comment jugez-vous votre bilan à la tête de ce service?
Largement positif. Conformément aux prérogatives qui me sont attribuées, j’ai réalisé, par l’entremise de mon bureau, un certain nombre d’activités. Celles-ci se rattachent à deux axes d’interventions, à savoir: l’accompagnement et le suivi des projets à financement extérieur et la mobilisation des ressources. Dans le cadre de la mobilisation des ressources, nous avons pris une part active aux travaux de formulation de la stratégie nationale de prévention des conflits, de stabilisation et de renforcement de la résilience des communautés -PRA- ainsi qu’à l’organisation de la Conférence internationale sur le développement local de 145 territoires tenue à Rennes en France. En ce qui concerne la stratégie, son élaboration et son adoption en conseil des ministres ont rapporté à la RD-Congo un gain notable, à savoir: son éligibilité aux allocations supplémentaires de la Banque mondiale pour la prévention et la résilience -PRA- dont le montant s’élève à 1,3 milliards de dollars américains.
Revenons un pas en arrière pour évoquer la Conférence sur le PDL-145. Quel a été son bien-fondé et quel rôle avez-vous joué?
L’objectif de cette conférence était de sensibiliser la Diaspora RD-congolaise ainsi que d’autres acteurs internationaux du développement à s’impliquer dans la mise en œuvre du Programme de développement local de 145 territoires. Il était donc question de pousser ces RD-Congolais d’ailleurs à venir investir dans divers secteurs d’activités économiques en s’appuyant sur les opportunités en cours de création grâce aux infrastructures fournies dans le cadre du PDL-145, programme initié par le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dans la perspective de réduire les inégalités entre les milieux urbains et les milieux ruraux. En ce qui concerne l’organisation de cette la conférence, le bureau du Conseiller spécial a apporté sa contribution à l’axe relatif à la mobilisation des ressources extérieures. Nous avons voulu mettre en place un cadre de partenariat et de partage d’expériences qui permettra de renforcer la participation à la base et de capitaliser les opportunités que présente ce programme.
Vous avez également cité l’accompagnement et suivi des projets à financement extérieur parmi vos attributions…
Tout à fait. Le bureau du Conseiller spécial du Chef de l’État en charge des RESP a, en plus de la mobilisation, assuré l’accompagnement et le suivi de quelques projets ayant bénéficié du financement extérieur notamment de la Banque mondiale. Sur un total de 10 projets repris, l’on peut relever le Projet d’équité et de renforcement du système éducatif -PERSE. Il s’agit d’un accompagnement effectif depuis la mise en vigueur de l’accord de financement du projet. Cette étape a été accélérée par la Coordination des ressources extérieures et suivi des projets -CRESP-, en tant que service spécialisé de la Présidence de la République, en vue d’appuyer le projet à passer à sa mise en œuvre. Dans les 10 provinces concernées par les activités dudit projet, mon équipe a participé régulièrement aux activités du comité de pilotage organisées par l’UCP/PERSE au niveau national. La Coordination RESP a également accompagné la mise en œuvre de ce projet dans les provinces du Kongo-Central, du Kasaï, du Nord et Sud-Kivu ainsi que de l’Ituri afin de s’assurer de la bonne application de la politique de la gratuité de l’enseignement. Il convient de noter les deux objectifs du projet PERSE: alléger le fardeau des frais scolaires sur les foyers à travers un appui budgétaire direct au titre de contribution à la rémunération des enseignants et au fonctionnement des écoles primaires mais aussi améliorer l’accès à l’enseignement primaire et renforcer les systèmes fondamentaux d’éducation au niveau national. Les rapports de l’évolution de la situation de l’appui au secteur de l’éducation du pays ont été transmis au Chef de l’Etat.
Au-delà du Projet PERSE, que devrait-on retenir de votre gestion?
Au-delà du Projet PERSE, il y a également la Couverture santé universelle -CSU- développée dans le cadre du Plan stratégique national pour la couverture santé universelle 2021-2030 qui, dans la vision du Chef de l’État, consiste à garantir l’accès aux soins et services de santé de base à tout RD-Congolais dans le besoin sans qu’il ne s’expose à la ruine financière ou économique, avec une emphase sur le couple «mère-et-enfant». Pour matérialiser cette vision, une coordination nationale a été mise en place comme un service spécialisé à la Présidence de la République dénommée «Coordination nationale de la couverture santé universelle» -CNCSU. Cette coordination est chargée de fédérer les efforts du gouvernement à travers le ministère de la Santé dans la réalisation des objectifs fixés. Parmi les intervenants dans la Couverture santé universelle, il y a le Projet de développement du système de santé -PDSS-, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre dans 11 provinces de la RD-Congo dans le but d’améliorer l’utilisation et la qualité des services de santé maternelle et infantile dans des zones de santé ciblées tout en apportant une réponse immédiate et efficace à une crise ou une urgence éligible. Mon bureau a fait le suivi dudit projet en participant au plaidoyer auprès de la Banque mondiale pour obtenir la prolongation du projet au-delà du 30 juin 2023. Fort de ce plaidoyer, nous avons organisé une mission conjointe de visibilité des actions menées par le PDSS dans le cadre de la Couverture santé universelle. Cette mission a abouti à la réalisation d’un documentaire sur l’action du PDSS dans la Couverture santé universelle en RD-Congo qui est en phase de publication. Nous avons également participé à la taskforce mise en place au sein du ministère de la Santé pour l’élaboration du plan de communication de la gratuité des accouchements et des soins infantiles dans la ville de Kinshasa, comme projet pilote du CN-CSU.
D’autres projets accompagnés?
Évidemment. Il y a entre autres le Projet intégré de croissance agricole dans les Grands lacs -PICAGL- et le Projet de facilitation du commerce dans la région des Grands lacs -PFCGL. Ces deux projets ont une portée régionale. Dans le premier, notre apport a consisté au rapprochement avec la direction provinciale pour accélérer la mise en place du comité de gestion des plaintes, un préalable à la construction du pont Lubeley dans la province de Tanganyika afin d’augmenter la productivité agricole dans certaines zones de la RD-Congo et améliorer l’intégration régionale agricole entre la RD-Congo et le Burundi. Dans le second projet, nous avons, dans un premier temps, mené une mission auprès de l’unité de gestion du PFCGL à Goma. Ensuite, nous avons initié un plaidoyer qui a débouché sur l’indemnisation par le gouvernement des personnes affectées par ledit projet. Aussi, nous avons entamé un travail de fond en collaboration avec le forum des ONG internationales, la délégation de l’Union européenne en RD-Congo afin de bien coordonner les ressources extérieures, en particulier celles qui passent par les ONG et dont la maitrise des flux de financement pose souvent problème. A l’issue de ce travail, une base de données des projets mis en œuvre par 24 ONG internationales sur financement de 45 bailleurs de fonds pour un cout global de 411 millions de dollars a été constituée. Compte tenu de l’importance des flux de financement transitant par les ONG, ce travail devra se poursuivre en 2024.
Quels sont les projets d’infrastructures en cours financés par des ressources extérieures?
Il faut dire que l’année 2023 a enregistré un taux d’investissement public significatif comparé à celui des années antérieures, avec notamment les ouvrages destinés aux 9èmes Jeux de la Francophonie. Ces ouvrages vont des infrastructures sportives à celles de logement. A cela s’ajoutent les travaux du Projet «Kin-Elenda» financé par la Banque mondiale à hauteur de 500 millions de dollars. Parmi les acquis de ce projet, il y a notamment la construction du module 1 de l’usine de traitement d’eau à l’Ozone avec une capacité de 110.000 m3 par jour mais aussi d’un ouvrage de captage et d’adduction d’eau brute sur le fleuve Congo d’une capacité de 330.000 m3 par jour. Les ouvrages et équipements de la station de pompage et du site de captage de N’Djili ont également été réhabilités et protégés en plus de l’acquisition et installation de cinq groupes motopompes.
A première vue, seule la Banque mondiale est à la manœuvre…
Non. Il convient de mentionner la construction déjà entreprise de la maison communale pilote de N’Djili. Le secteur de transport est marqué quant à lui par les travaux de modernisation des aéroports de Bipemba à Mbuji-Mayi, Bangoka à Kisangani et de Kindu. Ces différents travaux en cours de réalisation ont comme source de financement la Banque africaine de développement -BAD. Dans le même secteur de transport, l’on devra relever les travaux d’amélioration du terminal conteneur du port de Matadi financé par don du gouvernement japonais pour un coût avoisinant les 17 millions de USD. Enfin, en termes de pertinence, nous pouvons relever, dans le cadre d’un partenariat public privé -PPP-, le financement, conception, construction, aménagement, élargissement, entretien, exploitation et maintenance de la route Kasumbalesa-Sakania, longue de 150 km, et du port sec avec 4 postes de péage, 1 poste frontalier, 1 port sec à Sakania, 2 parkings modernes et une base vie. Dans le secteur de l’électricité le projet d’amélioration des services électriques -EASE-, avec un coût estimé à 145 millions USD, vise à mettre à niveau le réseau et son extension dans les zones sélectionnées. Malheureusement, la survenance de la Covid-19 et les laborieuses négociations avec les propriétaires des lopins de terre dédiés à accueillir les cabines MT/BT et le surplomb des lignes MT ont retardé l’indemnisation des personnes impactées avec une incidence sur le délai d’exécution des travaux.
Vous vous occupez également d’assurer une meilleure traçabilité et visibilité des actions du Chef de l’Etat…
Exact. A ce sujet, nous avons procédé à la collecte de données des projets, principalement les appuis obtenus des partenaires techniques financiers en réponse à la stratégie de développement du secteur privé et des travaux en termes de contrats d’assistance technique. A l’issue de ces travaux, 35 projets en PPP ont été répertoriés pour un montant global de plus de 514 millions de dollars. Vu l’importance de l’approche PPP dans la réponse au déficit en infrastructures que connait le pays et dans le souci d’attirer plus d’investisseurs privés, nous avons préconisé l’organisation des états des lieux des contrats PPP liés au développement des infrastructures et services des ministères des Finances et du Plan.


