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RDC: Le plan de guerre de Sakombi pour améliorer l’accès à l’électricité

Face aux députés, le ministre des Ressources hydrauliques a détaillé le 13 mai la stratégie pour tripler l’accès à l’électricité en six ans. Entre réhabilitation d’urgence et pari sur le solaire, Kinshasa veut transformer l’espoir placé dans Inga en courant concret. La Représentation nationale a fait salle comble pour entendre Aimé Sakombi Molendo.

Convoqué par la députée Adèle Bazizane Maheshe, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité a accepté l’exercice de redevabilité: expliquer pourquoi 8 Congolais sur 10 restent encore dans le noir, et surtout, comment y remédier.

D’un taux de 9% à 21,5%: les freins restent massifs

Le point de départ est connu. En 2024, le taux d’accès à l’électricité atteignait 21,5%, contre 9% en 2018. Progrès réel, mais insuffisant. Sakombi l’assume: la production plafonne à 1 800 MW disponibles pour une demande estimée à 6 880 MW dans le seul périmètre de la SNEL, et plus de 20 000 MW à l’échelle du pays.  Derrière ce déficit se cachent trois verrous.

Technique d’abord: des centrales vieillissantes, des réseaux fuyards, une puissance installée de 2 580 MW en hydroélectricité qui ne délivre qu’en partie. Institutionnel ensuite: lenteur des licences, coordination défaillante, réformes longtemps gelées. Socio-économique enfin: un pouvoir d’achat trop faible pour absorber le coût réel du courant, surtout en milieu rural.   «Le secteur a historiquement souffert d’un retard dans l’engagement des réformes structurelles», reconnaît le ministre. Reste que la dynamique a changé, dit-il, avec une ARE relancée, un plan directeur d’électrification en phase finale et une simplification des procédures en cours.

Réhabiliter Inga, déployer le solaire, mobiliser le privé

La réponse du gouvernement tient en deux temps. À court et moyen terme, d’ici 2030, l’objectif est de porter le taux d’accès à 62% grâce à un mix hydroélectrique, solaire, mini-réseaux et importations ciblées. À plus long terme, Inga 3 et le Grand Inga doivent faire de la RDC un hub énergétique régional.  Concrètement, la priorité va à la remise à niveau de l’existant. Les groupes G23 à G26 d’Inga 2 sont en cours de réhabilitation.

Les centrales de Kakobola et Bulungu ont été mises en service en mars. Parallèlement, Kinshasa mise sur le solaire décentralisé: 65 projets pilotés par l’ANSER, dont 25 achevés et 10 prévus en 2026. La centrale de Bulungu alimente déjà 4 000 ménages, et les inaugurations de Bongandanga et Basankusu sont annoncées pour la semaine prochaine. Mais l’équation financière reste le nœud.

Le secteur ne capte que 1,8% du budget national, dont 1,7% pour l’investissement. «L’essentiel de nos grands projets dépend encore de l’extérieur», concède Sakombi. D’où l’appel à une loi de finances rectificative et l’espoir placé dans le Compact Énergétique et les accords récents avec les États-Unis, censés apporter portage financier et géopolitique.

Un plan directeur pour sortir du pilotage à vue

L’autre levier est la planification. Le plan directeur national de l’électrification, en phase finale, vise à connecter 60 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030. Il s’accompagne d’un atlas hydroélectrique actualisé: 3 348 sites identifiés, un potentiel réévalué à 167 000 MW. La RDC se replace ainsi parmi les cinq premières puissances hydrauliques mondiales.  Pour le ministre, l’heure n’est plus aux incantations.

«Le défi ne peut être relevé par l’État seul», insiste-t-il, en appelant le secteur privé national et international à entrer dans le jeu. Les accords avec Washington, dit-il, doivent servir de catalyseur sans écarter les partenaires historiques.

Reste à transformer cette feuille de route en courant dans les maisons. Si les travaux d’Inga 2 tiennent leurs promesses et si le solaire rural monte en charge, le pays pourrait amorcer un décollage. Dans le cas contraire, le risque est de rester une «puissance énergétique dormante», comme le redoute Félix Tshisekedi. Le débat budgétaire qui s’annonce dira si Kinshasa met les moyens de son ambition.

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