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RDC: L’autre guerre, celle des épidémies

Ebola Bundibugyo fauche les vies autant que les armes. Les chiffres font froid dans le dos: 5.375 cas confirmés pour 2.557 morts et une létalité de 48% au 23 août. C’est désormais officiellement l’épidémie la plus meurtrière que la République Démocratique du Congo ait jamais connue. Un virus pour lequel il n’existe aujourd’hui ni vaccin homologué, ni traitement spécifique. Déclarée le 15 mai, la flambée a pris un virage exponentiel. En effet, plus de 1.000 morts en seulement vingt jours. Dès lors, le constat s’impose: sur la même période, le virus a tué plus vite que les armes dans l’Est. Pourtant, l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu n’ont pas cessé de saigner. D’abord, les ADF ont multiplié les incursions. Entre le 6 mai et le 13 août 2026, la seule chefferie de Babila-Babombi, en territoire de Mambasa, a subi 48 attaques avec 307 morts et 103 disparus selon l’APDEF. À cela s’ajoute un bilan déjà accablant au niveau national, puisque le BCNUDH recensait plus de 300 civils sommairement exécutés en Ituri et au Nord-Kivu depuis janvier au 4 juin. Mai fut particulièrement meurtrier, avec notamment 24 morts à Katerrain, 21 à Biakato, 17 à Alima et 15 civils tués à Ngadi près de Beni.

Ensuite, le front FARDC/Wazalendo contre AFC/M23/RDF est resté incandescent. Cependant, aucun bilan consolidé n’est communiqué par les belligérants. Les rapports parcellaires font état de pertes limitées mais constantes: cinq morts dans l’explosion d’une bombe à Lumbishi le 7 août, une dizaine de Wazalendo tués à Kigurwe en mai, puis des combats meurtriers à Masisi, Walungu, Mwenga et Kalehe à la mi-août. Au final, même additionnées, les pertes liées aux conflits armés restent sans commune mesure avec l’hécatombe virale.

Pendant ce temps, à 1.500 kilomètres de l’épicentre et du front militaire, une autre épidémie fait des ravages en silence. Dans le Kwango, dans l’ex-Bandundu, aux portes de Kinshasa, où le gouvernement venait de dompter les insurgés Mobondo, un nouveau front voit le jour: le choléra a déjà anéanti 102 vies sur 1.532 cas recensés. Trois zones de santé sont en première ligne: Popokabaka, la plus touchée avec 744 cas, Boko, la plus meurtrière avec 40 décès pour 198 cas, et Kasongo-Lunda avec 560 cas et 37 morts. De surcroît, des cas importés d’Angola ont été signalés. Ici, pas de souche inconnue. Au contraire, les causes sont connues et accablantes: manque d’eau potable, pas d’assainissement, rupture d’intrants, prévention ignorée. Si bien que certains compatriotes sont morts faute de simple sérum. Fort heureusement, un kit d’urgence -Ringer lactate, SRO, antibiotiques, chlore- vient d’être acheminé à Kasongo-Lunda. En somme, entre mai et août, le pays connaît une autre guerre: celle des épidémies.

Les alertes rouges se multiplient en République Démocratique du Congo. Cent jours après la déclaration de la 17e épidémie d’Ebola, la barre symbolique des 2.500 décès a été franchie, selon une annonce faite vendredi 21 août par Julien Harneis, coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies. Au 23 août, 5.375 cas confirmés ont été rapportés pour 2.557 décès, soit une létalité d’environ 48%. «Il s’agit de l’épidémie la plus meurtrière de l’histoire du pays désormais», alerte désormais la riposte. Déclarée le 15 mai, cette épidémie sévit depuis trois mois et a déjà atteint six provinces, toutes dans l’Est du pays. Dans le pays comme à l’étranger, l’inquiétude monte alors que la circulation du virus n’est toujours pas maîtrisée, selon les autorités sanitaires.

Causée par la souche Bundibugyo, l’actuelle épidémie d’Ebola frappe plus de 10% du territoire national, avec 56 des 519 zones de santé touchées. Pendant ce temps, une flambée de choléra est constatée dans l’ouest du pays, précisément dans la province du Kwango où 102 morts sur les 1.532 cas recensés ont perdu la vie. Ces deux épidémies distinctes mais simultanées mettent à l’épreuve les capacités de réponse des autorités sanitaires et ravivent les appels à une mobilisation accrue des partenaires internationaux. Pour Ebola, l’Organisation mondiale de la santé -OMS- avait déjà établi, quelques jours auparavant, que le nombre de cas avait dépassé celui de l’épidémie de 2018-2020. Depuis Bunia, en Ituri, le coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies, Julien Harneis, a décrit une progression «de façon exponentielle». Selon lui, la propagation du virus dépasse désormais la rapidité de la réponse sanitaire. L’évolution du nombre de décès illustre également l’accélération de la flambée.

Preuve du virage inquiétant pris par le virus, plus de 1.000 décès ont été enregistrés ces vingt derniers jours, selon les Nations unies. Autre point d’inquiétude, la propagation géographique. Avec plus de 50 zones de santé touchées, Ebola couvre désormais un territoire dont la superficie est supérieure à celle de la France. En plus de l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Bas-Uélé sont les autres provinces ayant des cas confirmés. Du côté du gouvernement, on préfère relativiser. «C’est notre excès de transparence qui donne l’impression que le virus est partout», a déclaré, mardi 18 août Roger Kamba, ministre de la Santé publique, hygiène et prévoyance sociale.

La riposte à l’épreuve des contraintes du terrain

Pendant ce temps, la réponse se heurte à un environnement particulièrement difficile. Dans l’est du pays, les conflits armés, les déplacements de population, l’état des routes et la faiblesse des infrastructures sanitaires compliquent l’accès aux personnes exposées et le déploiement des équipes. Par ailleurs, le manque de sensibilisation communautaire et d’appropriation de la riposte par les communautés locales complique le travail des professionnels de santé. Dans plusieurs coins du pays, des agents ont été agressés et des ambulances attaquées. À ces obstacles s’ajoute la nécessité de renforcer le dépistage, l’isolement des personnes infectées, le suivi des contacts et la prise en charge des malades.

Dans ce contexte, les Nations unies craignent qu’un retard supplémentaire dans le financement ou dans la mise en œuvre de la réponse puisse alourdir le bilan et favoriser une nouvelle extension de l’épidémie. La semaine passée, Africa CDC a révélé avoir reçu des promesses de financement évaluées à environ un milliard de dollars. Ces fonds devraient surtout permettre d’accélérer le volet vaccinal, alors que le gouvernement a initié une campagne de vaccination compassionnelle avec Ervebo. Cette première phase concerne notamment les zones jugées prioritaires dans la Tshopo où 2.000 doses ont été déployées. Homologué contre la souche Zaïre, Ervebo est utilisé à titre exceptionnel afin d’évaluer son éventuel impact contre la souche Bundibugyo qui ne dispose à ce jour ni de vaccin, ni de traitement spécifique homologué.

Le pape mobilise le monde, le choléra complique l’équation

Face à cette situation, les appels à une mobilisation accrue dépassent le cadre des organisations sanitaires. Dimanche 23 août, le pape Léon XIV a exprimé sa préoccupation devant la propagation d’Ebola en RDC et appelé la communauté internationale à renforcer son engagement. Le souverain pontife a notamment insisté sur la nécessité d’associer les communautés locales aux efforts de prévention, estimant qu’une action renforcée pouvait contribuer à sauver de nombreuses vies. Cet appel rejoint celui formulé ces dernières semaines par les Nations unies, qui demandent un soutien international supplémentaire pour renforcer la riposte. L’objectif est notamment d’éviter que l’épidémie ne gagne davantage de territoires et, à terme, les pays voisins, alors que l’Ouganda a réussi à vaincre Ebola Bundibugyo il y a tout juste quelques semaines.

À plusieurs centaines de kilomètres de l’épicentre d’Ebola, le choléra a déjà fait 102 morts sur 1.532 cas recensés dans la province du Kwango. À ce jour, trois zones de santé sont touchées, à savoir Popokabaka, Kasongo-Lunda et Boko. Selon les données présentées par la Division provinciale de la santé, Popokabaka est la plus touchée avec 744 cas, soit près de la moitié du total. Avec 25 décès, Popokabaka n’est cependant pas la zone la plus endeuillée, coiffée par Boko qui affiche la plus grande létalité avec 40 décès pour seulement 198 cas. La zone de Kasongo-Lunda enregistre, quant à elle, 560 cas et 37 décès. Selon les autorités sanitaires, certains décès seraient dus à une rupture des intrants nécessaires à la prise en charge des malades, ainsi qu’à une adhésion encore insuffisante de la population aux mesures de prévention.

Des cas importés en provenance de l’Angola ont également été signalés à Kasongo-Lunda. Face à la persistance de la maladie, le gouvernement provincial a renforcé l’approvisionnement de Kasongo-Lunda. Un kit de prise en charge a été acheminé afin de soutenir les équipes médicales. Le matériel comprend notamment du lactate de Ringer, des sels de réhydratation orale, des cathéters, des antibiotiques, du chlore, du zinc et des équipements de protection individuelle. Ces moyens doivent permettre de renforcer la prise en charge des patients et les mesures de prévention.

Agir sur plusieurs fronts

La progression simultanée de ces deux maladies infectieuses, dans des contextes géographiques différents, souligne la pression exercée sur le système sanitaire congolais. L’épidémie d’Ebola pose surtout le défi d’une propagation rapide dans des zones marquées par l’insécurité, les difficultés d’accès et d’importants mouvements de population.

Le choléra, lui, met en évidence les difficultés liées à l’accès à l’eau potable, à l’assainissement, à la disponibilité des intrants médicaux et à l’adoption des mesures de prévention. Dans les deux cas, une intervention rapide est attendue. Si pour Ebola, l’enjeu est désormais de ralentir la transmission avant que le virus ne gagne davantage de territoires, le choléra impose de renforcer la prise en charge afin de réduire les facteurs favorisant la transmission.

WIDAL

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