
L’opposition a accordé lundi un sursis de 25 jours au pouvoir. La coalition C64 a reporté la marche prévue le 22 juillet à Kinshasa contre la révision constitutionnelle et donné jusqu’au 15 août au président Félix Tshisekedi pour convoquer le dialogue national. «21 juillet – 15 août: 25 jours. Le nœud se resserre, chaque jour un peu plus», a écrit mardi sur X l’opposant Olivier Kamitatu.
Report sous pression des Églises
Dans un communiqué publié lundi, la C64 annonce le report de la manifestation prévue mercredi dans le centre-ville de Kinshasa. La décision intervient après l’annonce vendredi par Tshisekedi de confier à la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et à l’Eglise du Christ au Congo -ECC- la mission d’organiser un «dialogue national inclusif».
Les Églises avaient demandé le report de la marche. Les opposants les ont rencontrées samedi matin et ont dit vouloir faire un geste «vers l’apaisement». La C64 indique prendre acte de l’annonce présidentielle. Elle estime que le dialogue doit aborder «les causes profondes de la crise»: «l’agression extérieure, l’insécurité dans l’Est, la crise de gouvernance ou encore les difficultés économiques et sociales».
Un ultimatum fixé au 15 août
La coalition pose toutefois un ultimatum. Elle exige que le chef de l’État convoque officiellement ce dialogue avant le 15 août. A défaut, «la Coalition appellera le peuple congolais à reprendre les actions citoyennes pacifiques nécessaires à la défense de l’ordre constitutionnel, de la démocratie, de l’État de droit et de l’avenir de la Nation», prévient-elle. La C64 demande à ses sympathisants de «rester concentrés» et de ne pas se démobiliser. Elle met en garde le pouvoir contre «toute provocation». Selon Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, la promulgation de la loi référendaire votée en juin constituerait une «ligne rouge». De son côté, l’Union Sacrée de la Nation -USN- a également annoncé le report de sa contre-manifestation prévue à la même date à Kinshasa, dans les chefs-lieux des 26 provinces et dans la diaspora.
Désaccords
La décision de la C64 provoque des remous jusque dans ses propres rangs. Laurent Onyemba, cadre d’Ensemble pour la République, parti de Moïse Katumbi membre de la coalition, a fait part de sa désapprobation. José Makila, du mouvement Sauvons la RDC, a lui aussi dénoncé un recul. «À l’heure de vérité, la C64 recule. Ce choix ne peut qu’alimenter le doute sur sa capacité à incarner une véritable alternative», a-t-il écrit lundi sur X. Même son de cloche chez Félix Momat, ancien vice-ministre FCC du Budget. Dans une déclaration cinglante, il a estimé que «l’Histoire ne tolère plus les demi-mesures». «Il est des heures où l’Histoire exige de ceux qui prétendent l’incarner qu’ils tranchent plutôt que de différer, qu’ils assument plutôt que de temporiser, car nulle cause ne résiste longtemps à la répétition de ses reculs sans se muer, peu à peu, en simulacre d’elle-même. Le courage politique ne se proclame pas à l’avance: il se prouve dans l’épreuve, à l’instant même où le rapport de force devient inéluctable», a-t-il déclaré.
Et de conclure: «à cet instant, que ceux qui hésitent encore cèdent enfin la place à ceux qui, depuis toujours, payent de leur liberté et de leur exil le seul prix qui vaille, la constance».
La charge des Églises
Désormais, la CENCO et l’ECC sont chargées d’organiser un dialogue désormais attendu par tous mais où chacun compte venir avec un agenda particulier.
En 25 jours, les évêques devront accorder des positions inconciliables. Faute d’accord sur le format, la date et les participants avant le 15 août, la C64 promet de ramener ses militants dans la rue. Le compte à rebours a commencé.
YA KAKESA
