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Pourquoi Alingete a été couronné au Maroc

L’ancien super flic financier de l’IGF est un modèle de courage et d’intégrité, qui a montré que la lutte contre la corruption est possible dans un contexte difficile, explique dans une interview exclusive Hassan Fnine, Directeur général de la Gran école de commerce de Marrakech

Au Maroc, un événement a marqué les esprits dans le monde académique et les milieux de lutte contre la corruption en 2025: la consécration de Jules Alingete Key, ancien Inspecteur général des finances chef de service de l’iInspection générale des finances -IGF- de la République Démocratique du Congo, comme Docteur honoris causa par la Grande école de commerce de Marrakech -GEC- et l’Institut polytechnique de Marrakech. Un titre qui récompense un parcours exemplaire, celui d’un homme qui a consacré sa carrière à la lutte contre la corruption et à la promotion de la bonne gouvernance. À la faveur d’une interview accordée à Ouragan et AfricaNews en marge de la dernière Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, le Directeur général de la Grande école de commerce de Marrakech, Hassan Fnine, explique que cette distinction est un hommage à l’engagement de Jules Alingete pour instaurer un système de finances publiques transparent et efficace en République Démocratique du Congo. «C’est un événement important qui montre que nous, en Afrique, nous pouvons nous reconnaître et nous valoriser mutuellement», déclare-t-il. 

Pour Fnine, Alingete est un modèle pour les jeunes générations, car il a montré que la lutte contre la corruption est possible, même dans les contextes les plus difficiles. «Monsieur Jules Alingete a pris des risques, il a affronté des défis, mais il a réussi à laisser une trace positive dans son pays», souligne-t-il.La coopération entre le Maroc et la RDC est également au cœur de l’entretien. Fnine souligne que les deux pays ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre, notamment dans les domaines de l’économie, de l’éducation et de la santé. «Nous avons des choses extraordinaires à faire ensemble, nous devons travailler pour que chacun complète l’autre», affirme-t-il. Enfin, Fnine évoque la possibilité d’implanter une école de commerce à Kinshasa, avec l’expérience et le soutien de la Grande école de commerce de Marrakech, mais qui serait exclusivement gérée par des Congolais. «C’est un projet qui nous tient à cœur, car nous voulons contribuer au développement de l’Afrique et à la formation de jeunes leaders capables de relever les défis du continent», conclut-il. Interview.

Qu’est-ce qui a motivé la Grande École de Commerce (GEC) et l’Institut Polytechnique de Marrakech (IPM) à décerner le titre de Docteur honoris causa à l’ancien inspecteur général des finances de la RDC, Jules Alingete?

En décembre dernier, à Marrakech, nous avons célébré le parcours exemplaire de M. Jules Alingete, figure emblématique de la lutte contre la corruption et artisan d’un système de gestion publique plus transparent en République démocratique du Congo. Cette distinction marque la reconnaissance du travail d’un homme qui a consacré son mandat à instaurer une gouvernance financière rigoureuse, condition essentielle du développement économique et démocratique. Il nous semblait important, entre institutions africaines, d’honorer une telle trajectoire. Ce choix valorise non seulement un acteur public discret mais d’une efficacité rare, mais il traduit aussi notre volonté d’encourager la coopération et le respect mutuel entre nos pays. Les conférences données par M. Alingete à Marrakech ont d’ailleurs inspiré nos étudiants, enseignants et décideurs, ouvrant la voie à de futurs partenariats entre nos deux nations.

En quoi Alingete inspire-t-il les jeunes générations ?

Par son courage et sa détermination dans la lutte contre la corruption, un fléau mondial. Dans un pays jeune comme la RDC, ce combat revêt une importance cruciale, car il favorise la transparence, la rationalisation des dépenses publiques et redonne confiance aux citoyens. Quand l’argent public est bien géré, il devient un levier tangible de croissance et de progrès social. C’est ce message d’intégrité et de responsabilité qui parle à la jeunesse africaine.

Qu’ont retenu les étudiants et chercheurs marocains du modèle Alingete ?

Ils retiennent avant tout le courage d’agir dans un contexte difficile. La RDC, pays riche en ressources et en potentiel, ne peut se développer que par la mise en place de systèmes publics solides et responsables. Le parcours de M. Alingete prouve qu’il est possible d’agir, même contre les résistances, de laisser une trace durable sans chercher le pouvoir. Son humilité et son engagement continu pour son pays en font un modèle inspirant pour nos étudiants.

La lutte contre la corruption est-elle indispensable au développement de l’Afrique?

Indéniablement. Mais elle doit s’accompagner d’autres réformes démocratiques et culturelles. Le travail accompli en RDC ne s’est pas limité à combattre la corruption : il a aussi visé la bonne utilisation des fonds publics. Or, le gaspillage est parfois aussi nocif que le détournement. En instaurant des valeurs d’équité, de citoyenneté et d’éthique, cette lutte devient le fondement d’un véritable développement humain et économique.

Faut-il des «gendarmes des finances publiques» dans chaque pays africain à l’instar de Jules Alingete?

Absolument. Ces acteurs jouent un rôle essentiel: sécuriser, préserver et inspirer la confiance. Ils doivent être protégés et valorisés, car leur engagement les expose à des risques personnels. Nous devons apprendre à honorer durablement ces serviteurs de l’État – dans la fonction publique, la santé, l’éducation ou l’armée – sans pour autant leur conférer un pouvoir permanent.  

Notre hommage à M. Alingete visait aussi à saluer la RDC, un pays proche du nôtre que nous admirons à travers ses étudiants et ses élites remarquables. Le lien humain et académique entre nos deux nations transcende les anciennes barrières coloniales.

Comment améliorer la gouvernance en Afrique?

Je constate de fortes similitudes entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne: la grandeur, l’ouverture et la qualité humaine de leurs peuples. Parmi la quinzaine de nationalités que j’ai eu l’honneur d’accueillir, les étudiants congolais se distinguent par leur rigueur, leur respect et leur sens des valeurs. Ce sont de véritables ambassadeurs de leur pays.

Réservez-vous le titre de Docteur honoris causa uniquement aux Africains?

Aujourd’hui, notre priorité, c’est l’Afrique. Sans exclure le reste du monde, nous voulons valoriser nos modèles et montrer à nos étudiants que l’excellence existe aussi sur notre continent. L’avenir appartient à l’Afrique, berceau de l’humanité et réservoir de talents exceptionnels. Notre ambition n’est pas de dominer mais d’inspirer, en participant à un monde plus équilibré et respectueux.

Quelles sont les perspectives de coopération entre le Maroc et la RDC?

Elles sont immenses: culture, économie, mines, éducation, santé, tourisme… Nos deux pays ont beaucoup à partager. La coopération sud-sud repose sur le respect et la complémentarité. J’encourage mes étudiants africains à contribuer au développement de leur pays ou, à défaut, à demeurer dans cet espace africain en plein essor. De même, la présence de Congolais au Maroc enrichit notre société, tout comme les Marocains peuvent apporter leur expertise au Congo. La diversité est une richesse réciproque.

Quelle est la particularité de la Grande École de Commerce de Marrakech?

Notre école se distingue par son approche centrée sur le développement personnel et les valeurs humaines. Nous formons des gestionnaires compétents, mais aussi des citoyens conscients du rôle social et éthique de l’économie. Le véritable progrès repose sur le respect, la solidarité et la création de valeur partagée. Notre défi désormais est de retenir les talents africains sur le continent, de leur donner envie d’y bâtir leur avenir.

Envisagez-vous d’implanter un campus à Kinshasa?

Oui, mais dans une logique de partenariat équitable. Si la GEC s’installe au Congo, ce sera avec et pour les Congolais. Nous voulons co-construire une institution locale, portée par des professeurs et des acteurs du pays, tout en partageant notre expérience. C’est ainsi que naîtra une Afrique forte, indépendante et solidaire, capable d’offrir à ses jeunes des alternatives crédibles aux modèles occidentaux.

Achille KADIMA/AfricaNews

Jeanric UMANDE/Ouragan

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