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Le moment décisif du quinquennat de Fatshi: Union sacrée, le Président à la recherche d’une nouvelle majorité

Théoriquement, en plus des 52 élus CACH, le Chef de l’Etat a besoin de 199 députés pour espérer prendre le contrôle de l’Assemblée nationale et du gouvernement…

Ça passe ou ça casse. Pour Félix Tshisekedi, c’est une évidence. Le Président de la République a reconnu vendredi 23 octobre 2020 la gravité de la crise que traverse la coalition FCC-CACH au pouvoir avant d’annoncer l’ouverture cette semaine des consultations à l’issue desquelles il prendrait des grandes décisions. En appelant à l’Union sacrée de la Nation, le Chef de l’État a avoué qu’il est à la recherche d’une nouvelle majorité. Comment y parviendrait-il alors que ses alliés du FCC comptent à eux seuls 350 députés à la Chambre basse et n’envisagent nullement l’idée de perdre cet avantage confortable qui leur permet de toujours former et contrôler le gouvernement? S’appuierait-il sur les clans Katumbi, Bemba ainsi que sur le reste de l’Opposition et à quelles conditions? Serait-il tenté, en plus d’aller avec Modeste Bahati, de débaucher des élus FCC? Réussirait-il à passer de 52 députés CACH pour franchir la difficile barre de 251 élus? Prendrait-il la terrible décision de sortir carrément du schéma constitutionnel? Personne n’ose parier sa chemise. Mais quelle que soit l’issue de ce fatidique rendez-vous entre le Chef de l’Etat ainsi que les leaders politiques et sociaux, «Félix Tshisekedi a une occasion unique de sauver son quinquennat ou de le plomber définitivement», a glissé l’ancien député UDPS Serge Mayamba.

Début cette semaine des consultations annoncées par le Président de la République à la faveur de son adresse à la Nation le vendredi 23 octobre dernier. «C’est un moment clé du quinquennat. Un moment décisif», a estimé l’avocat Serge Mayamba, convaincu que la tâche ne sera pas facile au regard de la situation. Comprendre: si les consultations initiées sont synonyme d’un rabattement des cartes comme l’a fait savoir devant une assistance en extase Kitenge Yezu, haut représentant du Chef de l’État, rien n’indique jusque-là que la sortie de CACH de la coalition ferait perdre la majorité au FCC et conduirait à la chute du gouvernement Ilunga. En cas d’échec de cette démarche, le risque est grand de voir le camp Kabila imposer la cohabitation légitiment à Fatshi.

Parce que le Président a dit n’exclure aucun cas de figure, il devrait ferrailler pour créer une nouvelle majorité. Un tel scénario consisterait à bâtir un grand groupe autour de 52 députés CACH et espérer dépasser le seuil de 251 députés! Pour tenter d’y arriver, il faudrait trouver un accord à la fois avec la coalition Lamuka -98 députés-, l’AFDC-A de Modeste Bahati avec ses 18 députés et, ce serait le coup du siècle, débaucher près de 100 élus FCC. Théoriquement, en plus des 52 élus nationaux CACH, le Chef de l’Etat a besoin de 199 députés pour prendre «seul» le contrôle de l’Assemblée nationale et du gouvernement. Or pour ce qui est du débauchage, les lois de la République sont très claires, elles précisent qu’un député qui quitte librement son parti ou son regroupement politique au nom duquel il s’est fait élire, perd carrément son mandat.

Côté Ensemble de Moise Katumbi, les sociétaires se donnent encore le temps de la réflexion avant de se décider sur la suite à réserver à l’offre du Président, a-t-on appris le week-end.

Cependant, plusieurs ténors de la plateforme katumbiste sont favorables à l’appel de Félix Tshisekedi. Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito et Martin Fayulu sont également annoncés partants. Pour sa part, un haut cadre du FCC est d’avis qu’un gouvernement issu du ralliement éventuel des forces de l’Opposition et du recrutement probable d’un groupe de députés FCC affaiblirait davantage le Président de la République. «Je ne vois pas comment un Chef qui n’a pas su gérer deux groupes sans couac se dépasserait avec une dizaine de tendances. Pareille équipe serait plus difficile à gérer que l’actuelle parce que ses membres rappelleraient chaque fois au Président leur incontournable apport quand ils ne menaceraient pas de le lâcher», a-t-il fait comprendre.

Les pourfendeurs des consultations initiées par le Président de la République, tout en émettant le doute quant à leur succès, rappellent l’attitude de Félix Tshisekedi face à tous les accords qu’il a signés et foulés au pied depuis 2018. Ils évoquent ainsi Genève, Nairobi et Kinshasa avec Joseph Kabila avant de se demander s’il existe encore dans le gotha des personnalités susceptibles de croire les promesses d’un tel acteur politique. Mais le besoin d’avoir les coudées franches pour s’imposer comme seul maître à bord, le souci d’efficacité dans la machine gouvernementale et la nécessité absolue d’avoir une meilleure coordination poussent Félix Tshisekedi à prendre tous les risques possibles. Il a fait le choix du quitte ou double.

AKM

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