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La mise en garde de Moise Katumbi…

Moise à Kutumbi, à son retour à Lubumbashi après plus de trois mois d'absence
Moise à Kutumbi, à son retour à Lubumbashi après plus de trois mois d’absence
Le retour de Londres où il a subi une longue thérapie antipoison, face à des grappes humaines venues le voir de visu et l’entendre, le gouverneur du Katanga envoie un signal fort, affirmant, dans un langage imagé, un troisième faux penalty, que le Katanga ne tolérera aucune «connerie»
Moise Katumbi se savait malade, empoisonné depuis 2011. Il devait se faire soigner pendant des longs moments. Avant de partir, il a sollicité et obtenu l’autorisation du Président de la République Joseph Kabila. Mais son séjour à l’étranger, ponctué de suspicions et de folles rumeurs autour d’un prétendu exil, a suscité une grande polémique. Les uns ont évoqué son refus de cautionner la révision constitutionnelle. Les autres sa décision de prendre la course en 2016.
Mardi 23 décembre à son retour à Lubumbashi, Katumbi en a rajouté au suspense quand, prenant la parole après Gabriel Kyungu qui a invité le président de la CENI, l’abbé Apollinaire Malumalu, à faire vite pour organiser les élections, face à des grappes humaines venues le voir de visu et l’entendre, le chairman a, dans un langage imagé, mis en garde contre un troisième faux penalty, donc une nouvelle «connerie». Le débat politique est relancé.
Sincère? Sérieux? Frustré? Découragé? A Lubumbashi, devant ses nombreux partisans et admirateurs, spontanément descendus dans les rues et regroupés en masse à la Place Moise Tshombe, à côté d’un Gabriel Kyungu déterminé à ne pas se laisser enterrer vivant, Moise Katumbi a affiché clairement son ambition d’empêcher ce qu’il a appelé un troisième faux penalty. Une sévère mise en garde. «Un message codé que seuls les initiés peuvent déchiffrer», affirment des analystes indiquant que, «sauf rééquilibrage ou changement brusque de donne, pour 2016, rien n’est encore joué». Ou que seul le gouv’, absent de son Katanga pendant plus de deux mois pour cause d’empoisonnement depuis 2011, devra éclaircir. Tôt ou tard. Peut-être à la faveur d’un face-à-face avec la presse annoncé ce mercredi 24 décembre.
D’habitude, Katumbi, visiblement déchainé, n’aime pas réagir à chaud. Il déteste parler quand il n’est pas sûr de ce qu’il veut dire. Voilà un dirigeant politique qui revendique une communication particulière et un rapport atypique à l’opinion et au grand public.
Mardi, Katumbi a encore fait une grande démonstration de force. A sa descente d’avion, son jet privé, où il est rejoint par Salomon Esta Dela, l’un de ses fidèles lieutenants, c’est d’abord un sourire, adressé aux chasseurs d’images qui se bousculent au pied de l’oiseau. Puis un regard en direction du public qui a envahi le tarmac et s’est déployé dehors et le long du boulevard M’Siri, de l’aéroport de la Loano au rond-point Carrefour, de l’Avenue Lumumba et de la chaussée Mzee Laurent Désiré Kabila à la Place de la Poste, ex-Place Moise Tshombe. Une procession de près de 3 heures. Un monde fou. Un serpent humain renforcé par une impressionnante colonne de véhicules, dans lesquels sont entassés des représentants des partis politiques membres de la Majorité présidentielle et de l’Opposition, des étudiants, des maraichers et des différents mouvements sportifs et associatifs.
 
Plus fort que le Burkina Faso
Tous ont un message particulier: «Que Dieu qui t’a guéri t’accorde longue vie et exauce nos vœux en 2016». Inscription visible et lisible sur un calicot déployé par les étudiants de l’UNILU, faciles à reconnaitre de par le nombre de leurs bus, don du gouverneur Katumbi.
Sans blagues, ça parait comme un état d’esprit ici au Katanga, la province la plus riche de la RD-Congo, l’un des plus gros contributeurs au budget de l’Etat, dont la partie Nord est en proie à la violence et l’insécurité, œuvres des séparatistes Bakata Katanga, d’où partent aussi les grandes crises contre le pays depuis l’indépendance.
Il est dévident que dans l’ex-Shaba, où Patrice Lumumba a laissé sa vie, où Mobutu a eu maille à partir avec les ex-gendarmes Katangais, d’où Jean-Claude Muyambo, rentré un peu plutôt le même jour de Bruxelles, par un régulier de Kenya Airways, gronde contre la révision, le public sait communier avec ses leaders. Prié de prendre la parole à la Place de la Poste, Gabriel Kyungu, poussé à «éventrer le boa» par une foule électrisée, refusant de se laisser enterrer vivant alors qu’il se sent encore capable de relever des défis sur la scène politique, a fait part de la popularité de son duo avec Katumbi avant d’inviter Malumalu à accélérer les choses, organiser les élections à l’issue desquelles le tandem ferait sensation. Salve d’applaudissements dans l’assistance qui communie, lançant «Baba, tobola» -traduisez, Notable, assène, mets le feu!
Une communion que Katumbi a vécue tout au long de son parcours et qu’il a beaucoup appréciée et saluée. Une image qu’il a qualifiée de plus forte que la scène vécue en octobre dernier au Burkina Faso, à l’origine du départ de Blaise Compaoré.
Comme pour réitérer son amour du grand public pour lequel il a dû précipiter son retour prévu en mars 2015, Katumbi a dit mille mercis aux populations de toutes les provinces de la RD-Congo pour leurs prières en sa faveur et demandé une minute de silence en mémoire des victimes du match Lupopo-Sanga Balende, du naufrage de Kalemie, de l’incendie de Kasumbalesa, des massacres de Beni et de l’épidémie d’Ebola à Djera.
AKM

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