
Quarante ans durant, une même filière, un même pays-continent à désenclaver. Dans «40 ans de praxis managériale dans le transport multimodal en RDC et en Afrique. Trajectoire, enjeux, défis et perspectives d’avenir», publié aux éditions Cari, Anatole Kikwa Mwat-Mukambo livre une somme à la fois intime et technique qui comble un vide. Dans une République démocratique du Congo semi-enclavée, vaste comme un continent, la littérature reste rare sur le multimodal. Alors que son vernissage est prévu jeudi à Kinshasa, l’ouvrage est préfacé par le professeur émérite Albert Muluma Munanga G. Tizi, doyen honoraire de la faculté des sciences sociales, administratives et politiques de l’université de Kinshasa. Il y voit «bien plus qu’un récit professionnel», mais «un héritage d’expérience, une leçon de leadership». Il est des parcours, écrit-il le 12 juin 2026, «qui dépassent la simple accumulation d’expériences pour devenir de véritables écoles de vie».
C’est l’ambition de Kikwa: transformer une trajectoire individuelle en mémoire collective d’un secteur névralgique. Avec le souci, dit-il, de «mettre à la disposition de générations futures un outil indispensable qui retrace le parcours d’un homme chevronné et d’un manager accompli». Non pas une autobiographie, mais un document de référence pour décideurs publics, gestionnaires, chercheurs et étudiants.
Le multimodal, instrument de souveraineté
Le cœur de la démonstration tient en une conviction: le transport multimodal n’est pas une simple activité logistique. Dans un pays doté d’immenses ressources naturelles et d’un territoire fragmenté, il constitue «un instrument de souveraineté, de développement et de justice sociale». De lui dépendent l’intégration nationale, la cohésion territoriale et l’ouverture de la République Démocratique du Congo vers le reste du monde. Pour l’auteur, l’exigence est stratégique: assurer la complémentarité entre les voies routières, ferroviaires, fluviales, lacustres, maritimes et aériennes. C’est la condition pour désenclaver les populations et créer des corridors fluides, «passages obligés pour une fluidité continentale remarquable». L’illustration de couverture -avion, camion, train et port à conteneurs- résume cette approche systémique.

Durant quatre décennies, Anatole Kikwa Mwat-Mukambo a été un acteur privilégié de cette dynamique. Son propos est structuré en quatre dimensions: la trajectoire, les enjeux, les défis et les perspectives. Les enjeux renvoient à la place du multimodal dans le développement économique et la compétitivité nationale. Les défis touchent à la gouvernance des entreprises publiques du portefeuille, à l’investissement, à la modernisation technologique et à la formation. Les perspectives ouvrent des pistes concrètes, dont un plan gouvernemental quinquennal qu’il esquisse. Il pose un diagnostic général, mode par mode, à la lumière des grandes théories managériales, et propose des solutions éprouvées sur le terrain.
La leçon humaine du management
Ce qui distingue l’ouvrage, souligne Albert Muluma, c’est que l’auteur «ne dissocie pas la gestion des organisations de la compréhension des réalités humaines». Sa praxis ne s’est pas limitée aux infrastructures. Elle s’est construite autour du leadership, de la gouvernance, de l’éthique et du dialogue social. Son engagement socio-culturel et sportif lui offre une vision holistique fondée sur la mobilisation des talents et la cohésion des équipes. Une certitude demeure après quarante ans: «Les infrastructures les plus modernes ne produisent leurs effets que lorsqu’elles sont portées par des femmes et des hommes compétents, engagés et animés par une vision de progrès collectif».
La trajectoire de Kikwa en atteste. Représentant et chef d’agence de l’Onatra à Brazzaville de 1988 à 1991, auditeur aux voies fluviales, sous-directeur commercial et marketing au port de Matadi pendant onze ans, administrateur délégué général adjoint puis directeur général de l’Ogefrem pendant dix ans -période durant laquelle il a fait construire le siège de Kinshasa et ceux de Lubumbashi, Bukavu, Matadi et Lufu-, vice-président de l’Anep de 2011 à 2017, administrateur et cofondateur de Congo Airways, vice-président puis président de l’Union des conseils des chargeurs africains basée à Douala de 2011 à 2016, administrateur à la RVA.
Licencié en sociologie de l’université de Lubumbashi, formé à Paris en marketing, taxation et guichet unique, lauréat du prix de Crans Montana à Genève en 2014, il a visité la plupart des grands ports mondiaux, de Durban à Anvers, de Hambourg à Los Angeles. Au fil de son parcours, il a côtoyé d’illustres mentors dont l’influence a façonné sa vision. En partageant ses réussites et ses difficultés, il accomplit, selon son préfacier, un acte de transmission utile pour les générations présentes et futures.

