
L’appel à la mobilisation générale lancé par le Président Félix Tshisekedi continue de trouver écho dans la classe politique nationale. Cette semaine, le regroupement politique «Le Centre» a annoncé être désormais en «mode patriotique», notamment via son desk stratégique, déterminé à contribuer au salut de la nation qui fait face à une grave crise sécuritaire dans sa partie orientale. Pour le chef de file de «Le Centre», Germain Kambinga, il ne fait l’ombre d’aucun doute que la RD-Congo «est en guerre contre le Rwanda». «Une bonne partie du Nord-Kivu est dorénavant occupée puisque le chef-lieu, qui est Goma, a été occupé toute la semaine déjà», a-t-il déploré, non sans fustiger la «neutralité active de la communauté internationale».
Aussitôt mis en place, le desk stratégique de «Le Centre» s’est tout de suite mis au travail, pondant dans la foulée son premier bulletin, rempli de propositions. Tout en exigeant le «retrait sans délai et sans condition de l’armée rwandaise et du M23 du territoire RD-congolais», Le Centre a proposé la création d’une «Zone tampon des Nations-Unies, étendue sur au moins 2 km de part et d’autres de la frontière commune des deux pays [Rwanda et RD-Congo, NDLR]». Cette zone neutre devrait, dans l’entendement de Kambinga, être occupé par une Force internationale dotée des «mandats offensifs»: l’Union européenne, l’Union africaine ou l’armée américaine. Ceci, afin d’«empêcher les groupes armés des deux pays d’attaquer et lutter contre le pillage des minerais de la RD-Congo».
Cette proposition des centristes n’est pas une invention locale. Elle s’inspire de la «DMZ» entre les deux Corées ou encore du «couloir de Philadelphie» entre Gaza et l’Egypte en 2005. «Le Centre considère que c’est la seule alternative crédible et respectueuse pour les deux États», a insisté Kambinga, rejetant catégoriquement rejeté toute négociation avec les terroristes du M23 soutenus par le Rwanda. «Un tel processus entrainerait de facto l’arrêt du processus démocratique en RD-Congo», a-t-il prévenu, trouvant ainsi «inadmissible» de jeter en pâture les «énormes sacrifices consentis par le peuple RD-congolais depuis 20 ans pour la construction de leur trajectoire démocratique». «Proposer diplomatiquement au Congo un dialogue, c’est dire que le Congo doit faire 30 ans en arrière. Il doit faire une marche arrière de 30 ans», a-t-il également dénoncé.
Kambinga attend surtout un sursaut des RD-Congolais qu’il a appelés à puiser tout au fond de l’histoire «pour faire face à l’ennemi: le régime criminel de Paul Kagame». Ce courant politique est convaincu que cela passe par l’unité, la solidarité et la cohésion nationale autour des forces de défense et du commandant suprême.
Une victoire militaire, c’est possible!
Alors que la RD-Congo traverse une des «périodes sombres» de son histoire, ce regroupement politique, a également proposé la création d’un desk stratégique autour du chef de l’État, constitué des intelligences militaires du pays, dont les anciens généraux et tous ceux qui ont une expertise. «L’expertise, c’est savoir quoi faire. Mais l’expérience, c’est savoir ce qu’il ne faut plus faire. Et on a besoin de l’expertise et de l’expérience. Les militaires, même à la retraite, sont assermentés. On peut faire plus confiance aux militaires qu’aux politiciens en règle générale», a justifié Kambinga.
Pour se donner les moyens de sa politique, l’armée RD-congolaise devrait également être dotée des moyens. A ce sujet, «Le Centre» a réitéré son appel à la réduction du train de vie des institutions, tout en relevant que l’armée a déjà des moyens acceptables pour défendre la patrie. «Je n’ai pas la conviction, ‘Le Centre’ n’a pas la conviction, qu’à l’heure actuelle, le problème principal de l’armée soit un problème de moyens», a-t-il affirmé, expliquant que le budget alloué actuellement à la Défense, deux milliards de dollars, est un record dans l’histoire du pays. «Donc le problème, c’est que fait-on de cet argent? Cet argent est utilisé comment? La volonté du président de la République, nous le constatons, a été jusque-là mise à l’épreuve. Donc, au-delà de la question des moyens, il y a une question du fonctionnement stratégique de nos mécanismes de défense et de sécurité», a nuancé l’ancien député national, proposant dans la foulée la convocation des états généraux de la sécurité nationale.
Ces assises devraient baliser le chemin à une armée plus forte et plus dissuasive car, a-t-il assuré, la meilleure option pour finir avec cette crise et qui rencontre l’orgueil national est de faire la guerre. «Elle [la guerre, NDLR] nous est imposée, nous devons l’affronter avec dignité et la gagner», s’est promis Kambinga.
Tout en optant pour la guerre, le député honoraire de Lukunga ne veut pas pour autant tourner la page du front diplomatique, levier qui pourrait entrainer «des punitions pour le Rwanda».
Rwanda, comptoir de blanchiment des minerais du sang
Sur ce terrain, Kambinga préconise cependant la prudence, rappelant l’éternité et le bilan affreux de cette crise: 30 ans et 6 millions de morts. «Nous savons très bien que les grandes entreprises multinationales ont décidé de faire du Rwanda un comptoir de blanchiment des minerais de sang. Ces entreprises multinationales ont des standards et des règles dans les pays où elles sont immatriculées qui les empêchent de venir directement au Congo et ont pris le Rwanda comme un raccourci commercial», a invectivé Kambinga pour qui cette politique d’autruche «conditionne aujourd’hui l’indépendance énergétique de l’Europe».
En d’autres termes, le président du Centre a qualifié le Rwanda de «raccourci commercial» dans le combat écologique, la transition écologique, la robotique, la transhumanité et les nouvelles technologies, deux sujets du monde de demain. D’un revers de la main, il a également balayé l’argument du Rwanda pour envahir la RD-Congo. Si Kigali affirme se battre pour poursuivre les FDLR, rejetant ainsi les accusation du pillage des minerais RD-congolais, Kambinga est convaincu que ce narratif ne vaut pas un péso. «Le problème qui se passe au Congo est un problème qui va bouleverser les consciences humaines si on n’arrête pas le massacre en perspective. Ce n’est pas un problème RD-congolais. Ce n’est pas simplement un problème entre deux pays. C’est un problème qui concerne toute la sous-région. Cette escalade, lorsqu’elle va atteindre son point culminant, c’est toute la conscience universelle qui va être interpellée», a-t-il prévenu.
Aussi pour ôter au Rwanda tout alibi, Kambinga a préconisé la résolution définitive de la question des tutsis RD-congolais à travers un dialogue inclusif de toutes les communautés du grand Kivu, ainsi que des actions de sensibilisation contre toute stigmatisation, et répression des discours et actes de discrimination.
Natine K.