
Le président de la République avait juré devant Dieu et devant son peuple. Le 24 décembre 2024, à Kananga, Félix Tshisekedi levait la main au ciel: « Je ne terminerai jamais mon mandat sans que la route Kalamba-Mbuji soit achevée. Lapidez-moi si elle n’est pas finie ». Dix-huit mois plus tard, la promesse vacille. Sur le chantier, les engins se sont tus. L’asphalte n’avance plus. En cause: des tonnes de bitume, prisonnières au port de Matadi depuis six mois, bloquées par la douane. Un paradoxe cruel pour un chantier « exonéré » et « présidentiel ». Mardi, le patron de l’Agence congolaise des grands travaux – ACGT -, Nico Nzau Nzau, a brisé le silence. Face au ministre des Infrastructures John Banza Lunda, en visite pour la troisième fois, il a lâché: « Les travaux sont à l’arrêt ». Et réclamé un « couloir d’urgence » pour sauver le calendrier. 20 kilomètres bitumés et 20 kilomètres en mono-couche sur 230. La saison sèche file. Et à Kinshasa, le silence devient assourdissant. Car ici, ce n’est plus une route qui se joue. C’est la parole d’un président.
Les travaux d’asphaltage de la route Kananga-Kalamba-Mbuji, projet phare du président Félix Tshisekedi dans le Kasaï-Central, sont à l’arrêt faute de bitume bloqué depuis six mois au port de Matadi, a indiqué mardi le directeur général de l’Agence congolaise des grands travaux – ACGT. «Aujourd’hui, vous avez vu sur la route que nous avons arrêté les travaux d’asphaltage. Alors que c’est pendant la saison sèche que nous devons faire le maximum», a déclaré Nico Nzau Nzau lors d’une visite d’inspection du ministre des ITP, John Banza Lunda, sur le chantier.
Le patron des Infrastructures s’y rend pour la troisième fois depuis son arrivée aux affaires. Sa récente visite s’inscrit dans le cadre de la caravane infrastructurelle qui l’amène jusqu’à Lubumbashi, soit 2 700 km d’inspection, de contrôle sur pièce et de leçons. «Les bitumes sont bloqués au port de Matadi depuis six mois. Ils sont bloqués à cause du dédouanement, alors que c’est un projet qui est exonéré», a-t-il ajouté, sollicitant auprès du ministre la création d’un «couloir» pour que «tous les matériaux et matériels du programme sino-congolais soient traités en urgence». Selon certaines indiscrétions, des caprices administratifs au niveau de la douane et de la cellule fiscale du ministère des Finances sont à l’origine de ces perturbations.

Le 24 décembre 2024 à Kananga, Félix Tshisekedi avait promis l’achèvement de cette route de 230 km reliant la République Démocratique du Congo à l’Angola avant la fin de son mandat. «Je ne terminerai jamais mon mandat sans que les travaux de construction de la Kalamba-Mbuji soient achevés», avait-il affirmé, demandant d’être «lapidé» si cette promesse n’était pas tenue. L’ACGT, qui avait garanti que les délais étaient «techniquement possibles», maintient son objectif: 100 km en 2026 et la fin des travaux en 2027. «C’est un objectif qui est en train presque d’être atteint», a assuré Nzau Nzau. «Notre but (…) c’est de terminer les travaux en 2027. Mais en 2026, c’est faire la moitié».
À ce jour, 20 km ont été bitumés et 20 km couverts en mono-couches, selon l’ACGT. Le projet, qualifié de «pilote» et de «projet école» par Nzau Nzau, doit servir de référence pour «toutes les entreprises chinoises qui font l’asphalte». «Le président de la République a été sur ce chantier deux fois déjà et le ministre des Travaux Publics, c’est la troisième fois qu’il vient le visiter. Cela démontre que ce projet est très important», a-t-il souligné. La route Kananga-Kalamba-Mbuji doit connecter le Grand Kasaï à l’Angola et à la Route nationale n°1, de Moanda au Kongo-Central à Kasumbalesa dans le Haut-Katanga. Le ministère des Finances et la douane n’avaient pas encore réagi officiellement mardi aux déclarations du DG de l’ACGT.


