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Jean‑Marc Kabund en tournée de la conciliation: répétition générale ou mise en ordre des forces d’opposition?

Sur son compte X, la même ritournelle: «Le Congo était au centre de nos échanges». En l’espace de onze jours, Jean‑Marc Kabund a multiplié les visites aux ténors de l’opposition -Delly Sesanga et Jean‑Claude Kibala le 12 mars, Bolengetenge pour le compte de Moïse Katumbi le 18 et Martin Fayulu le 23-, publiant à chaque fois un compte‑rendu presque identique. Un geste qui dit tout autant sur la forme que sur le fond: il s’agit moins d’accidents de communication que d’un message voulu, calibré et envoyé en ordre de marche.

Sur place, atmosphère studieuse plutôt que festive. À Faden House, le siège de Martin Fayulu, Kabund a été reçu dans un salon feutré, entouré de cadres. «J’ai été reçu à Faden House par Martin Fayulu, président national du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement -ECiDé- […] Le Congo était au centre de nos échanges», a écrit l’opposant le 23 mars. Plus tôt, au siège du parti d’«Ensemble pour la République» de Moïse Katumbi, la réception fut conduite par l’Honorable Bolenge Tenge; et le 12 mars, Delly Sesanga et Jean‑Claude Kibala ont à leur tour accueilli l’ancien 1er vice-président UDPS de l’Assemblée nationale pour des entretiens jugés «centrés sur la situation de la RDC».

Le format -rencontres, relais immédiat sur les réseaux sociaux, formule identique- ressemble à une chorégraphie politique: afficher l’unité, normaliser le dialogue et préparer l’opinion à une suite. «C’est une manière de sceller des convergences et annoncer un éventuel pacte public», observe un diplomate occidental en poste à Kinshasa.  En répétant le même message, on normalise l’idée d’une consultation généralisée autour d’un agenda commun. Plusieurs interprétations sont possibles. La première est tactique: Kabund, figure de l’opposition, multiplie les rencontres pour tester les disponibilités et appuis, cerner les lignes rouges de chacun, et montrer qu’il incarne un relais possible entre figures historiques et nouveaux acteurs. La seconde est stratégique: à quelques mois d’échéances nationales toujours incertaines, rassembler des forces hétérogènes peut servir à construire une plateforme électorale ou à négocier une posture commune face au pouvoir. Pour autant, les divergences idéologiques et les ambitions personnelles restent palpables. Entre l’électorat populaire de certains leaders et le relais international d’autres, les intérêts divergent. «Les réunions ne suffiront pas à gommer les rivalités locales et les calculs personnels», prévient un observateur politique. «Il faudra des concessions, des contreparties, et surtout une feuille de route claire». La méthode choisie -triomphe du récit en un tweet- témoigne aussi d’un changement d’époque: la scène politique congolaise est désormais aussi façonnée par l’agenda numérique que par les salons feutrés. En délivrant des comptes‑rendus standardisés, Kabund maîtrise le tempo médiatique et impose une lecture unique des rencontres: le patriotisme comme dénominateur commun. Mais ce cadrage laisse des zones d’ombre: quid des détails concrets abordés? Quelles mesures partagées? Quels calendriers? Sur le terrain, quelques cadres et militants accueillent favorablement ces conciliabules. «Il faut que les têtes pensent ensemble», dit un militant rencontré dans un café de Kinshasa, qui voit dans ces rencontres l’espoir d’une opposition enfin lisible. D’autres, plus sceptiques, redoutent une «mise en scène» destinée à masquer l’absence d’accords tangibles.

Qu’il s’agisse d’une étape vers une coalition structurée ou d’une opération de communication visant à restaurer la visibilité d’une opposition émiettée, une chose reste certaine : Kabund a enclenché un mouvement. Reste à voir s’il parviendra à transformer ces rendez‑vous en instruments politiques concrets -accords programmiques, calendrier commun, ou candidature collective ou si la répétition des messages n’aura été qu’un appel d’air médiatique.

«Les paroles sont lancées, les caméras ont vu, maintenant viennent les actes», conclut un autre ana. Dans les semaines qui suivent, les observateurs guetteront les suites: déclarations communes, feuille de route ou simple silence. Le Congo, répète Kabund, est au centre des échanges. Les citoyens attendent désormais que ce centre se traduise en propositions tangibles.

Tino MABADA

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