
Ils ne demandent plus. Ils somment. Dans une déclaration au vitriol datée du 8 octobre 2026, le Collectif des entreprises et prestataires des IXes Jeux de la Francophonie de Kinshasa fixe ce qui ressemble à un dernier préavis à l’État congolais: 24 heures pour payer, après ce sera les tribunaux. L’ardoise est connue: 38 072 112,07 dollars américains toujours impayés, trois ans après l’événement. Des factures d’infrastructures, de voiries, de stades et de prestations pour le Comité national d’organisation que des dizaines d’entreprises congolaises ont préfinancées.Mais cette fois, le ton a changé. Fini le temps de la discrétion institutionnelle.
«Nous maintenons notre demande de paiement intégral au plus tard le vendredi 9 octobre 2026, avec des fonds effectivement disponibles sur les comptes des bénéficiaires. Tout versement partiel constituera un acompte, sans abandon du solde», écrivent-ils. Et la menace est explicite, en gras dans le texte: «À défaut de règlement intégral, nous poursuivrons avec nos conseils les recours légaux appropriés, en préservant nos demandes relatives aux intérêts dus et à la réparation des préjudices documentés».En clair: si l’argent n’est pas sur les comptes ce vendredi, assignation en justice contre l’État, avec en prime des demandes de dommages-intérêts pour trois années de préjudices financiers.
Le gouvernement pris à son propre piège
Car l’ironie est totale. L’État avait annoncé avoir débloqué la situation. Un paiement partiel de 20 millions de dollars a été officialisé par le biais d’une banque commerciale. Communiqué, assurances données aux créanciers, espoir relancé. Sauf que l’argent n’est jamais arrivé. Le collectif pointe l’ultime blocage, évoquant l’attente d’une dernière signature «depuis une dizaine de jours». Une signature. Dix jours.
Pour 20 millions qui devaient soulager des entreprises au bord de l’asphyxie. «Les assurances reçues doivent désormais se traduire par des paiements effectifs», lâchent-ils, excédés. Derrière ces tergiversations administratives, ils rappellent la réalité humaine: «Derrière chaque facture se trouvent des engagements, des emplois et des foyers qui attendent un soulagement». Des fournisseurs non payés, des crédits bancaires qui courent, des travailleurs licenciés.
L’appel désespéré à Tshisekedi
Face à ce qu’ils perçoivent comme une inertie de l’administration, les créanciers ont décidé de sauter un échelon. Ils ont déposé de nouveaux courriers directement à la Présidence de la République et à la Primature. Avec cet appel solennel, presque une supplique, adressée au Chef de l’État: «Excellence Monsieur le Président de la République, c’est désormais sur votre décision et votre haute intervention que repose notre espoir de préserver l’avenir de nos entreprises, de leurs travailleurs et des familles affectées par ces impayés».
Le timing est terrible pour Kinshasa. Alors que la République Démocratique du Congo défend la candidature de sa cheffe de la diplomatie au poste de Secrétaire générale de l’OIF en vantant le succès de Kinshasa 2023, ses propres entreprises menacent de faire condamner l’État pour l’organisation de ces mêmes Jeux. Si le tribunal est saisi, les débats rendront publics les marchés, les avenants et les surcoûts d’un événement déjà très critiqué pour son opacité. Les dernières 24 heures s’épuisent ce vendredi.
Natine K.





