
Ça devrait être ainsi: une session spéciale du Conseil de sécurité de l’ONU arrachée par Kinshasa, un dimanche, avec des conséquences financières pour l’Organisation. Un succès diplomatique constaté dans la salle où presque toutes les capitales du monde ainsi que le Secrétaire général Antonio Guterres -pour la première fois- ont, à l’unisson, condamné les actions du Rwanda sur le territoire de la RD-Congo alors que la Russie a parlé sans ambages, disant que la guerre d’agression dont est victime l’ex-Zaïre l’est à cause de ses richesses naturelles.
Alors que Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, a avoué l’appui actif du Rwanda au M23, affirmant que «le M23 et l’armée rwandaise ont pénétré le site de Munigi ainsi que les abords de la ville de Goma, les routes sont bloquées et l’aéroport ne peut être utilisé».
Kinshasa a entrepris de pousser. Pas de place pour un quelconque discours ambigu et hypocrite. Paris a donné le ton, déclarant que le M23 reçoit le soutien direct des forces rwandaises. Washington s’est engagé à utiliser «tous les moyens pour que les responsables du conflit, de l’instabilité et de l’insécurité en RD-Congo rendent des comptes». «Les combats doivent cesser», a plaidé Londres quand Pékin a insisté sur la protection des civils «peu importe les objectifs et les revendications du M23».
Le Canada a appelé à la cessation immédiate de tout soutien apporté aux groupes armés, y compris aux troupes étrangères en territoire RD-congolais, ainsi que du soutien continu apporté au M23. Il a dit «que le respect de l’intégrité territoriale de la RD-Congo est un impératif pour la stabilité régionale», exhortant «toutes les parties à mettre fin immédiatement aux hostilités, à se retirer des zones occupées et à se consacrer pleinement à la résolution pacifique du conflit par l’intermédiaire du processus de Luanda».
Une position partagée et soutenue par l’Angola dont le Président espère ramener Félix Tshisekedi et Paul Kagame à la table des négociations.
Discours de fermeté
Si la salle dans sa quasi-unanimité, excepté le fameux A3, le trio qui représente l’Afrique au Conseil de sécurité -Algérie, Somalie et Sierra Léone-, a cité et condamné le M23 et le Rwanda avant de recommander un dialogue, une solution politique, la ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Thérèse Kayikwamba Wagner, a réitéré la position de Kinshasa, faisant clairement savoir que des pourparlers directs avec le binôme AFC/M23 sont exclus.
Ça a été une Kayikwamba Wagner de saison, très offensive, intransigeante, ferme dans ses interventions, remontée contre la passivité du Conseil de sécurité. Elle a adressé aux décideurs du monde une requête réclamant la fin immédiate des hostilités par le Rwanda, le retrait de ses troupes du territoire de la RD-Congo et de rares sanctions contre Kigali.
«Monsieur le Président, distingués membres du Conseil, malgré les alertes répétées du gouvernement RD-congolais depuis trois ans, ce Conseil est resté passif. Ce Conseil ne peut se contenter de déclarations, de préoccupations ou de rester simplement saisi de la question. Son mandat, son devoir est de protéger la paix et la sécurité internationale, de défendre la vie humaine sans distinction d’origine, de race, de religion ou de genre. Ce Conseil est le garant de l’espoir et de la foi en des jours meilleurs, des jours de paix, de développement et de prospérité. C’est pourquoi nous appelons ce Conseil à agir de manière décisive et immédiate, conformément aux preuves accablantes fournies par le dernier rapport du groupe d’experts», a tapé la cheffe de la diplomatie de la RD-Congo, citant les 5 actions concrètes que Kinshasa exige à l’ONU.
Primo: le Conseil de sécurité doit ordonner immédiatement la fin des hostilités par le Rwanda et exiger le retrait immédiat des troupes rwandaises présentes sur le territoire RD-congolais.
Secundo: le Conseil de sécurité doit imposer des sanctions ciblées, incluant le gel des avoirs et l’interdiction de voyager, non seulement contre les membres identifiés de la chaîne de commandement des forces armées rwandaises, mais aussi contre les décideurs politiques responsables de cette agression.
Tertio: le Conseil de sécurité doit imposer un embargo total sur les exportations de tous les minéraux étiquetés comme rwandais, en particulier le coltan et l’or, afin de mettre fin à l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RD-Congo.
Quarto: le Conseil de sécurité doit révoquer immédiatement le statut du Rwanda en tant que contributeur de troupes aux missions de paix des Nations unies. Il est inconcevable que ce même pays, qui contribue aux missions de la paix des Nations unies, est celui qui participe maintenant, activement, directement aux attaques contre des soldats de la paix.
Quinto: le Conseil de sécurité, finalement, doit instaurer un régime de notification systématique pour toute vente et transfert d’armes au Rwanda par les États membres ou des entités privées. Cela garantira que ces armes ne soient pas utilisées pour équiper des groupes armés sous embargo, tels que le M23.
Les membres de la Session spéciale présidée par Amar Bendjama, le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, se sont retirés pour les délibérations. Kinshasa retient son souffle tout en comptant sur des effets palpables et une punition après cette énorme pression sur le Rwanda. Kigali est dans l’expectative malgré sa rhétorique habituelle et injustifiée axée sur la manipulation et la victimisation, accusant via son représentant auprès des Nations unies la RD-Congo d’avoir «refusé pendant 9 heures l’inclusion de tout engagement de dialogue avec le M23 malgré un accord initial convenu dans le cadre du processus de Nairobi», quand Kinshasa veut comprendre pourquoi Kagame a toujours rejeté le principe d’une discussion directe avec les FDLR. Suspense.
