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Gestion du projet grand Inga : l’aveu d’incompétence du ministre Matadi Nenga

La révélation inquiète la chambre haute du Parlement, où le ministre de l’Energie et des Ressources hydrauliques, invité à répondre vendredi dernier à la question orale du sénateur Raphaël Siluvangi, s’est dit mal placé. En réaction, Jacques Djoli a proposé le retrait de l’ordonnance créant l’Agence pour la promotion, le développement et la mise en œuvre du projet Grand Inga placée sous le pilotage du cabinet du Président de la République
Contraint de répondre à la question orale du sénateur Raphaël Siluvangi dédiée aux modalités de mise en œuvre du traité de développement du projet Grand Inga, voilà qui est insupportable pour le ministre de l’Energie. Devant les pupitres de la chambre haute du Parlement vendredi 13 mai, Jeannot Matadi Nenga a avoué son incompétence et son impuissance face à ce dossier, indiquant qu’il n’était pas mieux placé de se prononcer sur cette question d’autant plus que la gestion du projet Grand Inga échappait à son contrôle.
La faute, à en croire le sénateur MLC Jacques Djoli, à l’ordonnance inconstitutionnelle créant le grand Inga et qui donne le statut de ministre à un agent et le met sous la tutelle du directeur de cabinet du Président de la République. «C’est un texte non contresigné ni par le Premier ministre, ni par le ministre responsable des Hydrocarbures. Il y a eu violation intentionnelle de la Constitution», a tapé le sénateur Djoli, cité par Radio Okapi, se demandant ce que «le ministre fait face à une ordonnance inconstitutionnelle».
Mais la déclaration du ministre de l’Energie fait jaser. De l’avis de certains sénateurs abordés dans les couloirs du Palais du peuple, «elle risque d’avoir un retentissement particulier compte tenu de la tribune, le Sénat; du projet, Grand Inga, un Traité débattu et négocié entre deux parlements, celui de la République sud-africaine et de la République Démocratique du Congo ainsi que de la qualité des partenaires, l’Afrique du Sud et la Banque mondiale». Y aurait-il des désaccords autant sur les méthodes que sur la conception de l’action gouvernementale, notamment au sujet du projet Grand Inga? Si oui, pourquoi le ministre a-t-il choisi le Sénat pour le dire tout haut, devant le Parlement, face aux caméras et micros? N’a-t-il jamais appris qu’un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne? Difficile de répondre à sa place mais facile de rappeler les faits et les replacer dans le contexte actuel.
En effet, le Chef de l’Etat a promulgué mardi 13 octobre 2015 l’ordonnance portant création de l’Agence pour la promotion, le développement et la mise en œuvre du projet Grand Inga, entre la RD-Congo et la République Sud-Africaine. Ce service spécialisé de la présidence de la République dirigé par le chargé de mission du Chef de l’Etat ayant rang de ministre Bruno Kapanji Kalala, ministre des Ressources hydrauliques et Electricité remanié le 7 décembre 2014, secondé par deux coordonnateurs, l’un chargé des questions administratives et financières, l’autre des questions techniques. Ancien de la Présidence de la République sous Mobutu, Kapanji était très engagé dans le projet Grand Inga aux côtés des autorités sud-africaines.
Voici que, de l’aveu de Matadi Nenga, la gestion de cet important projet échappe aux compétences du ministre en charge de l’Energie et des Ressources hydrauliques qu’il est. Face à cette réalité, le sénateur Jacques Djoli suggère le retrait par l’Exécutif de l’ordonnance créant l’Agence pour le développement du Grand Inga. «Il faudra que le Sénat fasse une recommandation à l’Exécutif pour retirer ce texte et remettre les compétences au ministre», a-t-il proposé.
En 2014, le Sénat a adopté sous réserve, le Grand Inga, un ouvrage sur le fleuve Congo qui pourrait donner 40% d’électricité en Afrique, conçu comme un projet énergétique intégrateur dont l’objectif est d’améliorer non seulement la desserte en électricité mais aussi de vendre l’électricité à certains pays qui en ont besoin. D’une puissance de près de 40.000 mégawatts -MW-, il sera d’une taille presque deux fois supérieure au barrage des Trois Gorges situé sur le fleuve Yangtsé en République populaire de Chine, le plus grand ouvrage hydroélectrique actuellement en service dans le monde. Au cours des Assemblées annuelles tenues à Lima au Pérou en 2015, la Banque mondiale avait annoncé sa contribution d’USD 1 milliard pour son soutien au Grand Inga. La Chine avait aussi manifesté la volonté de s’impliquer pour la réussite de ce projet.
Selon le traité préparé, négocié et adopté par les parlements sudaf et RD-congolais, l’Afrique du Sud recevrait 2500 MW de ce projet, le reste devant desservir en priorité le Katanga, où l’industrie minière a un besoin urgent de 1000 MW et dont la demande pourrait atteindre, selon Le Soft International daté du 13 juillet 2015, 2300 MW d’ici à 2020.
KISUNGU KAS
 

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