
C’est un miracle! Pas que! C’est aussi un chamboulement! Filiale à 100% de la Gécamines, la Société du Terril de Lubumbashi -STL- va, pour la toute première fois de l’histoire de la République démocratique du Congo, exporter cette semaine, un chargement de concentré de germanium transformé localement à partir des scories présents dans le Terril de Lubumbashi…
L’annonce est faite par le ministère des Mines. Via la Gécamines et la STL, la République démocratique du Congo tient sa première production locale du germanium, un métal stratégique pour les technologies spatiales, aéronautiques et optiques. L’évènement s’est produit le 14 octobre 2024. Le premier lot sera expédié à Umicore, une société manufacturière mondiale basée en Belgique, pour un traitement ultérieur et une utilisation dans des applications de haute technologie. Inédit.
«Ce succès a été rendu possible grâce à l’expertise en transformation et l’appui fourni par la société Umicore, avec laquelle STL et Gécamines ont signé un partenariat technologique et commercial le 8 mai 2024. Ce partenariat est destiné à accompagner la montée en puissance du germanium recyclé de l’usine hydrométallurgique de STL à Lubumbashi et à garantir l’achat de sa production par Umicore», a indiqué le ministère des Mines le 20 octobre sur son compte X.
C’est depuis juin que les experts d’Umicore sont présents à Lubumbashi, capitale de la province cuprifère du Haut-Katanga. Durant ces quatre derniers mois, ces spécialistes ont assisté les personnels de STL afin d’assurer la mise en production du circuit de traitement du germanium produit par cette usine unique en Afrique.
Le germanium de STL entrait jadis sur le marché par l’intermédiaire de raffineurs tiers en dehors de la République démocratique du Congo. Il est et sera dorénavant traité par la nouvelle usine hydrométallurgique de STL. La coopération fructueuse entre la STL et Umicore a donc trouvé son premier aboutissement avec l’exportation d’un premier lot, qui sera suivi prochainement par d’autres, de concentré de germanium à destination des installations industrielles de Umicore en Belgique.
«L’objectif pour le court terme est d’augmenter la concentration et la qualité du germanium de la production exportée ainsi que la quantité totale produite pour assurer des revenus supplémentaires à STL. A moyen terme STL évaluera la possibilité de développer une usine de production de dioxyde de germanium sur le site de STL», a assuré la Gécamines sur son site, ajoutant que ce résultat constitue donc une étape supplémentaire de la volonté de Gécamines de créer à Lubumbashi un pôle RD-congolais de transformation de métaux stratégiques.
Une révolution illustrée en chiffres!
A la Gécamines, ce coup de génie «incarne la volonté de construire en République démocratique du Congo une industrie minière à haute valeur ajoutée réellement créatrice d’emplois et de richesses pour la nation RD-congolaise». Il est le résultat palpable du choix de la STL «d’intégrer la chaine de valeur du raffinage des métaux critiques». C’est entièrement sur place dans la ville de Lubumbashi, avec sa filiale STL, que la Gécamines a pu produire pour 70 millions de dollars ce premier lot de germanium destiné à être expédié en Belgique.
Le journaliste Alain Foka a pris plaisir à saluer le fait que la Gécamines n’a pas recouru à un prêt pour réaliser cet exploit. Elle a apporté 35 millions de dollars en fonds propres et quelques banques locales ont payé le reste. Cette production locale fait multiplier le prix du minerai par 5.
«Une véritable révolution», a commenté le journaliste Alain Foka, témoin du chargement de la première cargaison, avant de préciser: «toute la production mondiale du germanium qu’on retrouve dans trois pays dans le monde, notamment la Russie, la Chine et la Mongolie est de 180 tonnes. Seule, la République démocratique du Congo va compter pour 30 tonnes. C’est une manne considérable quand on sait qu’une tonne de germanium sur le marché coûte 2,2 millions de dollars pour l’instant». Voilà qui vient tout chambouler.
La Gécamines chamboule tout. Personne ne l’a vue venir. Foka est d’avis que ce marché risque encore de grimper en raison de la guerre industrielle entre les États-Unis et la Chine car, Pékin a décidé de ne plus vendre son germanium aux États-Unis en réponse aux sanctions imposées par Washington aux entreprises de la technologie chinoise. Il est convaincu que Kinshasa fait encore l’objet d’une cour assidue des grandes puissances. En octobre 2022, les Etats-Unis ont porté un coup puissant aux ambitions chinoises de rattrapage technologique.
Le département du commerce américain avait dévoilé une nouvelle salve de sanctions contre le secteur en Chine. Washington visait auparavant des entreprises individuelles, placées sur liste noire pour avoir violé des lois américaines, comme Huawei, ou pour leur implication dans des violations des droits humains ou pour leur collaboration avec le complexe militaro-industriel chinois. Cette fois-là, les Etats-Unis ont entrepris d’encadrer l’exportation de certains produits et logiciels américains à toute entité chinoise, les obligeant à obtenir une licence, avec une présomption de refus.
Foka a dit entrevoir dans cette guerre des géants une belle opportunité pour la République démocratique du Congo de continuer à faire l’objet d’une cour assidue des grandes puissances. Si Kinshasa fait une bonne lecture des enjeux, Foka aura vu juste. Pour lancer des fusées et satellites dans le monde, les grandes puissances ont besoin du germanium. Avec ses ressources stratégiques, la République démocratique du Congo tient sa place de centre névralgique où devrait être centré l’avenir technologique de la planète.
«Elle confirme son statut de pays solution. Elle l’est davantage avec ce germanium qui arrive sur le marché un peu plus transformé sur place par les RD-Congolais eux-mêmes à travers la Gécamines», a encore tapé Foka.
«Ce premier chargement de Germanium confirme l’ambition qui est la nôtre depuis plusieurs années de vouloir faire de la République démocratique du Congo ce hub mondial des métaux stratégiques, tant pour leur extraction, ce que nous sommes déjà en partie, que pour leur transformation locale dans le futur. Avec la production de Germanium à STL, nous devenons un acteur important de la production mondiale de ce métal stratégique ce qui donne à la RD-Congo une position géostratégique majeure dans ses relations avec ses partenaires», a déclaré, pour sa part, le PCA de Gécamines/STL Guy Robert Lukama.
Puis: «Au-delà du germanium, nous veillerons à ce que STL puisse s’engager dans la production de gallium, de cobalt, de zinc présents dans le Terril de Lubumbashi, mais aussi dans le futur dans le lithium, l’étain, le cadmium ou le coltan sur lesquels Gécamines va se repositionner en tant que bras industriel minier de l’Etat pour lutter contre l’exploitation industrielle illégale en RD-Congo et incarner la vision minière du Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo».
Directeur général de STL, Grant Dempsey, a eu ces mots pour saluer cet événement: «Le partenariat avec Umicore est très bénéfique à STL, mais je le pense aussi à Umicore qui, de son côté, découvre d’autres manières de travailler dans un environnement très différent. Grâce à leur appui sur site, mais également à leurs ressources humaines et industrielles en Belgique, nos agents progressent rapidement dans l’appropriation des différentes techniques liées à la production de Germanium. Il faut comprendre que leur savoir-faire en technologie des métaux est quasi unique au monde sur un métal qui est très spécifique et ce partenariat nous permet de gagner un temps précieux. Nous sommes particulièrement satisfaits de cette collaboration et nous nous réjouissons des prochaines étapes de ce projet».