
C’est une mise en demeure qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Accusée de «pillage de masse» sur le site de Metalkol, dans la province du Lualaba, la société Chengtun Congo Resources -CCR- somme Africa Intelligence de publier son droit de réponse sous 48 heures. L’avertissement est formel. Dans une lettre datée du 21 octobre et adressée à INDIGO PUBLICATIONS, éditeur d’Africa Intelligence au 10, rue de la Fontaine-au-Roi à Paris, Me Guy Mafuta Kabongo, avocat et mandataire en Mines et Carrières, écrit noir sur blanc: «Ainsi, nous vous mettons formellement en demeure pour le compte de notre cliente de bien vouloir, dans un délai de 48 heures à compter de la réception de la présente de publier intégralement le droit de réponse vous transmis par elle sous la même forme et format». Et l’avocat d’ajouter, en guise d’avertissement final: «À défaut de satisfaire à cette mise en demeure dans le délai imparti, nous nous réservons le droit de saisir les juridictions compétentes afin d’engager des poursuites judiciaires, notamment pour diffamation, et de réclamer la réparation intégrale de tous les préjudices subis».
Filiale du groupe chinois Chengtun Mining Group Co., Ltd., coté en bourse, CCR réagissait à la publication le 13 octobre d’un article intitulé «Face au pillage de masse, Félix Tshisekedi dépêche une mission sur le site d’ERG à Metalkol». Un article qui mettait directement en cause l’entreprise et son CEO Afrique, Wu Yicong, présenté comme la cible d’une mission du Conseil national de sécurité -CNS.
Lors d’une conférence de presse organisée jeudi 22 octobre à Kinshasa, Me Mafuta Kabongo a dénoncé un article contenant des «informations inexactes, erronées et dépourvues de preuves», constituant selon lui un «tissu de mensonges» portant gravement atteinte à l’honneur et à la réputation de sa cliente et de ses dirigeants.
Au cœur du contentieux, une faute déontologique majeure. CCR reproche à Africa Intelligence de ne l’avoir jamais contactée avant publication pour recueillir sa version des faits, en violation des règles élémentaires de la presse. Point par point, la société démonte l’argumentaire du média. Sur la forme d’abord: Wu Yicong n’occuperait pas la fonction de directeur général de CCR, mais celle de CEO Afrique du groupe Chengtun. L’entreprise dispose de son propre comité de gestion et affirme que son dirigeant ne se trouvait même pas en République Démocratique du Congo au moment de l’opération évoquée. Elle demande au média de produire tout ordre de mission ou notification officielle du CNS qui étayerait ses affirmations.
Sur le fond ensuite: CCR conteste fermement l’existence d’un prétendu dispositif illégal d’achat de minerais artisanaux. Elle assure exercer ses activités dans le strict respect de la législation minière congolaise, en exigeant des négociants tous les documents légaux requis ainsi que les preuves de paiement des taxes et impôts dus à l’État, et en n’acquérant que des minerais dont la traçabilité peut être établie.
Aucun lien de partenariat avec Masuka et les FARDC
La société nie également tout lien avec la coopérative Hosanna, qu’elle affirme ne pas connaître, rejetant les allégations selon lesquelles Wu Yicong lui aurait apporté des capitaux. Même démenti concernant Luilu Ressources, présentée comme une société concurrente appartenant à un autre groupe, avec laquelle elle n’aurait aucun lien substantiel. Les allégations visant la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, et une coopérative qui lui serait attribuée, sont aussi réfutées. CCR affirme que ses relations avec le gouvernorat se limitent aux échanges professionnels habituels et nie tout financement. Enfin, sur les accusations les plus graves, celles de coups de feu présumés sur le site, la défense se veut catégorique: ses agents de sécurité ne porteraient pas d’armes à feu et elle ne recourrait pas à des militaires pour sécuriser ses installations, à l’intérieur comme à l’extérieur de son périmètre.
Dernier volet, éminemment politique, celui du financement présumé du clan Kabila via des dividendes de Kalongwe Mining. CCR a souhaité retracer l’historique de sa structure de détention pour démontrer l’incohérence chronologique. Selon l’entreprise, une filiale à 100% de Chengtun Mining Group a acquis en mars 2020 la totalité de Nzuri Copper Limited, société cotée à l’Australian Securities Exchange -ASX- et détentrice indirecte de Kalongwe. À cette période, la société congolaise GICC détenait encore 10 % de Kalongwe. Cette participation de 10 % aurait été acquise par Chengtun en avril 2021, mettant ainsi fin à toute relation commerciale avec GICC. Or, argumente CCR, Kalongwe Mining n’est entrée en production qu’en 2023. Elle ne disposait donc d’aucun revenu d’exploitation avant cette date, rendant impossible tout versement de dividendes avant 2024, soit bien après la fin de ses relations avec GICC.
Au terme de sa mise en demeure, scellée du cachet «MA.J.C-ETUDES» de la République Démocratique du Congo et signée de la main de Me Mafuta, l’entreprise formule trois exigences: la présentation d’excuses publiques, la publication intégrale de son droit de réponse sous 48 heures dans la même forme et le même format que l’article incriminé, et la production des preuves étayant chaque allégation contestée. Faute de quoi, l’affaire sera portée devant les juridictions compétentes à Paris et à Kinshasa.
Natine K.






