
Sous le titre de garde-fou, la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- a adressé, jeudi, une mise en garde claire aux acteurs politiques: la révision de la Constitution ne peut se faire dans un climat d’instabilité et sans un large consensus national. Au terme d’une session plénière extraordinaire tenue du 23 au 25 mars à Kinshasa, les prélats ont placé la question du «Pacte social pour la paix et le bien‑vivre ensemble» au centre de leur message.Par la voix de son secrétaire général, Donatien Nshole, la CENCO a rappelé que si la révision constitutionnelle est un mécanisme prévu par la loi fondamentale, l’ouvrir aujourd’hui serait «hasardeux» au regard du contexte sécuritaire et social. «La position de la CENCO n’a pas changé… Dans le contexte sécuritaire actuel, ce serait hasardeux d’ouvrir ce chapitre-là de révision de la constitution dans un contexte qui n’est pas consensuel», a‑t‑il averti, synthétisant la prudence collective des évêques. Ce rappel intervient au cœur d’un débat national crispé: le camp présidentiel, emmené par l’UDPS, plaide pour une modernisation de la Constitution de 2006, qu’il juge obsolète, tandis que l’opposition et de nombreux mouvements citoyens y voient la tentative potentielle d’effacer le verrou des mandats présidentiels et d’ouvrir la porte à une dérive autoritaire après 2028. Pour la CENCO, ouvrir une telle page sans garanties consensuelles risque d’embraser encore davantage un pays déjà fragilisé. Au-delà de la question constitutionnelle, les évêques n’ont pas ménagé leur description de la situation nationale: précarité croissante, violences récurrentes et crise humanitaire qui rongent le tissu social. C’est dans ce contexte dégradé qu’ils demandent la mise en place urgente d’un pacte social capable de restaurer confiance et cohésion, et d’ouvrir la voie à des réformes acceptées par toutes les parties. Pour légitimer leur intervention, les prélats se réfèrent à la doctrine sociale de l’Église. S’appuyant notamment sur la constitution pastorale Gaudium et Spes -n°76-, ils affirment leur droit et parfois leur devoir de porter un jugement moral sur les affaires publiques lorsque sont en jeu les droits fondamentaux et la dignité humaine. Ils insistent toutefois sur le principe d’indépendance entre l’Église et l’État, appelant à une collaboration constructive plutôt qu’à une ingérence.
L’appel de la CENCO est double : d’une part, exiger des autorités politiques qu’elles privilégient le dialogue, la responsabilité et la recherche d’un consensus national avant toute tentative de réforme constitutionnelle; d’autre part, inviter la société civile et la communauté internationale à accompagner ce processus pour garantir transparence et légitimité. Sans ces conditions, préviennent les évêques, la réforme risque d’aggraver la crise plutôt que d’apporter des solutions.
En filigrane, le message est clair et pressant: la stabilité et la dignité du peuple valent plus que des calculs politiques à court terme. La CENCO se positionne en garde-fou moral et en catalyseur d’un dialogue national qui, selon elle, est la condition sine qua non pour toute réforme durable.
