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Ebola: Muyaya et Kamba au front à Bunia

Le gouvernement a sorti le plan de bataille. Arrivés jeudi après-midi à Bunia, le ministre de la Santé Roger Kamba et son collègue de la Communication et Médias Patrick Muyaya sont descendus directement sur le terrain pour verrouiller la riposte contre la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo. L’ordre vient d’en haut: exécution immédiate des directives données la veille par Félix Tshisekedi. «Avec le ministre de la Santé Roger Kamba, nous allons faire le suivi de l’expansion de la riposte et renforcer les moyens des équipes opérant sur plusieurs piliers», a déclaré Patrick Muyaya peu après leur descente d’avion.

Dès l’aéroport national, encore en rénovation, le duo a inspecté l’installation des dispositifs de prévention. Prise de température obligatoire, lavage des mains, désinfection des bagages: le protocole est désormais appliqué à l’arrivée comme au départ. «Nous avons l’expérience et l’expertise pour contenir cette épidémie», a tranché le porte-parole du gouvernement. Cette visite fait suite à la réunion stratégique tenue mercredi 27 mai à Kinshasa. Présidée par le chef de l’État, elle était entièrement consacrée à l’évaluation de la riposte contre la souche Bundibugyo. Félix Tshisekedi y a imposé un ton martial: déploiement rapide des équipes et des infrastructures, surveillance renforcée des zones touchées, mesures barrières rendues obligatoires dans les zones à haut risque.

Sur place à Bunia, Roger Kamba a précisé la méthode. «Nous venons pour voir comment se déploie la réponse, comment on est efficace. Pour l’instant, nous continuons d’abord à donner les chiffres de manière brute, de telle sorte que nous puissions retrouver tous les contacts et toutes les personnes qui présentent des symptômes», a-t-il expliqué. 

Le ministre de la Santé a surtout voulu saluer ceux qui paient le prix fort. «Je viens pour encourager les prestataires de soins. Ils paient le prix le plus lourd au niveau des centres de santé, parce que nous avons perdu des médecins, nous avons perdu du personnel de santé de qualité. Nous venons d’abord pour compatir et montrer que nous-mêmes, on est très engagés», a-t-il dit. 

Cette mobilisation au sommet n’est pas symbolique. «Le président de la République nous a gardés dans une réunion hier pendant plus de trois heures, vraiment sur cette question, pour que nous puissions nous assurer que tout ce qui doit être fait par un gouvernement est fait pour que nos populations ne soient pas seules», a-t-il insisté.

L’accompagnement de Patrick Muyaya s’explique aussi par la bataille de l’information. «Nous voulons nous assurer que tout ce qui est rapporté au niveau des médias correspond réellement à ce qui se passe. Nous sommes les seuls habilités à donner les informations, à donner les chiffres, à donner l’état de la réponse. Mais pour cela, nous devons être nous-mêmes sur le terrain pour que ce que nous disions corresponde à ce qui se passe réellement sur le terrain», a souligné Kamba. Face aux doutes et aux rumeurs, le gouvernement mise sur la transparence. «Quand nous communiquons, nous disons d’abord la vérité. Ce qui est disponibilisé, ce n’est pas par l’OMS, c’est par le gouvernement d’abord. Il y a eu des promesses par les différentes organisations, et le gouvernement lui-même a déjà fait un geste. Entre le moment où nous débloquons et le moment où nous répartissons, il y a toujours un petit délai. C’est ce délai-là, tout simplement. Nous avons vu ça dans toutes les épidémies», a-t-il expliqué.

Kamba reconnaît aussi la résistance communautaire, inévitable face à l’arrivée massive de matériel et de personnel. «Dans toutes les épidémies comme dans celle-ci, c’est vraiment la communication de risques et les engagements communautaires qui finissent par changer la perception. On voit toujours la confiance se bâtir progressivement», a-t-il noté. Pour l’heure, la majorité des cas suivis restent des contacts de malades. «Pour la plupart des personnes que nous avons maintenant, ce sont vraiment les contacts des malades qui ont développé des symptômes ou qui ont développé la maladie. Cependant, nous avons quand même des facteurs de risque comme les déplacements des communautés, et c’est un facteur de risque important dont nous tenons compte dans toute notre stratégie», a-t-il conclu.

La communication officielle resserre aussi les rangs. La veille, en briefing de presse avec Roger Kamba, Muyaya avait rappelé qui tient la plume des chiffres. «La seule autorité qui peut donner les chiffres sur l’évolution de l’épidémie d’Ebola, c’est le ministère de la Santé», avait-il martelé. Selon lui, ni Africa CDC ni l’OMS RDC ne disposent d’agents présents à tous les niveaux sur le terrain. «Ce sont nos médecins, nos infirmiers et agents communautaires qui travaillent. C’est eux qui donnent les chiffres qui sont repris par toutes les organisations en boucle. Les chiffres sont mis à jour chaque jour et en permanence», avait-il précisé. La stratégie de l’Exécutif national est claire: centraliser l’information pour éviter la cacophonie, et accélérer l’action sur le terrain. 

Natine K.

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