
Nouveaux soupçons de détournement au Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda -FRIVAO. Tout juste quelques jours après la polémique autour du montant décaissé pour l’acquisition d’un terrain devant abriter un hôpital moderne à Kisangani, une autre affaire vient éclabousser l’ancienne coordination de cet établissement placée sous la tutelle du ministre de la Justice. Vendredi 17 avril, le ministre d’État en charge de la Justice et garde des sceaux, Guillaume Ngefa, a annoncé avoir ordonné l’ouverture d’enquêtes sur l’utilisation des fonds décaissés pour la réalisation d’un film documentaire sur le génocide, intitulé GENOCOST, dans un but lucratif.
Exécutante du projet, la société DIVO SARL est mise sur la sellette. L’entreprise de l’opérateur économique Deo Kasongo est soupçonnée d’avoir encaissé «plus d’un million de dollars américains, dont une partie demeure sans justification». Le garde des sceaux a notamment constaté «l’absence de livrables conformément aux stipulations contractuelles», mais aussi des «violations manifestes des règles de gestion des finances publiques et de passation des marchés».
S’appuyant sur ces «fortes présomptions d’irrégularités», le ministre d’État a enjoint le procureur général près la Cour de cassation d’identifier toutes les personnes impliquées et d’engager les poursuites judiciaires appropriées.
Avant les poursuites judiciaires proprement dites, Guillaume Ngefa entend voir le parquet «poser les actes d’enquête nécessaires», allant des auditions aux réquisitions bancaires et financières, en passant par les perquisitions et saisies des avoirs des personnes impliquées dans cette affaire. Le procureur devra également «prendre toutes les mesures conservatoires pour protéger les intérêts financiers de l’État», notamment en ordonnant le gel et la saisie des avoirs de ces personnes. Ces mesures se justifient par l’ampleur des faits, «susceptibles de constituer l’infraction de détournement des deniers publics».
Cette nouvelle offensive du gouvernement vient confirmer l’orientation prise par les autorités dans la lutte contre l’impunité, la protection des deniers publics et la promotion de la bonne gouvernance. Avant de passer à l’acte, le ministre Ngefa avait jeté un pavé dans la mare lors d’une interview accordée à la radio Top Congo. «Il y a eu un film de six minutes pour 1,6 million de dollars. Vous trouvez ça normal?», avait-il déploré.
Non cité à ce moment-là par le ministre, Deo Kasongo a porté plainte pour diffamation et imputations dommageables contre toutes les personnes qui avaient tenté de lier son entreprise à ces accusations. Toutefois, malgré ce revirement, l’opérateur économique, tout comme sa société, continue de bénéficier de la présomption d’innocence, en attendant l’issue des enquêtes.
Hénoc AKANO
