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Courriers interceptés: comment Matata et Mota préparent la spoliation de l'ONC

L’abondant échange épistolaire entre le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture, qui a initialement saisi, le 29 août 2016, les Directeurs de l’ONC et les Conservateurs des titres immobiliers à travers toute la République pour s’opposer contre toute vente et mutation des immeubles et parcelles de cette entreprise publique, avant de se rétracter le 1er septembre 2016, soit 72 heures après, interroge surtout que le ministre des Affaires foncières Gustave Booloko s’en était mêlé en dépêchant une mission pour des travaux techniques dans une des parcelles de l’Office à Goma!
Les surdoués du gouvernement Matata sont en train de passer leurs dernières heures aux commandes de différents ministères. Au crépuscule de leur mandat, ces gestionnaires de la res publica risquent de léguer à leurs successeurs une montagne de dossiers accablants, voire des cadavres dans les placards. L’édifice de Matata se réduit aujourd’hui à une charpente reposant sur de grosses poutres rongées par des termites prêtes à s’écrouler à tout instant.
Aucun secteur de la vie nationale n’échappe à cette descente aux enfers. C’est le cas notamment de l’Office National du Café -ONC- ballottée dans tous les sens au creux d’une zone de fortes turbulences depuis plusieurs années. L’un des fleurons de l’économie nationale pendant la 2ème République a subi une sévère cure d’amaigrissement au point d’épouser les dimensions d’un zombie qui n’a plus que la peau sur les os.
Abandon pendant cinq ans de l’ONC au profit de Bukanga Lonzo
La valse des mandataires à son chevet n’a pas produit les résultats escomptés.
A bout de souffle, ces dirigeants ne savent plus quelle stratégie arrêter pour se faire accepter par la hiérarchie avant de s’engager dans la grande bataille du dégagement de l’ONC du chaudron d’enfer. La réhabilitation et la relance tant réclamées par les travailleurs de cette importante unité de production relèvent désormais de l’utopie. D’un côté, les cadres et agents se signalent dans un combat de titan pour ramener leur société dans le circuit de la production. De l’autre côté, les autorités se singularisent par la coupure de toutes les voies d’oxygénation en vue d’aboutir à la mort lente et inéluctable de l’ONC.
Des sources syndicales renseignent que leur entreprise se trouve dans le collimateur du gouvernement Matata qui, sous le prétexte fallacieux de la mobilisation des fonds destinés à la relance de la culture caféière, pose plutôt des actes allant dans le sens de la liquidation de l’ONC. Ce délégué principal en veut pour preuve l’abandon pendant cinq ans déjà de cette société à vocation agricole au profit du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo moyennant des perfusions financières à outrance non budgétisées de près de 600 millions de dollars américains.
L’on serait tenté de croire à de fausses accusations relevant des états d’âme des délégués syndicaux qui n’auraient pas veillé au grain pour éviter la désescalade. Loin de là leurs intentions. Au contraire, poursuivent-ils, dans la recherche des solutions susceptibles de redonner du muscle à l’ONC, certaines éminences grises internes et externes ont approché le gouvernement avec des projets bancables et réalistes en vue d’obtenir une bouffée d’oxygène de l’Etat propriétaire.
Le surdoué en chef a d’autres préoccupations
Ces cadres de l’ONC conçoivent très mal que les cultures caféières pérennes qui, depuis l’époque coloniale, ont toujours apporté des revenus significatifs à l’Etat, ne puissent pas faire l’objet des priorités agricoles du gouvernement. Peine perdue car le surdoué en chef a d’autres préoccupations que celles pouvant booster l’agriculture décrétée priorité des priorités depuis plusieurs décennies, mais ravalée au stade d’incantations stériles.
La preuve patente de l’abandon de ces secteurs producteurs aux effets collatéraux hautement salvateurs sur l’amélioration de la condition de vie des populations, vient d’en être administrée avec la publication par le magazine en ligne Wikipedia du classement des pays à l’échelle planétaire en fonction de leur produit intérieur brut par habitant sur base des données collectées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international -FMI. La RD-Congo trône à la queue du peloton, en occupant la 228ème place sur 228.
Pour revenir au complot de la liquidation de l’Office National du Café, les sources proches de la délégation syndicale brandissent une correspondance abondante attestant de ces tentatives qui se situent à divers niveaux. Et pourtant, par sa lettre n° CAB/MIN/AGRIPEL/EML 365/KM/2016/1875 du 29 août 2016, le ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage Emile Christophe Mota Ndongo s’est opposé vigoureusement contre toute vente et mutation des parcelles de l’ONC.
Mesures préventives de Mme Wivine Mumba
Cette correspondance a été adressée aux membres du Conseil d’administration de l’ONC, aux directeurs de l’ONC Goma, Bukavu, Beni, Boma, aux notaires des villes de Kinshasa, Goma, Bukavu, Beni et Boma ainsi qu’aux conservateurs des titres immobiliers des circonscriptions foncières de Limete, Goma, Bukavu, Beni et Boma.
Le ministre Mota constate que depuis 2010 jusqu’à ce jour, le patrimoine immobilier de l’Office National du Café fait l’objet d’une convoitise sans précédent. C’est ce qui avait fait qu’en 2013, une partie du patrimoine de l’ONC/Bukavu soit spoliée et jusqu’à ces jours, cette affaire est pendante devant les instances judiciaires de Bukavu.
Cet état de chose, poursuit-il, avait conduit en son temps le gouvernement, en l’occurrence la ministre de la Justice Wivine Mumba, de prendre des mesures préventives, notamment l’introduction d’une opposition à toute vente et mutation. Et ce, suivant sa lettre n° 1155/AVMK/269/MWT/CAB/MIN/JooDH/2O12 du 09 novembre 2012.
Opposition formelle de Mota à toute vente et mutation du patrimoine de l’ONC
Emile Mota martèle que dans le même souci de sauvegarder les intérêts de l’Etat congolais en général et de l’Office National du Café en particulier, conformément aux articles 239 et 240 de la Loi du 20 juillet 1973, il s’oppose formellement à toute vente et mutation des parcelles dont les numéros cadastraux sont clairement répertoriés à Kinshasa, Goma, Beni, Bukavu et Boma. Il invite toutes les personnes destinataires de sa correspondance d’en prendre acte et d’observer scrupuleusement les prescrits de la loi ainsi que les notaires de ne pas notarier un acte de vente quant à ce.
Copie de cette lettre a été réservée au Président de la République, au Premier ministre, aux ministres de la Justice, Garde des Sceaux et Droits humains, des Affaires foncières et du Conseiller spécial du Chef de l’Etat en charge de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Les écrits d’Emile Mota ont redonné du baume au cœur des travailleurs de l’ONC, rassurés de la protection de l’autorité gouvernementale. Mais cela n’a duré que le temps d’une rose avant que le ministre Emile Mota n’offre à son Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, l’opportunité de récupérer la gestion de ce dossier sulfureux.
Recrutement d’un cabinet conseil de manière compétitive
En réponse à une correspondance du même ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage du 1er septembre 2016, soit trois jours après celle du 29 août 2016, et relative cette fois-ci à l’autofinancement de l’ONC par la vente de certains immeubles et terrains, le Premier ministre note que l’ONC voudrait vendre une partie de son patrimoine pour lui permettre de, non seulement acquérir des fonds pour relancer ses activités de production longtemps mises en veilleuse, mais également d’éviter les tentatives de spoliation de ses terrains et immeubles.
Matata, vu les objectifs pour lesquels l’ONC souhaiterait effectuer cette opération, marque son accord pour la vente de certains immeubles et terrains, surtout ceux qui font actuellement l’objet de convoitise. Il précise néanmoins que cette vente doit être organisée dans la transparence. De ce fait, il demande au ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage de procéder au recrutement, de manière compétitive, d’un cabinet conseil qui se chargera de mener cette opération. Ce cabinet aura comme tâche (i) d’effectuer une évaluation financière et juridique du patrimoine proposé à la vente et (ii) d’organiser, sur base du rapport d’évaluation, la vente par appel d’offre.
Les cadres et agents de l’ONC dans tous leurs états
En dépit de ces dispositions pourtant réglementaires, les cadres et agents de l’ONC sont dans tous leurs états. Au reproche de les voir se perdre dans des procès d’intention, leur réaction est ferme: que s’est-il passé pour que le ministre Emile Mota effectue un tel revirement après son véto? En cette période de fin mandat du gouvernement Matata, de telles initiatives, jugées suspectes, leur flanquent une peur-panique.
Une attitude justifiée par l’immixtion du ministre des Affaires foncières Me Gustave Booloko N’Kelly dans ce dossier où il s’est permis de diligenter une mission de 7 jours à Goma dans le but d’exécuter des travaux techniques sur la parcelle n° 53SU de l’ONC située sur le boulevard Kanyamuhanga d’une superficie de 3.280 m2? «Qu’est venu faire Me Gustave Booloko dans le dossier ONC?», interrogent agents et cadres de cette entreprise publique non sans se souvenir que ce ministre des Affaires foncières est aujourd’hui objet de mesures disciplinaires de la part du Premier ministre pour une autre affaire de spoliation d’une propriété de l’Ambassade de la République Tchèque en RD-Congo.
Les agents et cadres de l’Office National du Café précisent que cette entreprise est dotée d’une personnalité juridique distincte de celle de l’Etat congolais. Le secteur agricole étant prioritaire, pourquoi le gouvernement refuse-t-il de consentir des investissements conséquents et de les faire inscrire au budget 2017? Des explications du ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage ainsi que celles de son collègue des Affaires foncières ou son intérimaire seraient les bienvenues pour sécuriser ces travailleurs.
Tino MABADA

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